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06/11/2015 03:05 EST | Actualisé 06/11/2016 01:12 EDT

L'enquête de Richard Pound éclabousse l'athlétisme mondial

Dire que le rapport d'enquête de Richard Pound est explosif est un euphémisme. La Fédération internationale d'athlétisme en prend pour son grade...

L'avocat montréalais avait le mandat de l'Agence mondiale antidopage (AMA) de faire la lumière sur les méthodes généralisées de dopage dans l'athlétisme russe, à la suite de la diffusion d'un reportage choc de la télévision allemande ARD.

Les conclusions de Richard Pound dépassent les frontières russes. Le rapport doit être rendu public, lundi. On y parle de corruption, extorsion de fonds et chantage au plus haut niveau de l'athlétisme international, c'est à dire la présidence assurée jusqu'en 2015 par Lamine Diack.

Le journaliste d'enquête du quotidien français en ligne Mediapart, Fedérico Franchini, a mis la main sur le rapport et a expliqué le contenu à Radio-Canada Sports au micro de Robert Frosi.

M. Franchini a pu lire qu'à un an des Jeux olympiques de 2012 à Londres, la fédération a fait chanter les athlètes avec la garantie de ne rien révéler et de masquer les anomalies qui figurant dans leurs analyses. L'ancien président de la fédération russe d'athlétisme aurait fait chanter au moins six athlètes olympiques dont la marathonienne Lillya Shobukhova qui a dû payer 570 000 dollars en échange du silence de la fédération.

Le rapport détaille également le cas de l'athlète turc Asli Alptekin, championne olympique du 1500 m à Londres qui aurait elle aussi été victime de chantage de la famille de l'ancien président de l'IAAF, Lamine Diack. Les deux fils de M. Diack (Pape Massata et Khalil) dont l'un était le conseiller en marketing de la fédération auraient réclamés 500 000 dollars à la sportive turque.

Toutes ces sommes auraient ensuite été versés à Lamine Diack et à ses complices, raconte M. Franchini à Robert Frosi, par le biais de société écran.

Federico Franchini explique, après avoir lu le rapport, que l'ancien président de la fédération russe d'athlétisme qui était aussi trésorier de la fédération internationale a dû démissioner et fait l'objet de poursuites. Le medecin responsable des contrôles antidopage à la fédération internationale Gabriel Dolé qui aurait couvert des cas de dopage contre de l'argent et l'ancien président de l'IAAF Lamine Diack ont été mis en examen pour corruption par la justice française.

L'ancien président a obtenu sa libération en échange d'une caution de 700 000 dollars, le médecin français pour 100 000 dollars.

Au téléphone, l'avocat canadien Richard Pound s'est contenté de dire que le rapport qui sera rendu public lundi à Genève sera effectivement accablant.

Il a tenu à préciser que les éléments concernant Lamine Diack ne seront pas rendus publics pour ne pas nuire à l'enquête française mais qu'ils pourront l'être d'ici la fin de l'année en rajoutant qu'après le scandale de la FIFA et celui de l'athlétisme mondial, il est grand temps de faire le ménage dans le monde du sport.

Réaction de la Russie

« La Fédération russe d'athlétisme est bien informée des enquêtes menées par la commission d'enquête indépendante nommée par l'Agence mondiale antidopage et par celle de la commission d'éthique de l'IAAF. Nous les assurons de notre entière collaboration. Mais nous rejetons également toute accusation infondée touchant la fédération », a commenté la fédération russe sur son site Internet.

La fédération russe a fait le ménage au sein de sa direction. De nombreux entraîneurs russes restent toutefois dans le collimateur de la justice sportive.

Le nouveau secrétaire général de la fédération russe, Mikhael Butov, a affirmé vendredi vouloir améliorer le système national de lutte contre les tricheurs.

« Il y a plein de problèmes dans notre système actuel de contrôles antidopage, qui est souvent incompréhensible pour nos athlètes et entraîneurs », a expliqué M. Butov, cité par l'agence R-Sport.

Le secrétaire général ajoute que la fédération russe va envoyer à la fédération internationale (IAAF) des « propositions pour l'amélioration des procédures de contrôle antidopage ».

« La Russie suit le concept de "tolérance zéro" en la matière », a rappelé M. Butov.