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02/11/2015 22:27 EST | Actualisé 02/11/2016 01:12 EDT

Chinoises célibataires, les "laissées pour compte" se rebiffent

Objet de pitié dans les médias, elles sont clouées au pilori par le gouvernement, harcelées par leurs parents. Pour les "laissées pour compte", comme sont surnommées les Chinoises célibataires, la pression sociale peut-être insoutenable, explique l'universitaire hong-kongaise Leta Hong Fincher.

Mais certaines d'entre elles se rebellent désormais, fortes d'un mouvement féministe balbutiant et de l'appui d'utilisateurs des réseaux sociaux, dit-elle.

Leta Hong Fincher, sociologue au Centre des études chinoises de l'Université chinoise de Hong Kong, spécialiste des questions de parité, a écrit un ouvrage intitulé "Les laissées pour compte, la résurgence des inégalités entre les sexes en Chine" sur les affres des Chinoises très éduquées, vivant en milieu urbain et qui choisissent de rester célibataires après 27 ans.

Une industrie s'est développée en Chine pour aider ces "shengnü" -- expression péjorative composée des caractères "femme" et "mis de côté, en surplus" --, à rentrer dans le rang, depuis les livres de développement personnel jusqu'aux speed-dating de masse.

"Les célibataires sont stigmatisées dans le monde entier mais en Chine, on est considérée comme une indésirable très jeune", dit l'auteur, invitée à intervenir sur le sujet lors du Festival littéraire de Hong Kong qui dure jusqu'au 8 novembre. "A 25 ans, les femmes doivent être rangées, avant de savoir ce qu'elles veulent ou d'avoir construit leur carrière et leur indépendance financière" alors qu'ailleurs, ce seuil est souvent beaucoup plus élevé.

- 'Pour le bien de la société'-

"Mais ce qui singularise vraiment la Chine continentale, c'est la puissance de la machine de propagande d'Etat qui dit que les femmes instruites doivent se marier et avoir des enfants jeunes pour le bien de la société chinoise".

L'expression "shengnü" a été popularisée par les autorités pour humilier les jeunes professionnelles et les contraindre à se marier dans le but d'obtenir des bébés de "haute qualité", dit-elle. "Il s'agit de garantir le rang mondial de la Chine".

Elle en veut pour preuve un programme gouvernemental datant de 2007 visant à améliorer la "qualité de la population", répété à l'envi par les organismes publics et les médias.

"Même la profession médicale a reproduit ce message", ajoute la sociologue. Les médecins expliquent aux jeunes femmes qu'elles doivent "se dépêcher de faire des enfants pendant leurs années les plus fertiles" faute de quoi "leurs enfants seront handicapés".

La Fédération des femmes, créée en 1949 pour défendre leurs droits, s'est jointe à ce chorus, émaillant son site internet de posts intitulés "Les laissées pour compte méritent-elles vraiment notre sympathie?"

La publication de l'ouvrage de Fincher en 2014 a cependant permis de lancer le débat et la tendance commence à s'inverser, certes modestement.

L'auteure cite le soutien reçu par l'actrice Xu Jinglei, 41 ans, lorsqu'elle s'était rendue aux Etats-Unis pour faire congeler ses ovules, une pratique interdite aux célibataires en Chine.

- Tournant -

La télévision publique CCTV était montée au créneau pour défendre la politique des autorités, s'attirant les commentaires, critiques pour bon nombre d'entre eux, de plus de 30.000 internautes sur son compte Weibo.

"Il y a une large discussion sur les réseaux sociaux sur les droits et le corps des femmes. Ce type de discussion publique est relativement nouveau".

Pour l'universitaire, l'arrestation en mars de cinq éminentes activistes féministes a constitué un "tournant" dans le mouvement naissant de défense des droits des femmes. Ces militantes qui voulaient attirer l'attention sur le harcèlement sexuel ont été détenues pendant un mois, ce qui a suscité moult discussions sur la plateforme de discussion en ligne WeChat ou le réseau Weibo.

La Fédération des femmes a effacé ses posts les plus durs tandis que "la crudité grossière des médias officiels" s'est amoindrie, dit-elle.

Pékin vient d'annoncer la fin de la politique de l'enfant unique, qui a débouché entre autres sur un déséquilibre des naissances entre les sexes. Plusieurs études officielles estiment à 30 millions le nombre d'hommes chinois dans l'impossibilité de trouver une femme.

A première vue, les femmes devraient en tirer avantage. Mais d'après l'universitaire, ce phénomène touche les régions rurales si bien que dans les villes, les femmes sont poussées à se marier, leurs parents craignant qu'elles ne restent sur le carreau si elles attendent trop.

"La plupart des urbaines instruites succombent aux pressions mais les choses sont en train de changer", souligne Leta Fincher. Elles ne sont pas tirées d'affaire pour autant. "On va vraisemblablement avoir une nouvelle propagande incitant les femmes éduquées à avoir deux enfants. Cela pourrait ajouter aux pressions pour se marier jeune afin d'en avoir le temps".

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