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09/11/2015 18:21 EST | Actualisé 09/11/2016 00:12 EST

Birmanie: le parti d'Aung San Suu Kyi semble avoir tout balayé

RANGOUN, Myanmar — Le parti appuyé par les militaires en Birmanie fait face à une défaite cuisante, alors que le parti de la dissidente Aung San Suu Kyi, se dirigeait vers une victoire historique, qui pourrait avoir pour effet de relâcher la mainmise de l'armée au pays.

Alors que les résultats officiels de l'élection de dimanche arrivaient au compte-goutte, lundi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi a annoncé plusieurs de ses victoires et à minuit, ses membres disaient avoir remporté pratiquement tous les sièges de quatre États sur quatorze.

L'annonce a été accueillie avec cris et joie par la foule massée autour du quartier général de l'opposition, à Rangoun. Le LND dit avoir gagné 154 des 164 sièges des quatre États dont les résultats ont été dévoilés.

Cette tendance était susceptible de se propager dans les dix autres États. La Commission électorale de la Birmanie a indiqué mardi que le parti avait remporté 11 des 15 sièges dans quatre autres États, alors que le parti au pouvoir n'avait récolté que deux sièges, tout comme un autre parti représentant les minorités.

Même s'il ne s'agit pas de résultats officiels, il est clair que le parti de l'union, de la solidarité et du développement (USDP) — appuyé par l'armée — faisait face à une défaite. Le parti est constitué d'ancien militaires qui ont dirigé le pays sud-asiatique pendant un demi-siècle et qui font partie du gouvernement depuis 2011. Plusieurs de ses dirigeants ont d'ailleurs dû concéder la victoire à leurs opposants.

L'ancien chef du parti du pouvoir en Birmanie a reconnu sa défaite dans sa circonscription, devenant la première victime bien connue de la victoire probable de Mme Suu Kyi. Shwe Mann, le président de la Chambre basse du Parlement, a concédé sa défaite sur Facebook lundi matin et félicité son adversaire de la LND. Il a été battu même s'il était perçu comme un réformiste au sein de sa formation.

Cette performance du LND, si elle se confirme, pourrait même lui permettre de décrocher la présidence, en dépit des obstacles inscrits à la Constitution.

Lors d'un discours prononcé lundi devant le siège de son parti, Mme Suu Kyi a laissé entendre que sa formation l'a emporté, tout en incitant ses partisans à demeurer calmes et à éviter toute provocation.

«Il est encore trop tôt pour féliciter nos candidats qui l'ont emporté, a-t-elle dit. Je veux vous rappeler que même les candidats qui n'ont pas été élus devront accepter leur défaite mais il est important de ne pas provoquer les candidats qui ont été battus (...).»

Elle a dit que l'issue du scrutin sera annoncée bientôt, «mais je pense que vous connaissez déjà le résultat».

Même si plus de 90 partis étaient inscrits, le vrai combat opposait la LND de la lauréate du prix Nobel de la paix et l'USDP. Une foule d'autres formations politiques créées par des minorités, qui représentent 40 pour cent des 52 millions d'habitants de la Birmanie, étaient aussi dans la course.

Ce vote ne permettra cependant pas au pays d'accéder à une vraie démocratie après quelque 50 ans de dictature militaire et cinq ans de gouvernement presque civil. La Constitution birmane garantit en effet 25 pour cent des sièges aux militaires et a été réécrite pour empêcher Aung San Suu Kyi, la personnalité politique la plus populaire du pays, de devenir présidente.

Une fois les résultats connus, les élus et les militaires proposeront trois candidats. Au terme d'un vote qui devrait se dérouler en février, l'un d'entre eux deviendra président et les deux autres vice-présidents.

Les observateurs étrangers chargés de surveiller ces premières élections libres en 25 ans ont déclaré que la journée avait été «remarquable», pleine d'excitation et d'énergie.

Les États-Unis ont félicité le pays pour ses élections, ajoutant toutefois qu'il lui restait beaucoup de travail à faire pour assurer la démocratie.