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06/11/2015 04:43 EST | Actualisé 06/11/2016 01:12 EDT

Brésil : recherches désespérées dans un village englouti par la boue

Plus de 200 secouristes aidés de bulldozers tentaient désespérément vendredi de trouver des survivants dans le village brésilien ravagé par un tsunami de boue et de déchets toxiques, après la rupture de deux barrages miniers, mais le bilan de 17 morts devait s'alourdir, selon les pompiers.

L'accident s'est produit jeudi après-midi à une vingtaine de kilomètres de la ville coloniale de Mariana fondée en 1696 par les colonisateurs portugais, dans l'Etat de Minas Gerais (sud-est).

Avec la rupture du barrage Fundao, puis d'un second, le Santarem, une coulée de boue géante s'est rapidement répandue et a recouvert le village de Bento Rodrigues, peuplé d'environ 600 habitants.

Ce sont en majorité des employés de la compagnie minière Samarco (détenue à parts égales par le géant minier brésilien Vale et le groupe australien BHP Billiton).

- Un film d'horreur -

"Nous avons vécu un vrai film d'horreur. Les gens ont commencé à courir, criaient que c'était la fin du monde et l'eau arrivait de tous les côtés", a raconté un survivant ayant requis l'anonymat au site G1 de Globo.

Le village de Bento Rodrigues, où l'on dénombre également plus de 50 blessés, affichait vendredi un paysage de dévastation totale, selon un photographe de l'AFP sur place : maisons englouties par une boue rouge et épaisse, habitations détruites et voitures embourbées.

"Jeudi soir il y avait 17 morts mais d'autres corps ont été trouvés. A cause des familles, qui ne sont pas toutes au courant, nous ne donnons pas encore le nouveau bilan. Il faut attendre", a expliqué à l'AFP Adao Severino Junior, commandant des pompiers de Mariana.

Un adolescent de 15 ans, Marcos Junior de Souza, a raconté au quotidien Folha de Sao Paulo s'être échappé par les toits après avoir entendu sa voisine crier que la barrage avait cédé.

"Toute ma vie j'ai entendu qu'il allait rompre sans y donner d'importance jusqu'au moment où l'eau a envahi ma maison. Je suis sorti par la fenêtre, j'ai grimpé sur le toit et j'ai sauté de toit en toit" pour me réfugier sur la colline", a-t-il dit.

Selon un porte-parole de la défense civile du Minas Gerais, "ce matin (vendredi), des bulldozers travaillent déjà pour dégager les routes obstruées par la coulée de boue et déchets miniers et permettre le passage des véhicules de secouristes. Les hélicoptères ont repris aussi le survol de la région".

La Samarco a confirmé la disparition de 13 de ses employés dans cet accident dont les causes restent inconnues, a-t-il ajouté.

Première piste : deux petites secousses sismiques ont eu lieu dans la région jeudi à 14h12 et 14h13 locales, a indiqué à la radio CBN le professeur George Sandi, de l'observatoire sismologique de Brasilia.

Selon la défense civile, 122 maisons de Bento Rodrigues ont été englouties par le torrent de boue et 150 personnes ont été hébergées dans la nuit dans un gymnase de Mariana.

- Solidarité -

La population de Mariana a immédiatement fait des dons de matelas et d'eau minérale pour les sinistrés, réfugiés dans un gymnase municipal.

Le barrage de Fundao, où travaillaient 25 personnes, retenait des "boues toxiques de déchets minéraux sur une superficie équivalent à 10 stades de football", selon le président du syndicat local des mineurs Ronaldo Bento.

L'alerte donnée, les villes coloniales voisines d'Ouro Preto et de Mariana ont immédiatement envoyé des pompiers et des ambulances, enjoignant la population de Bento Rodrigues d'évacuer les lieux du sinistre et de se réfugier sur les collines voisines.

"Nous avons survolé toute la zone. Toutes les voies d'accès ont été obstruées" par la coulée, a déclaré un membre de la police militaire de Mariana.

Cette situation compliquait la tâche des secours pour accéder à la localité ravagée.

La présidente du Brésil Dilma Rousseff a proposé au gouverneur de l'Etat de Minais Gerais, où la catastrophe s'est produite, l'aide de l'armée et de la défense civile nationale.

La compagnie Samarco s'est dite totalement mobilisée "pour assister les personnes et minimiser les dommages à l'environnement".

L'Etat de Minas Gerais est le coeur minier du Brésil depuis le XVIe siècle. L'exploitation de l'or, qui a fait sa richesse initiale, a été remplacée depuis par l'extraction de nombreux minerais, dont le fer, et de pierres semi-précieuses.

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