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04/11/2015 11:21 EST | Actualisé 04/11/2016 01:12 EDT

Justin Trudeau prend les rênes du Canada 31 ans après son père

Des centaines de Canadiens se sont pressés mercredi à Ottawa dans la résidence officielle du Gouverneur général pour ovationner le nouveau Premier ministre Justin Trudeau et son gouvernement libéral, officiellement investis à la tête du pays.

Trente et un ans après la fin du mandat de son père, Pierre Elliott, M. Trudeau a pris les rênes du Canada à l'issue d'une cérémonie chargée de symboles forts, en rupture avec le pouvoir conservateur sortant.

A l'opposé de son prédécesseur Stephen Harper, fuyant le public et les médias, le nouveau Premier ministre est entré en fonction en s'offrant un long bain de foule dans le parc de Rideau Hall, la demeure des représentants de la couronne britannique.

"Just in Time, Justin" (Juste à temps, Justin) avait écrit sur une pancarte Robert Boisvert, retraité. "Après dix ans de conservateurs au pouvoir, c'est historique qu'il y ait un changement de gouvernement, un gouvernement un peu moins secret", a confié M. Boisvert à l'AFP.

Accompagné de son épouse Sophie et de ses 30 ministres, M. Trudeau a traversé à pied l'espace boisé baigné par le soleil de l'été indien, avant de rejoindre le Gouverneur général, David Johnston.

Représentant de la reine Elizabeth II, chef d'État en titre, M. Johnston avait reçu plus tôt mercredi M. Harper, venu lui présenter sa démission et celle de son gouvernement, près de dix ans après avoir pris le pouvoir à Ottawa.

M. Trudeau avait créé la surprise en remportant avec une large majorité les élections législatives du 19 octobre.

Plaçant le parti libéral plus à gauche qu'à l'accoutumée, M. Trudeau a séduit les électeurs en promettant des baisses d'impôts pour les moins nantis, la légalisation du cannabis, une relance des investissements dans les infrastructures moyennant trois ans de déficit budgétaire, ou encore en s'engageant à mettre fin à la campagne aérienne en Irak et en Syrie.

Sur le perron de Rideau Hall, à peine investi, il a ainsi indiqué que sa première loi visera à "baisser les impôts des classes moyennes en demandant au 1% des Canadiens les plus riches de payer un peu plus".

Pour ce faire, il souhaite convoquer le Parlement début décembre, a-t-il dit.

- Une Autochtone à la Justice -

A 43 ans, cet ancien professeur est devenu le 23e Premier ministre du Canada dans un style qui rompt avec son prédécesseur: c'était la première fois par exemple que le public était convié à Rideau Hall pour assister à la cérémonie d'assermentation.

Cette cérémonie avait débuté avec le son de tambours amérindiens et des chants traditionnels inuits.

Après avoir promis "allégeance" à la reine Elizabeth II et à ses héritiers, M. Trudeau a été déclaré Premier ministre par le Gouverneur général. Puis à tour de rôle, les 30 ministres, 15 hommes et 15 femmes, ont prêté serment.

Ayant promis un cabinet resserré, M. Trudeau s'est réservé les portefeuilles de la Jeunesse et des Affaires intergouvernementales (chargé des relations du gouvernement fédéral avec les provinces).

Dans un geste fort, il a nommé pour la première fois une Autochtone comme ministre de la Justice, l'ex-procureure Jody Wilson-Raybould. Cette nomination est lourde de sens car le gouvernement sortant a toujours refusé une commission d'enquête sur les disparitions ou les meurtres inexpliqués de quelque 1.200 femmes autochtones depuis 1980. Cette enquête, promesse de campagne de M. Trudeau, devrait être une des premières mesures de Mme Wilson-Raybould.

Autre symbole, le libellé du ministère de l'Environnement est complété par celui de Changement climatique, un portefeuille revenant à Catherine McKenna, avocate internationale. Elle sera début décembre à Paris à la conférence de l'ONU sur le climat (COP21), après une décennie de désengagement du Canada dans la lutte contre le réchauffement de la planète.

"Le Canada va être un acteur fort et positif sur la scène internationale, notamment à la COP21 de Paris", a assuré M. Trudeau, promettant que son pays "assumera sa responsabilité" pour lutter contre le réchauffement climatique.

Stéphane Dion a hérité du portefeuille des Affaires étrangères. Il avait été ministre libéral de l'Environnement avant l'arrivée des conservateurs, qui avaient décidé de sortir le Canada du protocole de Kyoto.

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