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08/11/2015 10:00 EST | Actualisé 08/11/2016 00:12 EST

Croatie : négociations indispensables pour une majorité à l'issue des législatives

La gauche au pouvoir et l'alliance de droite de l'opposition sont crédités du même nombre de sièges à l'issue des législatives de dimanche en Croatie, ce qui signifie qu'une majorité ne sera arrachée qu'après des négociations avec les autres partis entrés au parlement.

"La Croatie grandit", coalition de gauche du Premier ministre sortant Zoran Milanovic (parti social-démocrate, SDP) , et l'alliance conservatrice de droite regroupée autour de Tomislav Karamarko, leader du principal parti d'opposition (HDZ), sont crédités de 56 sièges chacune dans l'assemblée qui compte 151 élus, selon un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote par l'agence IPSOS Puls pour la télévision nationale.

Cinq autres formations se disputent les sièges restants. Les premiers résultats officiels partiels sont attendus pour plus tard dans la soirée.

Ce scrutin, le premier depuis l'adhésion de cette ex-république yougoslave à l'UE en 2013, s'est déroulé avec pour toile de fond la crise des migrants qui traversent les Balkans et la récession économique.

Deux heures et demie avant la fermeture des bureaux de vote, à 15H30 GMT, le taux de participation était de 46,57%, similaire à celui enregistré aux précédentes législatives, en 2011.

La "Coalition patriotique" créée autour du HDZ se bat pour revenir au pouvoir, en dénonçant le bilan mitigé du gouvernement sortant et la situation de récession quasi-permanente depuis 2009.

"Apparemment, personne n'aura la majorité. Je crois que nous somme plus près de l'obtenir" en rassemblant d'autres partis, avait prédit M. Milanovic après avoir voté.

- 'Pas de solution aux problèmes économiques' -

Dans ce pays de 4,2 millions d'habitants devenu le 28e membre de l'UE, la victoire au début de l'année à la présidentielle de la conservatrice Kolinda Grabar Kitarovic, avec un discours critiquant les faibles performances économiques du gouvernement, avait initialement placé la droite dans une position avantageuse.

Cependant, pour M. Milanovic, l'émergence de la crise migratoire à la mi-septembre, lorsque la Croatie a vu près de 350.000 réfugiés en route vers l'Europe occidentale transiter par son territoire, a été l'occasion de détourner l'attention des difficultés économiques.

"Le gouvernement a eu la chance de voir cette crise repousser à l'arrière-plan tous les autres thèmes" du débat électoral, note l'analyste politique indépendant Davor Gjenero.

M. Milanovic a surfé sur la vague migratoire en faisant preuve d'empathie envers les migrants, mais aussi de fermeté vis-à-vis des pays voisins. Il a condamné la décision de la Hongrie de fermer sa frontière et critiqué la Serbie pour sa manière de gérer la crise, tout en affirmant qu'il tenait avant tout à protéger les intérêts de la Croatie.

"La manière dont le gouvernement a géré la crise des migrants a été brillante", se réjouissait ainsi Maja Bacic, une fonctionnaire âgée de 45 ans.

De son côté, l'opposition a fait campagne sur les "valeurs patriotiques", s'appuyant sur la rhétorique nationaliste.

Mais, selon M. Gjenero, les préoccupations d'ordre économique n'ont pas disparu pour autant, "alors qu'aucun des deux principaux partis n'a fourni des réponses sérieuses aux questions importantes".

Le taux de chômage atteignait en septembre 16,2%, dont 43,1% chez les jeunes. La dette publique frôle les 90% du PIB, et l'économie croate est l'une des plus pauvres de l'UE.

Le PIB a repris des couleurs au cours des trois premiers trimestres de l'année, mais les analystes notent que les deux principaux rivaux aux législatives n'ont pas offert de solutions crédibles pour redresser efficacement l'économie, ni pour régler le problème que pose une administration jugée inefficace et d'une taille disproportionnée.

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