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08/11/2015 15:59 EST | Actualisé 08/11/2016 00:12 EST

Croatie/législatives: l'opposition en tête, négociations indispensables pour une majorité

L'opposition conservatrice de droite devance la coalition de la gauche au pouvoir à l'issue des élections législatives de dimanche en Croatie mais une majorité ne sera formée qu'après des négociations avec les autres partis entrés au parlement.

Le scrutin, le premier depuis l'adhésion de l'ex-république yougoslave à l'Union européenne en 2013, s'est déroulé avec en toile de fond la crise des migrants qui traversent les Balkans et la récession économique.

La coalition conservatrice regroupée autour de Tomislav Karamarko, leader du principal parti d'opposition (HDZ), a obtenu 59 sièges dans l'assemblée qui compte 151 élus, selon des résultats portant sur les bulletins comptés dans 70% des 6.500 bureaux de vote.

L'alliance de gauche, "La Croatie grandit", menée par le Parti social-démocrate (SDP) du Premier ministre sortant Zoran Milanovic, a obtenu 55 sièges alors qu'en troisième position arrive la formation Most avec 19 sièges. Quatre autres formations se partagent dix sièges tandis que les huit restants sont réservés aux minorités nationales.

"Dans les prochains jours, dès demain, nous allons décider dans quelle direction nous allons nous diriger", a dit M. Milanovic, 49 ans, invitant au dialogue le parti Most pour former ensemble une majorité. "Nous ne pouvons pas fonctionner seuls et nous avons besoin de partenaires", a-t-il affirmé à l'adresse de Most.

Durant la campagne électorale, Most a néanmoins assuré qu'il n'entendait pas faire alliance avec la gauche, ni avec les conservateurs.

"Nous tiendrons parole. Nous n'allons pas intégrer de coalition", a encore assuré après l'annonce des résultats le chef du Most, Bozo Petrov.

De son côté, devant ses supporteurs criant "Victoire, Victoire" et brandissant des drapeaux croates, le leader de l'opposition a assuré que son parti était aussi "ouvert à la coopération avec tous ceux qui veulent lutter pour une vie meilleure en Croatie".

Selon la Constitution, le chef de l'État désigne le Premier ministre après des consultations avec les partis parlementaires, choisi dans les rangs de la formation ayant fait la preuve d'avoir obtenu la majorité.

- récession quasi-permanente depuis 2009 -

La "Coalition patriotique" créée autour du HDZ se bat pour revenir au pouvoir après quatre ans dans l'opposition en dénonçant le bilan mitigé du gouvernement sortant et la situation de récession quasi-permanente depuis 2009.

Dans ce pays de 4,2 millions d'habitants devenu le 28e membre de l'UE, pour M. Milanovic, l'émergence de la crise migratoire à la mi-septembre, lorsque la Croatie a vu près de 350.000 réfugiés en route vers l'Europe occidentale transiter par son territoire, a été l'occasion de détourner l'attention des difficultés économiques.

"Le gouvernement a eu la chance de voir cette crise repousser à l'arrière-plan tous les autres thèmes" du débat électoral, note l'analyste politique indépendant Davor Gjenero.

M. Milanovic a surfé sur la vague migratoire en faisant preuve d'empathie envers les migrants, mais aussi de fermeté vis-à-vis des pays voisins. Il a condamné la décision de la Hongrie de fermer sa frontière et critiqué la Serbie pour sa manière de gérer la crise, tout en affirmant qu'il tenait avant tout à protéger les intérêts de la Croatie.

De son côté, l'opposition a fait campagne sur les "valeurs patriotiques", s'appuyant sur la rhétorique nationaliste.

Mais, selon M. Gjenero, les préoccupations d'ordre économique n'ont pas disparu pour autant, "alors qu'aucun des deux principaux partis n'a fourni des réponses sérieuses aux questions importantes".

Le taux de chômage atteignait en septembre 16,2%, dont 43,1% chez les jeunes. La dette publique frôle les 90% du PIB, et l'économie croate est l'une des plus pauvres de l'UE.

Le PIB a repris des couleurs au cours des trois premiers trimestres de l'année, mais les analystes notent que les deux principaux rivaux aux législatives n'ont pas offert de solutions crédibles pour redresser efficacement l'économie, ni pour régler le problème que pose une administration jugée inefficace et d'une taille disproportionnée.

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