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05/11/2015 21:42 EST | Actualisé 05/11/2016 01:12 EDT

Au Nigeria, le président Buhari veut mobiliser la population contre Boko Haram

Le président nigérian Muhammadu Buhari préconise le retour aux systèmes traditionnels de maintien de la sécurité, impliquant la population, pour lutter contre la recrudescence des attaques des insurgés islamistes de Boko Haram sur les civils.

"Dans cette nouvelle phase de la guerre, nous sommes tous généraux, nous sommes tous soldats et nous sommes tous agents du renseignement", a-t-il déclaré fin octobre.

Face à la multiplication des attentats-suicides, notamment dans des mosquées, Muhammadu Buhari a souligné l'importance de l'implication des communautés, des simples habitants aux autorités locales, dans la lutte contre les jihadistes.

"Nous devons revenir à ces systèmes élémentaires" quand "le chef de la commune, le chef du village et la police locale connaissaient chaque nouvel arrivant dans la communauté (...) les surveillaient et détectaient des signes de criminalité avant que les malfaiteurs ne passent à l'acte contre l'intérêt commun ", a précisé le président nigérian.

- 'Complots déjoués' -

Depuis le coup d'arrêt infligé début 2015 à son expansion territoriale dans la région du lac Tchad, Boko Haram multiplie dans une sanglante guerre asymétrique les attentats-suicides visant essentiellement les civils, musulmans comme chrétiens.

Le président Buhari a donné pour objectif à l'armée de mettre un terme d'ici la fin de l'année à l'insurrection, qui a fait au moins 17.000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés depuis 2009.

Mais les attaques régulières de Boko Haram contre les milices civiles coopérant avec les militaires et des allégations d'abus commis par des soldats contre des civils ont mis à mal la confiance et la coopération entre la population et l'armée.

Muhammadu Buhari tente à présent de rétablir cette confiance, alors que l'armée ne peut pas se passer d'un système de renseignement local, ancré dans les communautés, pour lutter contre les insurgés.

A Kano, la métropole du nord, une alliance de la population locale, des chefs traditionnels et des agences de sécurité a montré que la coopération peut fonctionner, estime un analyste qui suit le conflit, Bawa Abdullahi Wase.

"Plusieurs complots de Boko Haram contre Kano ont été déjoués, des centaines d'insurgés - dont des personnalités de premier rang - ont été arrêtées ou neutralisées grâce à cette stratégie simple mais efficace qui consiste à impliquer tous les membres de la communauté dans le maintien de la sécurité," dit-il à l'AFP.

Abubakar Adam Kambar, dirigeant d'Ansaru, groupe qui a fait dissidence de Boko Haram, a ainsi été tué dans un raid militaire en mars 2012. Le porte-parole de Boko Haram, Abu Qaqa, a été abattu près de Kano quelques mois plus tard.

A Kano, comme dans de nombreuses villes anciennes du nord du Nigeria, un émir - figure religieuse traditionnelle forte - est à la tête d'une structure administrative regroupant les autorités au niveau des communes, des villages et des districts.

Bien que sa fonction soit essentiellement honorifique, Muhammad Sanusi II exerce encore une influence considérable sur la population, qu'il a appelée à prendre les armes contre Boko Haram l'année dernière. Les habitants se sentent ainsi en devoir de faire remonter des informations sur toute activité suspecte.

"Nous devons la plupart de nos succès contre Boko Haram à Kano à des renseignements fournis par les habitants et les autorités, qui rendent compte de nouveaux personnages suspects dans la communauté", a déclaré une source sécuritaire à Kano.

Mais si les patrouilles civiles fonctionnent à Kano, les résultats sont moins bons ailleurs, indique le spécialiste en sécurité Jacob Zenn.

- 'Un outil fantastique' -

"Des insurgés sont arrêtés, mais il y a aussi des allégations d'abus sur les suspects par les patrouilles mixtes civiles, précisément ce qu'elles ne devraient pas faire", précise-t-il.

Selon Yan St-Pierre, du groupe Modern security consulting (Mosecon), le renseignement local est "très efficace s'il n'est pas entravé" et c'est "un outil fantastique contre la mobilité et la discrétion des organisations terroristes".

Mais "si les autorités ne sont pas disposées à suivre les renseignements disponibles - et il y a eu de tels cas au Nigeria - alors ceux-ci perdent toute utilité", estime-t-il, soulignant l'importance de prendre en compte les dénonciations des habitants.

D'après un responsable local, la clé du succès à Kano serait la "profonde fierté" et l'attachement des habitants à leur ville, centre économique et religieux, qui les pousserait à "fournir des informations sur Boko Haram" pour éviter sa destruction.

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