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06/11/2015 10:01 EST | Actualisé 06/11/2016 01:12 EDT

Colombie : Santos demande pardon pour un massacre à Bogota en 1985

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a demandé pardon vendredi, au nom de l'Etat, pour les disparitions consécutives à l'intervention de l'armée lors de la prise du Palais de Justice de Bogota par des guérilleros il y a 30 ans.

"Aujourd'hui, je reconnais la responsabilité de l'Etat colombien et je demande pardon", a déclaré M. Santos lors d'une cérémonie d'anniversaire organisée en présence de proches des victimes de cet épisode sanglant de l'histoire de la Colombie, qui avait fait une centaine de morts les 6 et 7 novembre 1985.

Le président colombien a ainsi exécuté un jugement de la Cour inter-américaine des droits de l'Homme (CIDH), qui l'an dernier avait ordonné des excuses officielles à titre de réparation.

La guérilla du Mouvement du 19 avril (M-19), qui a rendu les armes en 1990, avait attaqué le Palais de Justice et pris plusieurs dizaines d'otages le 6 novembre pour faire pression sur le chef de l'Etat de l'époque, Belisario Betancur, avec lequel elle négociait un accord de paix.

L'armée était ensuite intervenue avec des chars d'assaut et avait bombardé le bâtiment, situé en plein coeur de la capitale, lors d'une opération qui avait tourné au massacre.

"Il y a eu ici une action lamentable, absolument condamnable, du M-19, mais aussi des failles dans la conduite et les agissements des agents de l'Etat", a admis M. Santos lors de la cérémonie, à laquelle assistaient également d'ex-guérilleros du M-19, dont l'actuel sénateur Antonio Navarro.

La CIDH avait estimé l'an dernier que, dans la manière de procéder des forces de l'ordre, "il y a eu un modus operandi tendant à la disparition forcée de personnes", soupçonnées par l'armée de collaborer avec le M-19.

De ce fait, la Cour avait jugé l'Etat colombien responsable de la disparition d'employés de la cafétéria du bâtiment, ainsi que de la disparition et de l'exécution extrajudiciaire d'un magistrat auxiliaire, de la détention illégale et torture de quatre suspects, et du manque de clarification judiciaire des faits.

Les services du Procureur général procèdent encore à l'exhumation de restes de victimes non identifiées. Certains des chefs militaires de l'époque ont été emprisonnés et d'autres sont actuellement appelés à comparaître devant la justice.

A l'approche de l'anniversaire, l'ex-président Betancur, resté silencieux durant des décennies sur cette affaire, a lui aussi présenté ses excuses. "Si j'ai commis des erreurs, j'en demande pardon à mes compatriotes", a-t-il déclaré cette semaine.

"C'est un très bon moment pour demander pardon", a déclaré à l'AFP, en faisant allusion au processus de paix en cours, le ministre de la Justice, Yesid Reyes, dont le père magistrat a été tué pendant la reprise du palais par l'armée.

Le gouvernement de M. Santos est en pourparlers depuis près de trois ans avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), principale guérilla, pour mettre fin au conflit armé qui déchire le pays depuis plus de 50 ans, et a fait au moins 220.000 morts.

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