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04/11/2015 00:39 EST | Actualisé 04/11/2016 01:12 EDT

Birmanie: des millions d'électeurs avides de faire entendre leur voix

Dimanche est une journée exceptionnelle pour Sai Kyaw Swar Ye Myint. Ce Birman de 38 ans est chargé de coordonner un réseau de 2.000 observateurs pour ce scrutin sans précédent depuis 25 ans. Comme des milliers de ses concitoyens, c'est aussi la première fois qu'il vote.

"Je n'ai pas d'expérience d'un bureau de vote. C'est fou", confie cet observateur néophyte à l'AFP, dans les locaux de l'organisation Alliance du peuple pour des élections crédibles (PACE), chargée de surveiller le déroulement du scrutin aux côtés des observateurs internationaux.

Il était trop jeune pour voter en 1990, date des dernières élections libres organisées à l'échelle du pays. Elles avaient été remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi, favorite du scrutin de dimanche.

En 1990, les généraux avaient ignoré les résultats. Et la LND avait ensuite boycotté le scrutin de 2010.

En 2011, le gouvernement issu de ce scrutin avait annoncé l'autodissolution du régime militaire en place depuis 1962. Une série de réformes importantes, de la libéralisation économique à la libération des prisonniers politiques, avait suivi.

Les élections de dimanche sont promises comme l'aboutissement de ce processus de réformes. Pour Sai Kyaw Swar Ye Myint, qui ne révèle pas pour qui il va voter, "l'expérience électorale elle-même est plus importante que le résultat même du vote".

Plus de 90 partis sont en lice, au premier rang desquels la LND et le Parti pour la solidarité et le développement de l'Union (USDP), créé par d'anciens généraux actuellemnt au pouvoir.

- "Héroïne" -

La tension monte au siège de la LND, dans le centre de Rangoun, où Myint Myint San supervise dans le calme les derniers préparatifs.

Cette femme de 70 ans, née cinq jours avant Suu Kyi, a soutenu l'opposante depuis son entrée en politique au moment des soulèvements de masse en 1988 qui furent réprimés dans le sang.

"Nous étions sous une telle pression à ce moment-là", explique-t-elle à l'AFP, vêtue d'une robe traditionnelle rouge, la couleur de la LND.

Arrêtée en 2002 en raison de son soutien à Suu Kyi, elle a passé quatre mois en prison, notamment au sein de la tristement célèbre prison Insein de Rangoun. "Nous avions à peine de quoi manger. Et le curry qu'ils nous donnaient sentait la crotte de cafard", se souvient la vieille dissidente.

A ses yeux, Suu Kyi, qui n'a pas vu ses enfants grandir et n'a pas pu se rendre au chevet de son mari britannique avant sa mort d'un cancer, est une "héroïne", en raison de son sacrifice personnel.

Le scrutin de dimanche permettra de changer le cours de l'Histoire, espère Myint Myint San, soucieuse que les répressions qu'elle a connues "n'arrivent pas à la prochaine génération".

- "Problèmes des gens ordinaires" -

Plus de 50 ans de régime militaire ont laissé exsangue cette ex-colonie britannique qui était autrefois le grenier de l'Asie du sud-est.

Depuis 2011 et l'auto-dissolution de la junte, les réformes économiques ont attiré des milliards d'euros d'investissements étrangers.

Mais l'espérance de vie dans ce pays de 51 millions d'habitants reste parmi les plus basses de la région et 37% de la population vit dans la pauvreté, selon la Banque mondiale.

"Quel que soit le parti qui l'emporte, ils vont devoir s'attaquer aux problèmes des gens ordinaires", estime Aung Chit Mhuu, qui tire un pousse-pousse arborant une image du lion, symbole de l'USDP, le parti au pouvoir.

Mais des centaines de milliers de personnes ne pourront pas participer au vote dimanche.

Originaire de la région de Magway, dans le centre du pays, Zin Mar Oo, 23 ans, travaille sur des chantiers à Rangoun pour moins de 4 dollars par jour. Elle a raté la date limite d'inscription dans la capitale économique et le voyage jusqu'à sa région d'origine est au-delà de ses moyens.

Mais elle suit la campagne de près. "Je veux qu'Aung San Suu Kyi gagne. Je veux que ce système économique change", explique-t-elle. Mais elle sait aussi qu'il faudra être patient. "Les changements ne viendront pas tout de suite. Nous devons attendre".

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