NOUVELLES
06/11/2015 08:55 EST | Actualisé 06/11/2016 01:12 EDT

L'administration de Barack Obama rejette le projet d'oléoduc Keystone XL

WASHINGTON — Jugeant que l'oléoduc Keystone XL ne servirait pas les intérêts nationaux des États-Unis, l'administration de Barack Obama a formellement rejeté, vendredi, le projet proposé par TransCanada pour transporter du pétrole issu des sables bitumineux de l'Alberta vers les raffineries du sud des États-Unis.

M. Obama en a fait l'annonce vendredi midi, estimant que l'oléoduc avait tenu un rôle trop large dans le discours politique du pays. Il a par ailleurs expliqué la décision en indiquant que le projet n'aurait pas contribué de manière importante et durable à l'économie américaine, qu'il n'aurait pas fait diminuer les prix du pétrole — qui, a-t-il rappelé, ont déjà baissé de toute façon — et qu'il n'aurait pas renforcé la sécurité énergétique du pays.

Le nouveau premier ministre Justin Trudeau a exprimé de la déception face à l'annonce du président américain, avec qui il a discuté de la situation.

«Nous sommes désolés de cette décision mais respectons le droit des États-Unis à prendre celle-ci, a écrit M. Trudeau dans une déclaration publiée vendredi. Les rapports entre le Canada et les États-Unis sont beaucoup plus vastes qu’un seul projet et je suis impatient de rencontrer le président Obama dans un avenir rapproché pour prendre un nouveau départ afin de renforcer nos liens remarquables dans un esprit d’amitié et de collaboration.»

TransCanada a pour sa part déclaré qu'elle réfléchissait présentement aux différentes options s'offrant à elle, dont celle de présenter une demande pour un nouveau permis.

«TransCanada et ses partenaires demeurent absolument résolus à réaliser cet important projet, a soutenu Russ Girling, président et chef de direction de l'entreprise, dans un communiqué. Nous examinerons la possibilité de soumettre une nouvelle requête aux autorités transfrontalières afin de pouvoir expédier le pétrole brut de nos clients et nous analyserons les arguments donnés pour justifier le rejet.»

En début de semaine, TransCanada avait causé la surprise des deux côtés de la frontière en demandant la suspension temporaire de la demande d'autorisation du projet. Mercredi, l'administration Obama avait refusé de permettre ce délai.

L'oléoduc Keystone XL devait acheminer près du quart des exportations pétrolières du Canada vers des raffineries près du golfe du Mexique, ce qui nécessitait un permis pour qu'il puisse traverser la frontière.

Le rejet de Barack Obama était attendu. D'ailleurs, les principaux candidats à l'investiture du Parti démocrate en vue de la présidentielle s'étaient opposés au projet: Hillary Clinton et Bernie Sanders avaient tous deux annoncé qu'ils étaient contre.

Bien que le projet de 8 milliards $ soit mort pour l'instant, la décision de l'administration Obama ne sera sans doute pas le point final de cette saga qui dure depuis sept ans.

Les bailleurs de fonds de l'oléoduc pourraient se tourner vers les tribunaux pour s'opposer à la décision, et le Congrès, sous contrôle républicain, pourrait tenter d'outrepasser la décision présidentielle, bien que de tels efforts aient échoué par le passé. Le projet pourrait également être revu en 2017 si un républicain est élu à la Maison-Blanche et invite TransCanada à présenter une nouvelle demande.

On peut également se demander si le géant énergétique de Calgary tentera de récupérer plus de 2 milliards $ déjà investis dans le développement du projet. Plus tôt cette année, l'entreprise avait laissé la porte ouverte à une poursuite contre le gouvernement américain en vertu des dispositions de l'ALÉNA.

La première demande de permis de TransCanada pour le projet Keystone XL remonte à septembre 2008, soit quelques semaines avant que Barack Obama ne soit élu président.

D'après le plan initial, l'oléoduc devait partir des exploitations de sables bitumineux canadiennes, traverser le Montana, le Dakota du Sud et le Nebraska avant de se connecter à des oléoducs existants afin de transporter plus de 800 000 barils de pétrole brut par jour vers des raffineries du Texas.