NOUVELLES
06/11/2015 06:34 EST | Actualisé 06/11/2016 01:12 EDT

GB: Des ONG dénoncent la relégation de la défense des droits de l'Homme au second plan

Les organisations des droits de l'Homme ont dénoncé ces dernières semaines le cynisme du gouvernement britannique, plus préoccupé selon elles de faire des affaires avec des régimes connus pour leurs abus que de défendre les libertés publiques.

Ces critiques ont pris un tour plus aigu avec les visites récentes et consécutives des présidents chinois, kazakh et égyptien, l'ONG Amnesty international jugeant que le Premier ministre David Cameron "déroulait le tapis rouge à des leaders autoritaires".

"Durant la visite du président chinois (en octobre), le monde a eu la claire impression que le Royaume-Uni évacuait les droits de l'Homme pour s'assurer l'argent chinois entre autres pour ses centrales électriques", a ajouté la directrice de l'ONG pour le Royaume-Uni Kate Allen.

Le gouvernement rétorque lui que ces questions ne sont pas ignorées mais abordées de manière plus subtile pour éviter de braquer ses interlocuteurs.

"Avec beaucoup de ces pays, les réprimandes publiques ont un effet opposé à celui désiré", déclare à l'AFP Crispin Blunt, président de la commission parlementaire des Affaires étrangères.

Il estime qu'il est ainsi plus efficace de montrer à la Chine l'importance que le Royaume-Uni accorde à ses relations avec elle et d'évoquer en privé les sujets qui fâchent.

Le Foreign Office a ainsi abandonné les références explicites à l'abolition de la peine de mort et à la prévention de la torture dans ses priorités en matière de droits de l'Homme.

Et il y a quelques semaines, Simon McDonald, sous-secrétaire du ministère britannique des Affaires étrangères, a affirmé sans détour devant la commission parlementaire chargée des Affaires étrangères que "bien que ce soit un sujet que nous suivons, ce n'est pas l'une de nos priorités".

"Je ne contesterai pas qu'actuellement les questions économiques sont bien plus hautes dans notre programme d'action", a-t-il encore dit.

Selon le diplomate, cette situation est en partie due aux coupes budgétaires menées par le gouvernement dans le cadre de son programme de réduction du déficit public.

- "Complicité d'abus"-

Pour les experts, le changement de priorité remonte aux élections de mai, remportées par les Conservateurs après cinq années de coalition avec les Libéraux-démocrates, plus chatouilleux sur ces questions.

Pourtant, le mois dernier, le gouvernement britannique s'est retiré d'un appel d'offres visant à moderniser le système pénitentiaire en Arabie Saoudite. Une décision concomitante avec l'appel à l'aide à M. Cameron de la famille d'un Britannique de 74 ans, condamné à 350 coups de fouet dans ce pays pour possession d'alcool artisanal.

Alors que Downing Street a fait valoir que les deux sujets n'étaient pas liés, ce n'est pas l'avis de l'ambassadeur saoudien à Londres qui s'est inquiété publiquement dans la presse des critiques britanniques contre la situation des droits de l'Homme dans son pays.

"Si les importants liens commerciaux entre les deux pays sont désormais subordonnés à certaines idéologies politiques, alors ces échanges commerciaux vitaux seront menacés", avait prévenu le prince Mohammed bin Nawaf bin Abdulaziz.

Les organisations de défense des droits de l'Homme estiment de leur côté que faire du commerce avec ce type de gouvernement pourrait rendre le Royaume-Uni complice des abus commis.

L'ONG britannique Reprieve a ainsi critiqué les ventes britanniques d'équipements de sécurité à l'Égypte, où depuis 2013 plus de 1.400 manifestants réclamant le retour du président islamiste Mohamed Morsi ont été tués. De même, plus de 15.000 Frères musulmans et sympathisants ont été emprisonnés et des centaines condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs vivement dénoncés par l'ONU.

"Forger des liens beaucoup plus étroits alors que ces terribles violations ont lieu (...) revient à préparer le terrain pour des problèmes dans le futur et à aller à l'encontre de l'objectif du gouvernement de promouvoir la stabilité", a estimé un porte-parole de Reprieve.

ma-mc-jb/oaa/lpt