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04/11/2015 03:50 EST | Actualisé 04/11/2016 01:12 EDT

Sommet historique, samedi, entre les présidents taïwanais et chinois

Les présidents taïwanais et chinois se rencontreront samedi à Singapour pour un sommet historique qui consacre le bouleversement des relations entre deux pays aux régimes politiques antagonistes depuis la fin de la guerre civile en 1949.

Cette rencontre entre le taïwanais Ma Ying-jeou et le chinois Xi Jinping représentera la consécration d'une politique de rapprochement graduel qui a vu en sept ans le lancement de vols directs, la conclusion d'accords commerciaux et un boom touristique.

Les relations sino-taïwanaises étaient marquées par la défiance depuis la proclamation par Mao Tsé-toung de la République populaire de Chine (RPC) il y a 66 ans.

Réfugiés sur l'île de Taïwan (ex-Formose), les nationalistes du Kuomintang (KMT) emmenés par Chang Kai-shek (1887-1975) avaient alors mis en place leurs propres structures politiques.

Au fil des décennies, Taïwan s'est forgée sa propre identité et s'est transformée en démocratie tandis que Pékin maintient que l'île fait toujours partie de son territoire et peut être récupérée le cas échéant par la force.

Taïwan, qui avait Washington comme allié principal, s'était transformé en avant-poste de la guerre froide alors que les Etats-Unis s'étaient engagés à la défendre contre toute agression chinoise.

Mais avec l'arrivée au pouvoir en 2008 du président Ma, qui promettait que l'amélioration des relations bilatérales serait synonyme de davantage de prospérité, le climat s'est réchauffé, avec la reprise de discussions à haut niveau.

Dans une dépêche de l'agence Chine nouvelle, Pékin a présenté comme une étape historique cette rencontre entre deux hommes qui vont "échanger leurs opinions sur la façon de promouvoir le développement de relations pacifiques entre les deux rives du détroit" de Formose.

"Ces sept dernières années, (...) les deux parties ont renforcé la confiance mutuelle et ouvert la voie à un développement pacifique", a déclaré le directeur du Bureau chinois des affaires taïwanaises, Zhang Zhijun, cité par Chine nouvelle.

"L'objectif de la visite du président Ma est d'assurer la paix de part et d'autre du détroit et de maintenir le statu quo", a déclaré dans un communiqué le porte-parole du président taïwanais, Charles Chen. Toutefois "aucun accord ne sera signé et aucune déclaration commune ne sera faite".

Pour éviter les problèmes protocolaires posés par le titre de "président", les deux dirigeants s'adresseront sous l'appellation "Monsieur", a expliqué M. Zhang cité par Chine Nouvelle.

- Risques de retour de bâton -

"Cette rencontre est cruciale", a commenté l'analyste politique Alexander Huang, de l'Institut des affaires internationales de l'Université de Tamkang. "Cela va permettre d'ouvrir un nouveau chapitre des relations".

Mais certains observateurs estiment que Pékin, comme le KMT dont le président Ma est issu, risquent de payer le prix fort pour cette rencontre au moment de la présidentielle de janvier.

La politique de rapprochement menée par le KMT déplaît à nombre d'électeurs tandis que l'opposition accuse le président de vouloir vendre l'âme de Taïwan.

Le principal mouvement d'opposition, le Parti démocratique progressiste (DPP), favori pour la présidentielle, a accusé mercredi M. Ma de chercher à influencer le vote.

"Toute interaction entre les deux parties ne pourra se produire que s'il elle bénéficie au développement libre et démocratique du pays ainsi qu'à la stabilisation régionale", a-t-il aussi dit.

Une cinquantaine de protestataires se sont réunis mercredi matin devant le Parlement à Taipei, et cinq jeunes ont été arrêtés dans l'après-midi pour avoir lancé des bombes fumigènes et des oeufs près du bureau de la présidence.

Sur les réseaux sociaux, les réactions étaient mitigées. Certains disaient que ce sommet aurait dû se tenir depuis longtemps tandis que d'autres accusaient le président de vendre l'âme de Taïwan à la Chine.

Les Etats-Unis ont salué prudemment l'annonce de la rencontre.

"Nous sommes naturellement enclins à saluer les pas qui sont faits (...) pour tenter de réduire les tensions et d'améliorer les relations", a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest. "Mais nous devons voir sur quoi débouche réellement la rencontre".

Si les Etats-Unis soutiennent au nom de la stabilité régionale l'apaisement des relations entre Taipei et Pékin, ils pensent aussi que ce rapprochement est allé trop loin et a finalement affaibli Taïwan, selon le politologue Jean-Pierre Cabestan, de l'Université baptiste de Hong Kong.

Le KMT est aux affaires de façon quasi-ininterrompue à Taïwan depuis la fin de la guerre civile chinoise.

Le Conseil des affaires continentales, le département taïwanais qui prend les décisions concernant la Chine, a démenti que ce sommet ait des visées électoralistes.

"Tout le monde veut maintenir la paix dans le détroit de Formose, alors nous prenons des mesures pour la renforcer et approfondir les relations entre les deux pays", a dit son chef Andrew Hsia.

Le KMT a subi l'année dernière une lourde défaite aux élections locales. De nombreux électeurs ont le sentiment que le rapprochement a bénéficié aux grandes entreprises, pas aux gens ordinaires.

Les deux parties sont de plus en plus liées économiquement. Des géants taïwanais comme le groupe électronique Foxconn ont énormément investi sur le continent.

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