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09/11/2015 08:42 EST | Actualisé 09/11/2016 00:12 EST

RDC : "dialogue national imminent" en vue d'"élections apaisées"

Le président congolais Joseph Kabila devrait annoncer dans les jours qui viennent la tenue d'un "dialogue national" en vue "d'élections apaisées" décrié par une grande partie de l'opposition qui y voit une manoeuvre dilatoire du chef de l'État pour se maintenir au pouvoir.

Depuis plusieurs jours, la télévision nationale de la République démocratique du Congo vante les bienfaits d'un tel conclave qui permettrait, selon elle, d'"aplanir les différends" et de conjurer la crise politique liée à l'organisation des élections à venir, en particulier celle de la présidentielle de 2016.

Selon des sources diplomatiques, M. Kabila - à qui la Constitution congolaise interdit de se représenter - a reçu lundi les ambassadeurs accrédités en RDC et leur a annoncé, sans donner de date, la tenue d'un "dialogue [national] imminent [...] sur le calendrier électoral et le financement et la sécurisation des élections".

La tenue de ces assises est dans l'air depuis les "consultations" lancées en juin par le chef de l'État en vue de leur éventuelle convocation.

Dimanche, la télévision nationale avait indiqué que M. Kabila avait remis aux présidents des deux chambres du Parlement un message "important" à transmettre aux députés et aux sénateurs. Lundi après-midi, son contenu n'avait pas été révélé publiquement.

La RDC traverse une crise politique depuis la reconduction de M. Kabila à l'issue d'élections marquées par des fraudes massives en novembre 2011.

Aucune des élections qui devaient se tenir depuis lors n'a eu lieu. En septembre, la Cour constitutionnelle a invalidé le calendrier préparé par la Commission électorale nationale indépendante (Céni) prévoyant une présidentielle et des législatives pour fin novembre 2016.

Depuis des mois l'opposition accuse M. Kabila de chercher à tout prix à se maintenir à son poste au-delà du terme de son mandat.

- Retarder la présidentielle -

Certains hauts cadres de la majorité ne font pas mystère de leur souhait de voir la présidentielle retardée, arguant, entre autres, d'un manque d'argent dans les caisses de l'État.

Pour les opposants, l'arrêt de la Cour constitutionnelle, la mise en place de nouvelles provinces ingouvernables et la nomination de commissaires spéciaux choisis par l'exécutif pour les administrer, ainsi que les démissions en série au bureau de la Céni sont autant de signes d'une volonté délibérer de repousser la présidentielle ou de rendre impossible sa tenue, accusations que le gouvernement dénonce inlassablement comme un "procès d'intention".

Lundi, l'Assemblé nationale a validé la candidature de Corneille Nangaa et Norbert Basengezi aux postes laissés vacants de président et vice-président de la Céni, et a été notifiée de la démission d'un nouveau membre de la Commission : son questeur.

Conformément à l'usage, M. Basengezi (ancien ministre) a été proposé par le parti présidentiel et M. Nangaa (technocrate inconnu du grand public) par les représentants des confessions religieuses, mais l'Église catholique - très critique de M. Kabila, et dont se revendiquent près de 40% des Congolais - a indiqué être opposée au choix de ce dernier.

En septembre, l'UDPS, parti de l'opposant historique Étienne Tshisekedi, avait annoncé avoir cessé ses négociations avec le pouvoir en vue de la tenue du "dialogue national", après un constat d'"échec".

La Dynamique de l'opposition, qui rassemble des représentants des trois principaux partis d'opposition et de dizaines d'autres formations, a redit vendredi son refus de tout "dialogue" et appelé à la tenue de la présidentielle dans les délais constitutionnels.

Le "G7", groupe de sept formations politiques exclues de la majorité en septembre après avoir écrit à M. Kabila pour le mettre en garde contre la tentation de s'accrocher au pouvoir, est sur la même ligne.

Le "dialogue national" risque fort alors de ressembler aux "consultations nationales" de septembre 2013, qui avaient réuni la majorité, des représentants de la "société civile", et une part minoritaire de l'opposition, ralliée depuis lors au gouvernement, sans résoudre en rien la crise politique.

Au Congo-Brazzaville voisin, un "dialogue national" présenté comme une farce par l'opposition a préconisé en juillet un changement de Constitution faisant sauter les deux verrous empêchant le président Denis Sassou Nguesso de se représenter en 2016.

La nouvelle Constitution a été promulguée vendredi par M. Sassou Nguesso après son adoption à l'issue d'un référendum aux résultats contestés par ses opposants.

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