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03/11/2015 02:49 EST | Actualisé 03/11/2016 01:12 EDT

Les secrets du Vatican sont dévoilés dans un nouveau livre

VATICAN — Le scandale des fuites s'est intensifié au Vatican mardi avec l'arrivée d'un nouveau livre qui lève le voile sur la mauvaise gestion et la résistance interne qui freinent les réformes financières du pape François.

S'appuyant sur des documents confidentiels, le livre dénonce des millions d'euros perdus en loyers impayés, le scandale de la «machine à fabriquer des saints» du Vatican, des religieux avares et un cambriolage professionnel au Vatican.

«Merchants in the Temple» (Des marchands dans le temple), du journaliste italien Gianluigi Nuzzi, ne sera officiellement publié que jeudi, mais l'Associated Press a pu en obtenir un exemplaire anticipé.

Sa publication, comme celle d'un deuxième livre, survient quelques jours seulement après l'arrestation de deux membres de la commission des réformes financières formée par le pape, dans le cadre d'une enquête sur le vol de documents.

Une des membres, Francesca Chaouqui, a toutefois déclaré à la presse italienne qu'elle n'a rien à voir avec ces fuites et qu'elle a plutôt tenté d'empêcher son collègue, le père Lucio Angel Vallejo Balda, de dévoiler les secrets du Vatican. Le père Balda est un haut dirigeant du Vatican et un proche du mouvement Opus Dei.

Le livre de M. Nuzzi se concentre sur les travaux de la commission et la résistance rencontrée pour obtenir des renseignements de départements habitués à une autonomie quasi-totale dans la gestion de leurs budgets, de leurs dépenses et de leurs embauches.

«Saint Père (...) Il y a un manque total de transparence dans la comptabilité à la fois du Saint-Siège et du Gouvernorat, ont écrit les cinq auditeurs internationaux au pape François en juin 2013, selon le livre de M. Nuzzi. Les coûts sont hors de contrôle.»

Citant des courriels, des procès-verbaux, des enregistrements de conversations privées et des notes internes, le livre brosse le portrait d'une bureaucratie vaticane plongée dans le secret, le gaspillage et l'incompétence.

M. Nuzzi cite un rapport de la commission selon lequel les propriétés immobilières du Vatican valent 2,7 milliards d'euros — soit sept fois plus que la valeur inscrite aux livres.

Les loyers étaient parfois de 30 à 100 pour cent inférieurs au cours du marché, selon la commission. Certains appartements étaient offerts gratuitement à des cardinaux ou des fonctionnaires dans le cadre de leur compensation ou de leur retraite. Le livre affirme que les maisons fournies à des employées auraient généré des revenus de 19,4 millions d'euros au cours du marché, au lieu des 6,2 millions enregistrés.

D'autres édifices «institutionnels» qui ne génèrent actuellement aucuns revenus auraient plutôt pu générer des recettes de 30,4 millions d'euros.

La commission s'est aussi intéressée aux finances des «postulateurs», ces responsables qui étudient les candidats à la sainteté. La commission s'est toutefois heurtée à un mur de résistance et a finalement gelé les comptes des postulateurs à la Banque du Vatican, selon M. Nuzzi.

Le livre révèle par ailleurs un incident peu connu: le 30 mars 2014, les bureaux de la commission ont été victimes d'un cambriolage pendant lequel des documents ont été volés. Les malfaiteurs savaient exactement où trouver les documents voulus.

Finalement, M. Nuzzi raconte l'histoire de monseigneur Giuseppe Sciacca, un haut dirigeant du Vatican qui a profité de l'hospitalisation de son voisin, un prêtre âgé, pour faire défoncer le mur qui séparait leurs appartements et s'approprier une partie de son logement. Le prêtre a trouvé ses biens dans des boîtes quand il est rentré chez lui, et il est décédé peu de temps après.

Monseigneur Sciacca a été convoqué par le pape, qui l'a démis et contraint à déménager. Le pape lui-même habite une chambre d'hôtel.

Le deuxième livre — «Avarice», par le journaliste italien Emiliano Fittipaldi — révèle qu'une fondation créée pour appuyer l'hôpital pédiatrique Bambino Gesu a versé 200 000 euros pour faire rénover le vaste appartement de l'ancien numéro 2 du Vatican, en vertu d'une entente selon laquelle cet appartement serait aussi utilisé par l'hôpital. L'ancien secrétaire d'État du Vatican, le cardinal Tarciso Bertone, avait été vertement critiqué pour ce «méga penthouse» l'an dernier.

M. Fittipaldi ajoute que 378 000 euros versés en 2013 par les églises du monde pour venir en aide aux pauvres se sont retrouvés dans un compte obscur qui a déjà servi à payer les dépenses du Vatican.

«Avarice» sera publié jeudi, mais des extraits ont été diffusés mardi par le quotidien La Repubblica.

Le Vatican a décrit ces livres lundi comme «le fruit d'une trahison grave de la confiance du pape, et, en ce qui concerne les auteurs, d'une opération pour tirer profit de la remise hautement illégale de documents confidentiels».

«Les publications de ce genre ne font absolument rien pour établir la clareté et la vérité, elles génèrent plutôt de la confusion et des conclusions partielles et tendancieuses», a prévenu le Vatican.

Le scandale des fuites au Vatican a débuté en 2012 avec la publication d'un premier livre par M. Nuzzi. Le majordome du pape émérite Benoît XVI a éventuellement été reconnu coupable de lui avoir transmis des documents confidentiels volés.

Certains observateurs croient que Benoît XVI est devenu le premier pape démissionnaire en plusieurs siècles, un an plus tard, après avoir été estomaqué et dégoûté par les fuites et les complots au sein du Vatican.

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