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05/11/2015 22:03 EST | Actualisé 05/11/2016 01:12 EDT

L'Afghanistan ne fait plus rêver les humanitaires étrangers

Longtemps, l'Afghanistan a attiré les humanitaires internationaux comme un aimant. Mais face à la persistance des violences, dont le récent bombardement meurtrier d'un hôpital de MSF, les ONG manquent de volontaires et l'aide aux plus vulnérables s'en ressent.

Face aux postes qui "restent vacants pendant longtemps", Elise, employée à Kaboul par l'ONG française Acted, dresse un triste constat: contrairement à dix ans auparavant, "les gens ne se battent pas pour venir".

Les besoins ne manquent pourtant pas, alimentés par l'interminable conflit opposant Kaboul et ses alliés de l'Otan aux rebelles talibans, et des catastrophes naturelles comme le récent séisme dans les montagnes du nord-est.

Mais l'Afghanistan reste, de loin, "le pays le plus dangereux au monde pour les humanitaires", selon le cabinet Humanitarian Outcomes, qui y a recensé 54 "attaques majeures" contre des ONG en 2014, et ce statut pèse sur les vocations.

Aux candidats potentiels, "il faut expliquer que personne ne se fait exploser tous les jours devant notre porte", note Elise.

Pour attirer du monde, les ONG acceptent désormais des contrats moins longs, parfois de six mois, ce qui est loin d'être idéal, car les volontaires "partent au moment où ils commencent à maîtriser les dossiers", explique Patrick, chef de mission d'une ONG occidentale à Kaboul.

Officiellement, les belligérants disent tous respecter les ONG. Mais dans les faits, ces dernières restent à la merci des combats qui s'intensifient, comme l'a montré début octobre le bombardement américain qui a détruit l'hôpital de Médecins sans Frontières (MSF) à Kunduz (nord) et tué 30 personnes.

Et si les rebelles talibans affirment vouloir aider les humanitaires dans leur "tâche désintéressée", leurs combattants ont revendiqué des attaques contre des lieux fréquentés par les étrangers à Kaboul, dont certaines ont tué des employés d'ONG.

Face aux menaces, des ONG ont réduit la voilure dans les provinces. Dans le centre du pays, "là où on avait trois expatriés pour aider les éleveurs de brebis, on n'en a plus qu'un" pour limiter les risques, explique Nathan, qui travaille pour une ONG agricole.

En septembre, après l'attaque de cinq de ses camions de distribution de nourriture, le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU s'est retiré de la région reculée du Badakhshan (nord-est), frappée quelques semaines plus tard par le séisme meurtrier.

- Pays le plus dangereux pour les ONG -

Du coup, "les ONG font venir à elles les gens qu'elles aident, ou elles assurent le suivi par téléphone", explique Fiona Gall, directrice d'Acbar, qui fédère plus de 130 ONG implantées en Afghanistan.

Les missions dans les provinces aussi superbes que démunies se sont donc raréfiées, rendant les postes en ONG moins attractifs.

Jusqu'à ces dernières années, les expatriés pouvaient au moins compter sur la vie sociale trépidante à Kaboul, qui contribuait également à les faire venir en Afghanistan.

"Il y avait des fêtes gigantesques", raconte Alex, un humanitaire allemand revenu en Afghanistan après plusieurs années en Asie du Sud-Est. Mais "aujourd'hui tout est fini".

La faute notamment aux attentats et enlèvements persistants: cet été, deux humanitaires étrangères, une Néerlandaise et une Allemande, y ont été enlevées, avant d'être libérées.

D'autres pays comme "l'Irak et la Syrie attirent plus les jeunes" aujourd'hui, note Philippe Bonnet, qui vient d'achever sa mission en Afghanistan au sein de l'ONG française Solidarités International.

Au final, selon un observateur occidental, "on est passé en cinq ans de milliers de volontaires étrangers à quelques centaines".

Et si le nombre d'ONG étrangères enregistrées dans le pays reste relativement stable (274 aujourd'hui contre 293 en 2013), celui de leurs projets a lui bien baissé.

Or les besoins, eux, "n'ont pas diminué" dans les campagnes où les ONG jouent parfois un rôle de premier plan, souligne Nathan.

Ainsi, la baisse de la mortalité infantile -- passée de 93 pour 1.000 naissances en 2001 à 66 pour 1.000 en 2015 selon la Banque mondiale -- est due au fait que les enfants en bas âge "sont souvent les premiers concernés par les programmes d'aide à la santé", souligne un humanitaire occidental.

L'argent est toujours là, puisque la communauté internationale s'est engagée à soutenir le développement du pays à hauteur de 16 milliards de dollars sur les quatre années s'achevant en 2015, puis à maintenir des niveaux d'aide similaires jusqu'en 2017.

Mais désormais le gouvernement "demande que les fonds lui soient d'abord remis avant d'être distribués", explique Fiona Gall (Acbar). Or "les fonds ne sont pas distribués assez vite", empêchant certaines ONG de boucler leur budget dans les temps, et donc de recruter.

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