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07/11/2015 20:45 EST | Actualisé 07/11/2016 00:12 EST

Référendum UE: le Royaume-Uni va enfin jouer cartes sur table

Après des mois de surplace, David Cameron doit enfin dévoiler mardi quelles réformes il demande pour que le Royaume-Uni reste dans l'Union européenne et calmer ainsi l'impatience grandissante de ses partenaires.

Deux ans et demi après avoir promis à ses citoyens un référendum sur la question d'ici la fin 2017, le Premier ministre britannique doit détailler ses exigences dans une lettre au président du Conseil européen, Donald Tusk.

Le courrier, qui doit être rendu public, arrive juste à temps pour que les 28 puissent se pencher sur la question lors du Conseil européen mi-décembre à Bruxelles. Ce qui ménage la possibilité de tenir le référendum dès l'année prochaine, même si les discussions devraient se poursuivre au moins dans les premiers mois de 2016.

David Cameron entend mettre en garde ses partenaires européens, en soulignant que s'ils font la "sourde oreille" aux attentes de la Grande-Bretagne, il devra "se demander si l'Union européenne est bonne pour nous". "Je n'exclus rien", ajoute-t-il dans un discours qui doit être prononcé mardi, selon des extraits diffusés à l'avance.

Son ministre britannique de l'Europe David Lidington juge "ambitieux" d'espérer un accord dès le sommet de décembre. Il compte plutôt conclure au printemps et il faudrait ensuite attendre encore "au moins quatre mois" pour tenir un référendum.

Si l'affaire a autant traîné, c'est parce que "Cameron joue une partie difficile, pris en tenaille entre les eurosceptiques de son parti conservateur et sa propre volonté d'éviter un Brexit", explique à l'AFP Gabriel Siles-Brügge, docteur en sciences politiques à l'Université de Manchester.

"Il ne faut pas oublier que lorsque Cameron a fait sa promesse de référendum en janvier 2013, l'Ukip (parti europhobe) était en pleine ascension et lui au plus bas dans les sondages, avec peu de chances d'être réélu en 2015. L'initiative obéissait uniquement à des impératifs de politique intérieure. Il n'avait alors aucune idée claire sur ce qu'il allait demander à l'UE", ajoute John Springford, chercheur au Center for European Reform, un cercle de réflexion basé à Londres.

Les choses ont fini par s'accélérer début octobre sous la pression des partenaires européens de M. Cameron, lassés de voir le Premier ministre britannique toujours aussi vague sur la nature de ses revendications.

Si Londres va donc finalement dévoiler sa "shopping list", David Lidington a déjà prévenu qu'il ne fallait pas s'attendre à un inventaire très détaillé, histoire de conserver une marge de manoeuvre pour les négociations.

Mais les grands axes sont connus et ils ne correspondent déjà plus aux ambitions de départ.

- Quatre revendications -

Ils se résument aujourd'hui à quatre grandes revendications qui visent d'abord "à graver dans le marbre le statut spécial dont le Royaume-Uni bénéficie déjà largement dans les faits en ne participant pas à l'euro ou à l'espace Schengen", explique Stephen Booth, codirecteur du think tank Open Europe.

Envoyé en éclaireur à Berlin mardi, le ministre des Finances George Osborne a ainsi développé deux requêtes: l'égalité de traitement entre la zone euro et le reste de l'UE, symbolisée par la reconnaissance d'une union "multidevises". Et une remise à plat des règles et régulations européennes pour améliorer la compétitivité.

Ces propositions ont reçu un accueil plutôt favorable de la chancelière allemande Angela Merkel qui a évoqué des "revendications légitimes".

"Des compromis sont possibles sur tous ces dossiers. Cela n'a rien d'extraordinaire de dire explicitement que la livre existe au côté de l'euro ou de vouloir améliorer la compétitivité. Je ne vois pas non plus comme un problème insurmontable la troisième demande britannique, celle d'être exempté de la notion d'union toujours plus étroite, qui est surtout d'ordre symbolique", estime John Springford.

Reste la quatrième et dernière revendication, celle de geler pendant quatre ans certaines prestations sociales pour les immigrés de l'UE. Au départ, plusieurs ministres voulaient même aller encore plus loin en instaurant des quotas.

"Là en revanche, je ne vois pas comment David Cameron peut avoir gain de cause, souligne John Springford. Car la requête se heurte au principe de non-discrimination entre travailleurs européens et à l'hostilité de plusieurs Etats membres."

"C'est la demande la plus difficile, à la fois sur le plan technique et le plan politique", résume Stephen Booth. L'ennui, ajoute-t-il, "c'est que c'est aussi la plus importante" aux yeux de l'électorat britannique.

"Les gens, tranche John Springford, n'ont en rien à faire du concept d'union toujours plus étroite. L'Europe ne fait pas partie de leurs préoccupations premières. L'immigration oui. David Cameron a fait monter les enchères et on l'attend désormais là-dessus. Le fait qu'il n'obtiendra probablement rien sera très nocif pour lui."

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