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03/11/2015 00:31 EST | Actualisé 03/11/2016 01:12 EDT

Graal de la littérature francophone, le prix Goncourt remis mardi sous le signe de l'Orient

Les relations compliquées entre l'Occident et l'Orient sont au coeur des quatre romans encore en lice pour recevoir mardi à Paris le célèbre prix Goncourt, la plus prestigieuse des récompenses littéraires du monde francophone.

Comme chaque année, le nom du vainqueur sera dévoilé à la mi-journée (11H45 GMT) au restaurant Drouant, au coeur de la capitale française.

Pour mériter ce Graal de l'édition, il faut "une histoire, une écriture, une ambition", a résumé Bernard Pivot, président de l'Académie Goncourt, sur la radio France Inter.

Les quatre finalistes, dévoilés le 27 octobre au musée du Bardo à Tunis, sont l'écrivain franco-tunisien Hédi Kaddour pour son roman "Les prépondérants" (Gallimard), Mathias Enard, auteur de "Boussole" (Actes Sud), Tobie Nathan pour "Ce pays qui te ressemble" (Stock) et Nathalie Azoulai, seule femme du groupe, avec "Titus n'aimait pas Bérénice" (POL).

Le grand absent de la sélection est l'Algérien Boualem Sansal, auteur de "2084" (Gallimard), livre dévoilant un monde livré à un Etat religieux fanatique, éliminé au dernier tour et dont Bernard Pivot avait fait son favori. "Il lui a manqué une voix" pour être retenu dans la sélection finale, a-t-il expliqué.

Boualem Sansal a cependant reçu jeudi dernier le grand prix du roman de l'Académie française, ex-aequo avec Hédi Kaddour.

- Fresque d'une société coloniale -

Le lauréat du Goncourt recevra un chèque de... 10 euros. Mais l'enjeu est ailleurs: un roman estampillé Prix Goncourt se vend en moyenne à environ 400.000 exemplaires.

Toutes les oeuvres en lice ont l'Orient en commun. Racine lui-même, au coeur du roman de Nathalie Azoulai, a pris son inspiration en Orient pour sa pièce Bérénice, "reine de Palestine", a rappelé Philippe Claudel, un des dix membres du jury.

Au jeu des pronostics, neuf des 16 critiques littéraires interrogés vendredi par l'hebdomadaire spécialisé Livres Hebdo s'attendaient à voir Hédi Kaddour récompensé.

Chronique d'un monde en train de sombrer, "Les prépondérants" est une fresque implacable d'une société coloniale figée des années 1920 en Afrique du Nord. Le roman figure également dans la sélection du prix Femina (attribué mercredi) et du prix Médicis (décerné jeudi).

Le principal handicap de Kaddour est d'avoir déjà été récompensé par l'Académie française. Jusqu'à présent, seuls deux écrivains ont reçu la même année le prix des "Immortels" et le Goncourt. Le dernier en date est Jonathan Littell, en 2006, pour "Les bienveillantes".

Cela pourrait favoriser Mathias Enard (43 ans) dont 7 des 16 critiques interrogés par Livres Hebdo affirment qu'il "mérite" le prix. En septembre, Mathias Enard a reçu le prix des libraires de Nancy-Le Point. Or, depuis 2013, les lauréats de ce prix ont été récompensés ensuite par le Goncourt.

Son ambitieux roman "Boussole" revient sur les échanges incessants entre l'Orient à l'Occident. Le livre, enfiévré, tient parfois du poème et tend à pencher par moments vers l'essai érudit, une complexité qui pourrait empêcher Enard de décrocher le Goncourt.

Cela va-t-il ouvrir un boulevard pour les outsiders que sont Nathalie Azoulai et Tobie Nathan? L'an dernier, tout le monde attendait l'Algérien Kamel Daoud et ce fut Lydie Salvayre.

Avec son roman sur l'Egypte de son enfance et la communauté juive du Caire, l'ethnopsychiatre Tobie Nathan (66 ans) livre un roman puissant qui possède toutes les qualités romanesques susceptibles de séduire un large public: soubresauts de l'Histoire, personnages attachants, amour contrarié...

Erudit sans être pesant, le roman de Nathalie Azoulai (49 ans) est une histoire d'amour déçu d'aujourd'hui, à l'ombre du grand Racine. Outre le Goncourt, il figure d'ailleurs également dans les sélections du Femina et du Médicis.

Depuis 1975, le Goncourt n'a couronné que six femmes, la dernière en 2014.

Dans la foulée du Goncourt sera également désigné mardi le lauréat du prix Renaudot. Là aussi, une seule femme figure parmi les prétendants, Delphine de Vigan pour "D'après une histoire vraie" (JC Lattès).

Les autres finalistes sont Laurent Binet pour "La septième fonction du langage" (Grasset), Christophe Boltanski ("La cache", Stock), Fabrice Guénier ("Ann", Gallimard) et Philippe Jaenada ("La petite femelle", Julliard).

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