NOUVELLES
09/11/2015 08:46 EST | Actualisé 09/11/2016 00:12 EST

Portugal: compte à rebours pour le gouvernement de Passos Coelho

Le Premier ministre portugais de centre droit Pedro Passos Coelho a présenté lundi le programme de son gouvernement minoritaire, devant un Parlement dominé par une gauche déterminée à provoquer sa chute et négocier avec Bruxelles un assouplissement de la politique d'austérité.

Reconduit à l'issue des législatives du 4 octobre mais privé de sa majorité absolue, le gouvernement ne tient plus qu'à un fil: le Parti socialiste, soutenu par le Bloc de gauche, proche de Syriza au pouvoir en Grèce, et le Parti communiste, semble sur le point de prendre le pouvoir.

Devant cette perspective, M. Passos Coelho a déclaré que la politique "irréaliste" d'un éventuel gouvernement socialiste risquait de provoquer "la ruine du Portugal" et de "menacer le redressement des finances publiques", lors d'un débat parlementaire marqué par de vifs échanges entre la droite et la gauche.

La politique d'austérité menée par la droite depuis 2011 "a détruit la vie de millions de Portugais", lui a rétorqué le secrétaire général du Parti communiste, Jeronimo de Sousa.

En position de force après avoir reçu le feu vert de son parti et de l'extrême gauche, le chef des socialistes Antonio Costa s'apprête à déposer mardi après-midi une motion contre le gouvernement, qui serait ainsi contraint de démissionner, à peine onze jours après son entrée en fonction.

Si cette motion est votée par l'ensemble de la gauche, unie pour la première fois en 40 ans de démocratie, le gouvernement de M. Passos Coelho aura été le plus éphémère de l'histoire du Portugal.

- 'Pressions de Bruxelles' -

Soucieux de rassurer les créanciers du Portugal, pays sorti en mai 2014 d'un plan de sauvetage international de 78 milliards d'euros, M. Costa a affirmé à maintes reprises qu'un futur gouvernement du PS respecterait les règles européennes.

Mais le Bloc de gauche, adepte d'une renégociation de la dette, et le Parti communiste, partisan d'une sortie du Portugal de la zone euro, ne sont pas près de faire taire leurs divergences sur ces sujets avec le Parti socialiste.

La vie d'un gouvernement de gauche au Portugal "ne sera pas facile", a reconnu dimanche Catarina Martins, porte-parole du Bloc de gauche. "Nous serons exposés à des pressions énormes de la part d'une Europe acquise à la cause de l'austérité et des grands groupes financiers internationaux".

Optimiste, le PS prévoit certes de ramener le déficit public à 2,8% du PIB en 2016 dans son programme, mais revendique en même temps une lecture "plus intelligente et flexible" du traité budgétaire européen signé en 2012, jugé trop orthodoxe.

Fin des coupes dans les salaires des fonctionnaires dès 2016, dégel des retraites, augmentation du salaire minimum de 505 à 530 euros mensuels, suppression d'une surtaxe de 3,5% sur les revenus en deux ans... la gauche compte relancer l'économie en augmentant le revenu des Portugais et améliorer par ricochet les finances publiques.

- Investisseurs nerveux -

Une politique aux antipodes de celle menée jusqu'ici par la coalition de droite. La ministre des Finances Maria Luis Albuquerque prévoit ainsi un "trou budgétaire de 1,5 milliard d'euros" en 2016 si le gros des mesures d'austérité ne sont pas reconduites.

Le programme de la gauche suscite des inquiétudes dans le monde de la finance.

Signe de la nervosité des investisseurs, la Bourse de Lisbonne a dévissé de 4,05% lundi à la clôture, et les taux d'emprunt du Portugal à dix ans ont grimpé à 2,83%, contre 2,68% la veille.

"Unie dans son opposition au gouvernement actuel, l'alliance de la gauche ne paraît pas durable" en raison des divergences persistantes, ont commenté les analystes de Commerzbank.

Si la chute annoncée de la droite est confirmée, la balle repassera dans le camp du président Anibal Cavaco Silva, un conservateur qui a fustigé une union de la gauche "incohérente".

Mais même l'eurodéputé socialiste Francisco Assis, farouchement opposé à une alliance "contre nature" avec l'extrême gauche, considère que le président n'a pas d'autre choix que de lui confier les rênes du pays.

bh/tsc/cls