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08/11/2015 03:02 EST | Actualisé 08/11/2016 00:12 EST

Le Kosovo à la porte de l'Unesco, nouvelle bataille entre Belgrade et Pristina

Le vote prévu lundi sur l'adhésion à l'Unesco de l'ancienne province serbe du Kosovo, indépendante depuis 2008, a provoqué un combat diplomatique entre Belgrade et Pristina avec pour enjeu le contrôle de sites majeurs de l'Eglise serbe orthodoxe.

Dans le jardin du monastère de Gracanica, joyau de l'Eglise serbe orthodoxe au Kosovo, fondé il y a sept siècles et classé au patrimoine mondial, trois femmes âgées prient et espèrent que la Serbie gagnera cette bataille auprès de l'Unesco.

"C'est notre église sacrée. J'ai été baptisée dans ce monastère et j'ai grandi ici", dit Marija Krstic, une fidèle de 62 ans, tandis que quelque touristes japonais photographient l'église de briques rouges.

Situé à une dizaine de kilomètres de Pristina, la capitale du Kosovo dont la majorité albanaise a unilatéralement proclamé en 2008 son indépendance, le monastère de Gracanica est un des quatre sites de l'Église serbe orthodoxe au Kosovo classés au patrimoine mondial de l'Unesco.

Or le Kosovo, qui n'est pas membre de l'ONU, a justement demandé à adhérer à l'Organisation pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), et un vote est attendu lundi à Paris.

Concrètement, s'il est admis au sein de cette structure qui compte actuellement 195 États membres, le Kosovo sera en charge des lieux sacrés de l'Église orthodoxe, considérés aussi comme le berceau de la culture serbe, un scénario qui irrite les autorités de Belgrade.

"C'est notre monastère et il n'appartient à personne d'autre! Comment quelqu'un peut maintenant dire que les Albanais s'en occuperont", s'exclame Mme Krstic.

Elle et ses deux amies font partie de la minorité serbe au Kosovo, essentiellement peuplé de musulmans d'origine albanaise.

L'indépendance du Kosovo a été reconnue à ce jour par plus de cent pays, dont les Etats-Unis et une majorité de membres de l'Union européenne.

- dégâts et pillages -

Le statut d'État membre de l'Unesco lui permettrait de gagner plus de poids sur la scène diplomatique et lui ouvrirait l'accès à des fonds importants pour la culture et l'éducation.

Belgrade affirme que les sites de l'Église serbe encourent un "risque sérieux" s'ils passent aux mains des autorités kosovares, en évoquant des dégâts et des pillages qu'ils ont subis depuis le conflit serbo-kosovar (1998-99).

"Nous sommes profondément inquiets pour notre patrimoine culturel et historique", a mis en garde mercredi à la tribune de l'Unesco à Paris le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Dacic.

Le patriarche serbe Irinej a appelé à empêcher l'adhésion du Kosovo à l'Unesco et à "défendre (le patrimoine) par des moyens pacifiques ou par la force".

Le gouvernement kosovar assure pour sa part que tous ces sites seraient protégés.

"La candidature du Kosovo à l'Unesco a été faussement présentée en Serbie comme une tentative de s'approprier le patrimoine culturel serbe au Kosovo", a déclaré à l'AFP, le ministre kosovar chargé de l'Intégration européenne, Bekim Collaku.

Le père Sava Janjic, du monastère Visoki Decani, explique que cet édifice du 14e siècle, est toujours protégé par les militaires de l'Otan déployés depuis la fin du conflit.

"Nous avons été confrontés à de sérieuses difficultés depuis la fin de la guerre. Quatre attaques armées (...) ont créé pour nous l'impression qu'on vit en état de siège", a dit le père Janjic.

"Il ne s'agit pas uniquement d'édifices et de nos émotions, mais de notre liberté de professer la religion. Car nos sites sont des lieux de culte vivants et pas des musées", explique-t-il.

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