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03/11/2015 08:14 EST | Actualisé 03/11/2016 01:12 EDT

L'exilé russe Sergueï Gouriev nommé chef économiste de la Berd

La Banque européenne de développement (Berd) a nommé mardi Sergueï Gouriev chef économiste, deux ans après la fuite de Russie de cet expert réputé qui s'était dit menacé après avoir critiqué le gouvernement.

M. Gouriev, "rejoindra la Banque à l'été prochain, après la fin de ses engagements académiques", a précisé la Berd, dont le siège est à Londres.

M. Gouriev, l'un des économistes les plus renommés de Russie où il dirigeait la prestigieuse New Economic School de Moscou, enseigne actuellement l'économie à Sciences Po Paris, après avoir quitté précipitamment la Russie en mai 2013.

Sa nomination à la Berd, inaugurée en 1991 pour soutenir le passage à l'économie de marché de l'ancien bloc socialiste et de l'ex-URSS, intervient alors que Russes et Occidentaux sont engagés dans un bras de fer inédit depuis la guerre froide.

"Ce n'est pas une surprise mais un grand honneur", a réagi Sergueï Gouriev dans un mail à l'AFP, se disant "reconnaissant" pour "cette opportunité".

Le président de la Berd, Suma Chakrabarti, s'est félicité de son arrivée, soulignant que l'économiste avait "une connaissance approfondie des pays où nous opérons".

Bien que n'étant jusqu'alors pas considéré comme un opposant actif au Kremlin, Sergueï Gouriev avait fui la Russie par crainte d'être arrêté pour avoir critiqué le traitement réservé à l'ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovski.

Détenu depuis 2003, Khodorkovski, qui s'était opposé à Vladimir Poutine, avait été condamné à huit ans de camp en 2005 pour escroquerie et fraude fiscale. Cette peine avait été portée à quatorze ans en décembre 2010 à l'issue d'un second procès. La peine avait ensuite été réduite à onze ans.

M. Gouriev avait été interrogé et son domicile avait été perquisitionné après qu'il eut critiqué le rallongement de la peine infligée à Khodorkovski, dans le cadre d'une commission d'experts chargée d'étudier le deuxième jugement de l'ex-dirigeant du géant pétrolier Ioukos.

M. Khodorkovski a finalement été libéré en décembre 2013 après dix ans de camp de détention, et immédiatement contraint à l'exil en Europe occidentale.

-"Il n'a pas fui", selon Poutine-

L'an dernier, quand Khodorkovski avait dévoilé ses ambitions politiques à Paris contre le régime de Vladimir Poutine, M. Gouriev était présent.

Avant même son départ de Moscou, où il avait été le conseiller libéral du président et aujourd'hui Premier ministre Dmitri Medvedev, il avait affiché son soutien à l'opposant numéro un au Kremlin Alexeï Navalny, l'aidant à rédiger son programme économique.

Lorsque la rumeur de sa nomination à la Berd avait circulé début octobre, le président russe Vladimir Poutine avait déclaré ne pas savoir "pourquoi il avait fui".

"Je pense qu'il n'a pas fui. Sa femme travaillait à l'étranger depuis un moment, il a trouvé un travail à l'étranger et il y est allé car ils paient mieux, c'est tout", avait ajouté M. Poutine.

"S'il décide de revenir et de travailler ici, nous en serons heureux", avait-il assuré.

C'est la première fois qu'un Russe est nommé à la tête de la Berd, inaugurée en 1991, année de la chute du régime soviétique. Nombre de ses pays membres sont d'anciennes républiques soviétiques désireuses de rompre avec l'influence économique de Moscou.

La Berd a par ailleurs gelé ses nouveaux programmes d'investissement en Russie dans le cadre des sanctions européennes contre Moscou pour son rôle dans la crise en Ukraine.

M. Gouriev a collaboré étroitement avec la Berd récemment, a précisé la banque, contribuant notamment à ses rapports sur la transition économique et en tant que membre du panel de conseillers extérieurs du chef économiste actuel, Hans Peter Lankes.

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