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09/11/2015 01:56 EST | Actualisé 09/11/2016 00:12 EST

Le Parlement de Catalogne ouvre les débats sur la sécession

Le Parlement de Catalogne a commencé lundi à débattre sur une résolution sans précédent visant à lancer un processus d'indépendance de la région susceptible de la mener à se séparer de l'Espagne au plus tard en 2017.

"J'ai l'honneur et la responsabilité de défendre la proposition de résolution par laquelle nous lançons solennellement la construction d'un nouvel Etat, un Etat catalan, une République catalane", a déclaré devant les parlementaires Raul Romeva, tête de liste de la coalition indépendantiste Junts pel Si (Ensemble pour le oui).

"Après des années pendant lesquelles nous avons demandé le droit de décider, nous avons décidé de l'exercer", a encore lancé l'élu devant les parlementaires qui ont observé une minute de silence avant l'ouverture de cette session très spéciale prévue jusqu'à 13h00 (12h00 GMT) environ, retransmise in extenso sur la chaîne publique espagnole de nouvelles en continu TVE 24 horas.

Le Parlement régional de cette région au coeur de l'Europe méditerranéenne de 7,5 millions d'habitants, représentant 20% du PIB de l'Espagne, est issu d'un scrutin organisé le 27 septembre centré sur la question de la sécession.

Ces élections ont été emportées par les indépendantistes, qui ont gagné une majorité des sièges (72 sur 135) sans pour autant obtenir la majorité absolue des voix (47,8%).

Les séparatistes estiment disposer d'un soutien suffisant pour lancer le processus d'indépendance, et veulent donc faire adopter une résolution en ce sens lundi, soit le "défi le plus important à la démocratie de ces 30 dernières années", a résumé l'élue du parti Ciudadanos, opposée à la sécession, Inès Arrimadas.

"Cette déclaration rompt les principes de la démocratie", a-t-elle dit.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a d'ailleurs promis de le contester au plus vite devant la Cour constitutionnelle.

Le texte, une "rupture", selon Anna Gabriel du parti indépendantiste CUP (Candidature d'unité populaire, extrême gauche) mettrait en oeuvre la première étape d'une "feuille de route" vers la séparation: il lance "le processus de création d'un Etat catalan indépendant sous la forme d'une République".

Après son adoption le Parlement régional, "détenteur de la souveraineté", ne serait plus "tributaire des décisions des institutions espagnoles, et en particulier de celles de la Cour constitutionnelle", prévient le texte, anticipant déjà sur d'éventuels arrêts de la Cour.

La résolution prévoit aussi le lancement de travaux parlementaires pour mettre en place une administration fiscale indépendante et une sécurité sociale.

Le vote intervient après des années de tensions croissantes entre l'exécutif du président catalan sortant Artur Mas et le gouvernement central.

Le premier réclamait sans succès un référendum d'autodétermination, poussé par une fièvre indépendantiste alimentée par la crise économique et un premier arrêt de la Cour constitutionnelle ayant raboté les compétences propres de la région.

Le 9 novembre 2014, Artur Mas, nationaliste devenu séparatiste, avait déjà passé outre un interdit de la cour, organisant une consultation symbolique mais interdite où 1,9 million de personnes s'étaient prononcées pour l'indépendance.

Le vote de lundi a également lieu à moins de deux mois des législatives du 20 décembre en Espagne, où la "question catalane" domine le débat.

Mariano Rajoy, dont le Parti populaire (PP, droite) est en perte de vitesse, talonné par Ciudadanos (centre-droit) et le Parti socialiste, a même obtenu leur soutien sur le terrain de la défense de l'unité de l'Espagne.

A six semaines des élections, chacun de ces partis avance cependant une solution: Ciudadanos une réforme des institutions, le Parti socialiste un dialogue et davantage de fédéralisme et Podemos, antilibéral, l'organisation d'un référendum.

Lundi matin, leurs élus ont plaidé avec fougue pour le maintien en Espagne, évoquant pour certains un anniversaire européen: celui de la chute du mur de Berlin, un 9 novembre 1989, il y a 26 ans.

"Nous n'allons pas vous permettre de construire un nouveau mur", autour de la Catalogne, a prévenu le député du PP Xabier Garcia Albiol.

Les indépendantistes ont un point faible qui pourrait bloquer leurs desseins: l'absence d'accord sur le futur président de la région, l'extrême gauche refusant le candidat de Junts pel Si Artur Mas, un conservateur. Ils ont jusqu'au 9 janvier pour s'accorder, faute de quoi ils seraient contraints d'organiser de nouvelles élections.

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