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04/11/2015 08:58 EST | Actualisé 04/11/2016 01:12 EDT

La Grèce relocalise à son tour 30 migrants, une procédure qui peine à démarrer

Un mois après l'Italie, la Grèce a procédé mercredi à sa première relocalisation de migrants avec trente personnes parties au Luxembourg, une "goutte d'eau dans l'océan" que représente les quelque 800.000 personnes entrées illégalement dans l'UE cette année.

Ce départ s'inscrit dans le plan de l'UE pour relocaliser sur deux ans 160.000 réfugiés (syriens, érythréens et irakiens pour la plupart) arrivés en Italie et en Grèce.

Actuellement, 15 Etats membres ont proposé un total de 2.314 places. Mais seules 117 personnes (87 parties d'Italie en deux fois en octobre, vers la Suède et la Finlande, et les 30 de mercredi) en ont déjà profité. Même si tous n'y auraient pas droit, c'est insignifiant par rapport aux 752.066 arrivées par mer dans l'UE cette année, selon les chiffres du Haut commissariat aux réfugiés (HCR), dont plus de 80% en Grèce.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a incité à la "patience", tout en notant que les migrants eux-mêmes sont parfois réticents : "Comment les convaincre que la Lithuanie, la Pologne, la Slovaquie, la France et l'Espagne sont aussi bien que l'Allemagne et la Suède?", a-t-il demandé.

Le départ mercredi des quatre familles syriennes et des deux irakiennes a donc été largement mis en scène par les autorités, comme un symbole de ce qu'il faudrait faire.

Dès l'aube, ils étaient toute une petite troupe radieuse et émue sous l'avion à l'aéroport d'Athènes, femmes en fichus colorés, enfants, se congratulant avec le Premier ministre grec Alexis Tsipras, le commissaire européen à l'Immigration Dimitris Avramopoulos, le président du Parlement européen Martin Schulz ou le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, outre des représentants du HCR et de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

"Ils ont l'opportunité de faire un voyage vers l'espoir, vers une vie meilleure", mais ce n'est qu'une "goutte dans l'océan", a reconnu Alexis Tsipras, une fois les passagers à bord de l'avion.

- Murs, barrières, barbelés -

D'autant que même les mieux intentionnés peuvent reculer comme la Suède qui, arguant d'une "situation extrêmement tendue", va demander à ses partenaires européens de relocaliser chez eux une partie des personnes arrivant chaque mois sur son sol.

Dans le quotidien allemand Bild, Fabrice Leggeri, patron de l'agence européenne du surveillance des frontières Frontex, a estimé que "les Etats européens doivent se préparer à l'idée qu'une situation très difficile nous attend dans les prochains mois", et leur a recommandé de placer en rétention les demandeurs d'asile déboutés pour les renvoyer "rapidement" dans leur pays d'origine.

Mercredi à Athènes, le ton général était à la compassion, alors que selon le HCR, 3.440 personnes se sont noyées ou sont portées disparues cette année, dont près de 90 entre la Turquie et la Grèce depuis la semaine dernière.

"Le sacrifice humain qui fait honte à la civilisation européenne doit cesser", a martelé M. Tsipras, qui a annoncé qu'il se rendrait à la mi-novembre en Turquie, pour y convaincre les autorités turques de mieux coopérer avec l'UE. La Turquie a elle-même sur son territoire quelque 2,5 millions de réfugiés, dont 2,2 millions de Syriens.

Mais le président turc Recep Tayyip Erdogan, renforcé encore par l'écrasante victoire de son parti AKP dimanche, n'est pas l'allié le plus facile à manier pour l'UE.

"Les murs, les barrières et les barbelés ne peuvent pas être l'image de l'Europe à l'avenir", a lancé de son côté M. Asselborn.

Mais mardi, l'Autriche a annoncé son intention de durcir ses conditions d'asile en limitant à trois ans la durée initiale du bénéfice de ce droit. Et le maire autrichien social-démocrate (SPÖ) de Wagna, près de la frontière slovène, a écrit au chancelier Werner Faymann pour demander à l'Etat de reprendre les choses en main, affirmant que "la paix sociale" dans cette région est "profondément menacée".

La Serbie et la Bosnie de leur côté ont affirmé exclure tout risque de conflit dans l'ouest des Balkans, risque soulevé lundi par la chancelière allemande Angela Merkel dans l'hypothèse où l'Allemagne fermerait sa frontière.

La police allemande a par ailleurs mené une opération contre un réseau international de passeurs et arrêté le cerveau présumé, un homme de 24 ans qui organisait voyage et faux papiers pour une somme allant jusqu'à 10.000 euros.

En France, apparemment une première, c'est un marin pêcheur qui a été arrêté avec ses complices dans le nord, alors qu'il faisait traverser la Manche aux migrants depuis plusieurs mois, moyennant 10.000 à 12.000 euros.

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