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04/11/2015 00:47 EST | Actualisé 04/11/2016 01:12 EDT

La Grèce relocalise à son tour 30 migrants, une goutte d'eau dans l'océan

Un mois après l'Italie, la Grèce a procédé mercredi à sa première relocalisation de migrants, trente Syriens et Irakiens qu'accueillera le Luxembourg, une "goutte d'eau dans l'océan" des quelque 800.000 personnes entrées illégalement dans l'UE cette année.

A l'aube mercredi, ils étaient une petite troupe radieuse et colorée sur le tarmac, sous l'avion Aegean Air : quatre familles syriennes et deux irakiennes, avec seize enfants au total, dont deux handicapés.

Et pour les accompagner, dans un joyeux bazar, tout un groupe de personnalités : le Premier ministre grec Alexis Tsipras, le commissaire européen à l'Immigration Dimitris Avramopoulos, le président du Parlement européen Martin Schulz et le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, outre des représentants du haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (UNHCR) et de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Mais une fois les passagers installés à bord, les personnalités ont remis ce départ symbolique dans son contexte plus sombre.

"Ils ont l'opportunité de faire un voyage vers l'espoir, vers une vie meilleure", mais ce n'est qu'une "goutte dans l'océan", a reconnu Alexis Tsipras.

Ce départ s'inscrit dans le plan de l'UE pour relocaliser sur deux ans 160.000 réfugiés (syriens, érythréens et irakiens pour la plupart) arrivés en Italie et en Grèce. Mais les Etats membres n'avaient proposé que 854 places fin octobre, et outre les 30 migrants partis mercredi d'Athènes, l'Italie en a seulement envoyé 87, en deux fois, au mois d'octobre, vers la Suède et la Finlande.

Or, selon une déclaration au quotidien allemand Bild de Fabrice Leggeri, patron de l'agence européenne du surveillance des frontières Frontex, il y a eu dans l'UE cette année quelque 800.000 "entrées illégales" de migrants. Le HCR calcule précisément 752.066 arrivées par mer cette année, dont 608.970 en Grèce et 140.200 en Italie.

Et "les Etats européens doivent se préparer à l'idée qu'une situation très difficile nous attend dans les prochains mois", a souligné M. Leggeri, les appelant à placer en rétention les candidats malheureux à l'asile pour les renvoyer "rapidement" dans leur pays d'origine.

A Athènes, le commissaire Avramopoulos s'est lui aussi montré ferme sur les migrants économiques, indiquant qu'il se rendrait prochainement au Pakistan pour y discuter de la réadmission des migrants économiques pakistanais.

- Murs, barrières, barbelés -

Pour les migrants, avec l'aggravation des conditions météorologiques, la situation devient terrible. Selon le HCR, 3.440 se sont noyés ou sont portés disparu cette année, dont près de 90 entre la Turquie et la Grèce depuis la semaine dernière -- encore quatre mardi --, amenant Amnesty International à dénoncer "l'inertie et le manque de volonté politique" de l'UE.

"Le sacrifice humain qui fait honte à la civilisation européenne doit cesser", a martelé M. Tsipras, insistant sur le fait que "la Grèce n'est pas la porte d'entrée de l'UE, c'est la Turquie qui en est la porte d'entrée".

C'est par là selon lui que devraient commencer les procédures d'enregistrement.

Mais le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan n'est pas l'allié le plus facile à manier pour une UE inquiète des dérives d'un dirigeant renforcé encore par l'écrasante victoire de son parti AKP dimanche.

A Athènes mercredi, les officiels ont aussi dénoncé la frilosité de certains pays, notamment ceux traversés par les migrants vers l'eldorado allemand ou scandinave, et appelé à la générosité.

"Les murs, les barrières et les barbelés ne peuvent pas être l'image de l'Europe à l'avenir", a ainsi lancé M. Asselborn. Martin Schulz a estimé que "la réponse aux défis mondiaux ne pouvait pas être le particularisme national". Pour le ministre adjoint grec aux Migrations, Ioannis Mouzalas, "ce sont des vols comme celui de ce matin qu'il faut faire une routine, pas des naufrages".

Mais mardi, l'Autriche a annoncé son intention de durcir ses conditions d'asile en limitant à trois ans la durée initiale du bénéfice de ce droit.

A Chypre par ailleurs, les autorités militaires britanniques ont confirmé mardi des "incidents" sur une base où sont logés 114 migrants, manifestement exaspérés par l'incertitude pesant sur leur avenir.

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