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09/11/2015 06:23 EST | Actualisé 09/11/2016 05:12 EST

Élections en Birmanie: victoire écrasante en vue pour Aung San Suu Kyi (VIDÉO/PHOTOS)

Le parti de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi a revendiqué lundi une victoire écrasante aux élections de la veille, confirmée par de premiers résultats officiels ouvrant la voie à un changement historique.

La Ligue nationale pour la démocratie (LND) a remporté 35 des 36 premiers sièges de députés annoncés lundi par la commission électorale, qui s'est lancée dans une long égrenage des résultats, incluant pêle-mêle chambres haute et basse du parlement national, et assemblées régionales.

Cela pourrait prendre des heures. Et les résultats définitifs des jours.

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Emue et festive, une foule ayant revêtu des T-shirts rouges affirmant "Nous devons gagner" ou "Voter pour le changement" s'exclamait à chaque fois que des résultats étaient affichés sur un écran géant installé devant le siège de la LND à Rangoun.

"Nous attendons ces résultats depuis des années", s'enthousiasme Thuzar, propriétaire d'une boutique de téléphonie mobile de 42 ans, après avoir acheté un T-shirt à l'effigie de "mère Suu", comme la surnomment affectueusement de nombreux Birmans.

"Je pense que le peuple a déjà une idée des résultats même si je ne dis rien", avait déclaré Aung San Suu Kyi dans la matinée lors d'une brève apparition au balcon des locaux de son parti, recouvert d'une immense affiche rouge la représentant sous la figure tutélaire de son père, le général Aung San, architecte de l'indépendance de l'ancienne colonie britannique, assassiné alors que Suu Kyi était enfant.

Arrivée aux marches du pouvoir après des décennies de dissidence (dont plus de 15 ans en résidence surveillée), la "Dame" d'aujourd'hui 70 ans a joué la prudence dans l'attente de résultats complets. Les premières circonscriptions tombées sont en effet dans la région de Rangoun, traditionnellement pro-LND.

- Poids lourds balayés -

Le parti au pouvoir, l'USDP, créé par d'ex-généraux pour assurer la transition, a reconnu de premiers revers: le président de la chambre basse du Parlement, Shwe Mann, s'est incliné face au candidat de la LND dans la région de Phyuu, dans le centre du pays. Le président du parti, Htay Oo, et plusieurs poids lourds du parti se sont fait balayer.

La LND affirme avoir remporté au niveau national plus de 70% des sièges, un chiffre impossible à confirmer dans un premier temps de source indépendante.

"Nous gagnons avec plus de 70% des sièges à travers le pays", avait déclaré dans la matiné Win Htein, porte-parole du parti.

Ce score permettrait à Aung San Suu Kyi d'avoir une majorité absolue malgré la présence d'un quart de députés militaires, non favorables à la LND.

Après des décennies de junte militaire, puis de domination de ses héritiers depuis les réformes lancées en 2011, cela consisterait une révolution complète et inédite pour la scène politique birmane.

Aung San Suu Kyi, que ses longues années de résidence surveillée ont empêchée de voir grandir ses enfants, restés en Angleterre, incarne les espoirs démocratiques de son pays depuis 30 ans.

Si les ex-généraux s'affichent comme des réformateurs et promettent de respecter le verdict des urnes, les signes de crispation se sont multipliés, avec en amont du vote des arrestations de dirigeants étudiants, des centaines de milliers de musulmans privés de droit de vote, un vote anticipé obscur et le scrutin annulé dans des régions en proie à des conflits armés ethniques.

Le scrutin de dimanche en lui-même s'est globalement bien déroulé et quelque 80% des plus de 30 millions d'électeurs se sont rendus aux urnes.

- Enjeu présidentiel -

Le plus important groupe d'observateurs locaux indépendants, PACE, a salué lundi un vote globalement positif, "sans incidents significatifs", malgré des doutes sur le vote anticipé et des erreurs sur les listes.

"Si ces élections sont un important pas en avant, elles sont loin d'être parfaites", a commenté le secrétaire d'Etat américain John Kerry, disant Washington attentif au décompte des voix en cours.

Le principal élément de comparaison reste les législatives de 1990, dernières élections nationales libres, remportées très largement par la LND. La junte n'avait finalement pas reconnu le vote, auquel Suu Kyi n'avait pu prendre part elle-même, étant alors en résidence surveillée.

Mais 25 ans plus tard, la situation a changé, affirment les héritiers de la junte, promettant de ne pas piper les dés cette fois-ci.

La LND de Suu Kyi a besoin de remporter quelque 330 sièges dans les deux chambres (soit 67% d'après ses calculs) pour avoir la majorité.

L'enjeu derrière les législatives est l'élection par le Parlement du chef de l'Etat début 2016.

Si la LND obtient la majorité au sein des deux chambres, elle pourra décider qui sera le prochain président. Aung San Suu Kyi sait d'ores et déjà qu'elle ne peut occuper cette fonction, la Constitution interdisant l'accès à la fonction suprême à quiconque a des enfants de nationalité étrangère.

Mais elle a déjà prévenu les tenants du système, encore largement contrôlé par d'anciens militaires malgré les réformes menées depuis quatre ans, qu'elle serait "au-dessus du président".