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09/11/2015 10:35 EST | Actualisé 09/11/2016 00:12 EST

Burundi: un employé de l'ONU tué, réunion du Conseil de sécurité

Au moins deux personnes ont été tuées et un policier blessé lundi à Bujumbura, après la mort samedi de neuf autres personnes, dont un employé de l'ONU, dans des violences qui font l'objet d'une réunion du Conseil de sécurité.

A la demande de Paris, le Conseil se réunit à New York pour écouter notamment le Haut commissaire aux Droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, qui l'informera sur "la détérioration rapide de la situation au Burundi".

La communauté internationale craint des violences à grande échelle, certains durs du pouvoir ayant récemment multiplié les propos incendiaires aux connotations ethniques, dans un pays à l'histoire post-coloniale jalonnée de massacres entre Hutu et Tutsi et sorti il y a moins de dix ans d'une longue guerre civile ayant fait quelque 300.000 morts entre 1993 et 2006.

Une inquiétude renforcée par l'expiration samedi soir d'un ultimatum très ferme lancé aux opposants à son troisième mandat par le président Pierre Nkurunziza, qui semble décidé à en finir avec plus de six mois de contestation.

Tout en promettant l'amnistie à ceux qui "déposeraient les armes", M. Nkurunziza a averti qu'ensuite la police - qui a déjà brutalement, parfois à balles réelles, mis fin à la mi-juin à six semaines de manifestations - serait autorisée à user "de tous les moyens" pour désarmer les quartiers contestataires.

Dimanche matin, les autorités burundaises ont lancé une vaste opération de recherche d'armes dans un premier quartier contestataire, Mutakura, dans le nord de Bujumbura. Celle-ci s'est poursuivie lundi, étendue au quartiers voisins de Cibitoke et Ngagara.

Lundi matin, à Musaga, quartier sud de Bujumbura qui fut un des hauts-lieux des manifestations déclenchées fin avril à l'annonce de la candidature de M. Nkurunziza à un 3e mandat, "des criminels armés" ont, selon un gradé de la police ayant requis l'anonymat, lancé une grenade sur une patrouille de police qui a répliqué. Un policier a été blessé par cette grenade, a ajouté ce responsable.

"Deux personnes, dont un étudiant qui sortait de sa maison, ont été tuées par ces policiers qui tiraient dans tous les sens", a de son côté raconté un témoin, une version confirmée par deux autres habitants.

- Croix-Rouge "préoccupée" -

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s'est déclaré lundi "extrêmement préoccupé par la violence" et a ajouté qu'il avait installé des postes de premiers soins dans plusieurs quartiers pour soigner les blessés.

L'ONU a rapporté lundi qu'un de ses employés figurait parmi les neuf personnes tuées dans la nuit de samedi à dimanche dans l'attaque d'un bar de Kanyosha, un autre quartier d'opposants du sud de la capitale, dans un scénario qui fait penser à une exécution.

A Mutakura, "la nuit a été très calme", a assuré lundi un habitant à l'AFP, "mais nous qui sommes restés sur place avons peur car le quartier est totalement vide".

Après plusieurs heures de fouilles dimanche, la police a présenté à la presse une dizaine d'armes et quelque grenades.

La présidence avait tenté samedi de rassurer la communauté internationale, observateurs et habitants des quartiers contestataires, nombreux à avoir fui leur domicile avant l'expiration de l'ultimatum.

"Il n'y aura pas de guerre ni de génocide" au Burundi, a affirmé samedi Willy Nyamitwe, influent conseiller de M. Nkurunziza, "on ne permettra pas que ce pays retombe dans ses vieux démons".

L'International Crisis Group (ICG) avait averti vendredi que le Burundi faisait "à nouveau face à de possibles atrocités à grande échelle et une possible guerre civile".

Paris et Washington ont eux aussi dénoncé la rhétorique du camp présidentiel, tandis que le secrétaire général de l'ONU s'est insurgé contre "l'impunité généralisée" au Burundi.

La candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat a plongé depuis fin avril le Burundi dans une grave crise ayant fait au moins 200 morts et poussé quelque 200.000 personnes à trouver refuge dans les pays voisins, selon l'ONU.

L'opposition, la société civile et jusqu'à une partie de son propre camp estiment que la Constitution et l'accord d'Arusha ayant mis fin à la guerre civile interdisaient à M. Nkurunziza de se représenter.

La mise en échec d'un coup d'Etat militaire à la mi-mai, la répression des manifestations et la réélection en juillet de M. Nkurunziza, lors d'un scrutin controversé, n'ont pas empêché l'intensification des violences, désormais armées.

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