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09/11/2015 01:40 EST | Actualisé 09/11/2016 00:12 EST

Dans l'est rebelle de l'Ukraine, on craint une reprise violente des combats

Après deux mois de calme, les tirs sont à nouveau de plus en plus fréquents dans l'est rebelle de l'Ukraine et des habitants préparent à nouveau leur cave pour s'y réfugier en cas de reprise violente des combats.

"On avait arrêté il y a seulement deux mois de dormir dans le sous-sol. Mais les combats ont encore repris. La nuit, ça tire au mortier et avec d'autres armes encore plus lourdes. La maison tremble de nouveau", raconte à l'AFP Elena Krivonos, une habitante de Staromikhaïlivka, village sous contrôle séparatiste situé en bordure de la "capitale" rebelle de Donetsk.

"Apparemment, on est encore loin de la fin de la guerre", conclut cette jeune femme de 31 ans, mère de deux enfants, en remplissant de nouveau sa cave de vêtements chauds pour s'y réfugier en cas de besoin.

Officiellement, les deux parties au conflit ont pourtant annoncé samedi avoir achevé le retrait de leurs armes légères dans une zone de 15 km de part et d'autre de la ligne de front. Les belligérants avaient également affirmé auparavant avoir achevé le retrait des armes lourdes, conformément aux accords de paix de Minsk 2, parrainés par les Européens. Mais selon l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), il reste encore des armes en certains endroits des deux côtés.

Le conflit dans l'est de l'Ukraine, qui a fait plus de 8.000 morts depuis son déclenchement en avril 2014, s'est considérablement calmé après l'instauration d'une nouvelle trêve le 1er septembre, qui, à la surprise générale, a été largement respectée pendant presque deux mois. Mais depuis quelques semaines, les affrontements se sont intensifiés, surtout la nuit, et plusieurs soldats ukrainiens ont été tués.

Depuis son poste de contrôle à Mariinka, à environ 20 kilomètres de Donetsk, fief des séparatistes, Oleg, un garde-frontière affirme observer les chars rebelles, quittant périodiquement Donetsk pour se rendre sur la ligne de front.

"Notre poste de contrôle est la dernière position ukrainienne. Plus loin ce sont les séparatistes. La nuit et le soir, des snipers continuent de tirer contre nous. Ces derniers temps, ils viennent très près, on peut les voir à l'oeil nu", ajoute Oleg.

- "Des blessés tous les jours" -

Près de Donetsk, à Piski, village aux mains des forces gouvernementales presque entièrement ravagé par des mois d'affrontements meurtriers, les soldats accusent les rebelles de chercher à saper le processus de paix.

"L'ennemi amène ses tanks quasiment jusqu'à Piski, il les déplace. Tous les jours, ça tire à l'arme automatique, au mortier ou bien au lance-grenades", raconte le soldat Dmitro Dvoïtchenkov, ancien journaliste de télévision devenu artilleur et porte-parole de la 93 ème brigade de l'armée ukrainienne.

"Ces derniers jours, il y a même eu des morts, mais cela n'arrive pas souvent. Par contre, il y des blessés en permanence, tous les jours on a des blessés", ajoute cet homme de 48 ans, alors que des tirs de mitrailleuses se font entendre.

Pour la 93e brigade, stationnée tout près des positions rebelles, le retrait des armes, qu'elle affirme respecter, pourrait dès lors s'avérer dangereux.

"En cas d'attaque, nous attendrons des renforts, les armes peuvent être ramenées assez vite, en une heure. Mais pour l'instant, on va se défendre avec ce qu'on a: des armes légères ou des pierres et des bâtons", dit-il.

"L'ennemi le fait exprès car si cette étape des accords de Minsk (le retrait, NDLR) est réalisée, alors il faudra passer à la prochaine: le retour à l'Ukraine du contrôle de la frontière avec la Russie. Or, naturellement, il ne le veut pas", explique de son côté à l'AFP un autre porte-parole militaire, Olexandre Zavtonov.

Pour les rebelles prorusses, ce sont bien au contraire les forces ukrainiennes qui sont responsables des récents heurts.

"Des bataillons que Kiev ne contrôle pas tirent sur Donetsk. Ils le font exprès pour nous forcer à répondre", martèle à l'AFP un haut responsable de la république autoproclamée de Donetsk, Edouard Bassourine.

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