POLITIQUE
09/11/2015 04:32 EST | Actualisé 09/11/2015 07:24 EST

ENTREVUE : Le chef de la CAQ François Legault explique son virage nationaliste (VIDÉOS)

QUÉBEC – Il l’admet d’emblée, François Legault n’aurait jamais pensé devenir un jour le visage d’un renouveau du fédéralisme canadien.

«Effectivement, c’est une certaine surprise pour moi», lance le chef de la CAQ en entrevue au Huffington Post Québec, sans pouvoir réprimer un sourire.

La CAQ a dévoilé dimanche sa nouvelle plateforme nationaliste qui revendique de nouveaux pouvoirs pour le Québec au sein du Canada. Le parti a dressé une liste de 21 demandes au gouvernement fédéral afin que la province obtienne plus d’autonomie. Ex-souverainiste convaincu, François Legault souhaite désormais réformer le Canada, du moins par la bande.

«Il y a des pouvoirs qu’on demande qui seraient bons aussi pour d’autres provinces», croit François Legault. Il cite la récupération de points d’impôts ou l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans des champs de compétence provinciaux, comme la santé.

Certaines doléances du Québec se retrouvent ailleurs au Canada. «Quand j’ai été ministre de la Santé, je me souviens très bien d’avoir eu une conversation avec le ministre de la Santé de l’Ontario de l’époque, Tony Clement, […] il pensait la même chose que moi : on ne peut pas avoir des transferts fédéraux qui augmentent de 3% par année, alors que les besoins en santé augmentent de 5% par année», dit le chef caquiste.

Idem pour l’immigration. Les besoins du Manitoba, de l’Ontario ou du Québec ne sont pas les mêmes. «C’est très différent d’une province à l’autre», dit le chef de la CAQ.

Son plan, souligne-t-il, éviterait de négocier chaque fois des ententes à la pièce avec le gouvernement fédéral. «Ça, c’est bon aussi pour les autres provinces», souligne François Legault.

Troisième voie

Depuis la création de la CAQ en 2011, François Legault a voulu mettre la question nationale en veilleuse pour dix ans, le temps de relancer l’économie québécoise. Mais l’arrivée de Pierre Karl Péladeau à la tête du PQ force son parti à prendre position, reconnaît-il.

Le nouveau chef péquiste a mis l’indépendance du Québec au cœur de son discours. «Ça a profité beaucoup à monsieur Couillard, estime François Legault. Je l’ai vu dans des élections autant générales que partielles, monsieur Couillard a ramené la vieille peur du référendum sur la souveraineté. Le programme de monsieur Couillard se résume beaucoup à ‘votez pour moi si vous ne voulez pas de référendum’.»

François Legault affirme vouloir sortir de ce statu quo. «Il faut être capables, si on veut parler d’économie, de passer par-dessus ce dossier-là», dit-il.

Toutefois, la nouvelle profession de foi nationaliste de l’ex-ministre péquiste en étonne plusieurs, certains y voyant même de l’opportunisme. François Legault affirme plutôt prendre note de l’absence de volonté dans la population pour un troisième référendum sur la souveraineté du Québec.

«Faut quand même tenir compte de ce que veulent les Québécois, dit-il. J’ai cru à la souveraineté du Québec, mais je suis un homme d’affaires, je suis un homme pragmatique. […] Les Québécois veulent un Québec qui a plus de pouvoirs, mais ils veulent rester à l’intérieur du Canada.»

Mais lui, souhaiterait-il voir le Québec devenir souverain? «Actuellement, ce n’est pas réaliste que ça arrive, dit-il. Donc, moi, je ne veux pas travailler pour cette option. Je suis de bonne foi de dire ‘participons au Canada, de façon active’.»

Négocier, mais avec qui?

Encore faut-il que le Canada soit ouvert à la négociation. Le plan de la CAQ prévoit cinq étapes pour acquérir de nouveaux pouvoirs. Certaines nécessitent des ententes avec le fédéral, d’autres requièrent l’accord de sept provinces, voire de l’ensemble des provinces.

François Legault croit toutefois qu’un vote massif en faveur de la CAQ aux élections de 2018 permettrait de «changer le paradigme».

«Si on arrive à rassembler beaucoup de nationalistes, ça va être difficile pour Justin Trudeau, ou n’importe qui, de dire non. Justin Trudeau a été entre autres élu par les Québécois», souligne-t-il.

Certains pouvoirs, comme la création d’un rapport d’impôts unique, peuvent d’ailleurs être obtenus grâce à une simple entente avec le fédéral. «Le gouvernement fédéral l’a déjà fait», rappelle François Legault en citant notamment les pouvoirs du Québec en immigration.

Mais qu’arrivera-t-il si le fédéral ou les autres provinces refusent d’accorder au Québec les pouvoirs qui requièrent des modifications constitutionnelles? «Moi, j’approche ces négociations-là de bonne foi, affirme François Legault. Je ne veux pas avoir d’agenda caché comme le PQ qui, chaque fois qu’il est au pouvoir, quand il négocie avec Ottawa, souhaite que ça ne marche pas pour pousser leur option.»

«Le défi, c’est d’avoir l’appui des Québécois, plaide François Legault. Et de sortir de 45 ans de polarisation entre souverainistes et fédéralistes pour dire ‘on va rassembler les Québécois autour d’un projet nationaliste’.»

«Si on y arrive, dit-il, je ne vois pas comment le Canada pourra refuser d’inscrire [dans la constitution] le fait que le Québec est une nation.»

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