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03/11/2015 20:45 EST | Actualisé 03/11/2016 01:12 EDT

Honduras : des crocodiles affamés par les ennuis en justice de leurs maîtres

A l'ombre des arbustes, un crocodile mastique une branche pourrie tombée dans cet étang d'élevage au Honduras. Ici les animaux n'ont plus à manger depuis plusieurs semaines, conséquence inattendue des poursuites pour trafic de drogue contre leurs propriétaires.

"Les crocodiles et les lions sont en train de mourir de faim et nous aussi, car nous ne sommes plus payés depuis deux semaines", raconte José (le prénom a été changé), employé de la ferme située à San Manuel, dans le nord-ouest du pays.

"Déjà 40 animaux sont morts", se lamente l'employé de cet élevage géré par l'entreprise Cocodrilos Continental.

Cette société est la propriété de la famille Rosenthal, l'une des plus puissantes du Honduras, dont trois membres sont poursuivis aux Etats-Unis pour trafic de drogue et blanchiment d'argent.

Le 7 octobre, la justice américaine a inculpé Jaime Rosenthal, ancien vice-président de la République (1986-1990) et considéré comme l'une des premières fortunes du pays centraméricain, son fils Yani, ancien ministre (2006-2009), et son neveu Yankel.

Pendant que Yankel, lui aussi ancien ministre et président d'un important club de football au Honduras, était interpellé à son arrivée à l'aéroport de Miami, le Trésor américain gelait sept entreprises de la famille, paralysant notamment la banque Continental, coeur financier de toutes les activités des Rosenthal.

De son côté, le gouvernement du Honduras a saisi une cinquantaine d'entreprises, de bâtiments et de fermes appartenant à la famille, mais pas la société Cocodrilos Continental, qui est donc restée dans un flou juridique et privée de tout financement.

- 11.000 crocodiles -

Selon son site internet, l'entreprise a été créée à "des fins commerciales" et de "conservation de l'espèce", avec un budget annuel d'un million de dollars, entre les salaires des employés et la nourriture pour les bêtes.

Mais l'objectif est aussi d'exporter la viande et les peaux des animaux vers l'Amérique du nord.

L'élevage possède 11.000 crocodiles américains (Crocodylus Acutus selon son nom scientifique), répartis dans 135 lagunes artificielles à l'ombre des herbes hautes.

Il y aussi des nurseries qui accueillent les nouveaux-nés et une clinique pour prendre soin de la soixantaine de reptiles malades, mais dont les traitements sont actuellement suspendus.

Au milieu de la propriété de 30 hectares, sept lions affaiblis et amaigris dorment dans des cages en fer, souffrant eux aussi de l'absence de nourriture.

Vendredi dernier, l'Institut de Conservation Forestière (ICF, public) a apporté près de 1,4 tonne de poulet à l'élevage, mais les employés ont refusé de donner la nourriture aux animaux, comme moyen de pression pour enfin toucher leurs salaires de 340 dollars mensuels.

En outre, "les 1,4 tonne ne sont pas très utiles car un crocodile mange jusqu'à un demi-cheval par jour", déplore José. "Mais au moins quelque chose est fait".

Les trois employés qui restent sur place, et qui refusent de donner leur vrai nom, ont envisagé d'abandonner leurs postes, mais ce serait alors, craignent-ils, "jour de fête" pour beaucoup de personnes qui rodent aux alentours afin de voler les animaux et de les manger.

Pablo Dubon, représentant de l'ICF, assure qu'avec la mairie de San Manuel et les associations de protection des animaux, un plan d'urgence est en préparation, en attendant de trouver une solution définitive.

Il faudra aussi déterminer quelle est la situation légale de l'élevage, parce que les dirigeants de l'entreprise affirment que les autorités ont gelé les comptes permettant de le faire fonctionner.

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