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02/11/2015 08:29 EST | Actualisé 03/11/2015 06:37 EST

À l'aube de la voiture autonome, plusieurs questions persistent

Courtoisie

Imaginez quelques instants que vous êtes au volant de votre voiture, en déplacement sur une rue paisible dans un quartier résidentiel. Conscient de votre environnement, vous n’avancez pas trop rapidement. Vous n’êtes pas nécessairement certain de la limite de vitesse, mais vous ne dépassez pas les 30 km/h, simplement par expérience.

La rue n’est pas très large, il y a des véhicules garés de chaque côté et même quelques familles qui font une marche. Le moment n’est pas choisi pour faire de la vitesse. Soudainement, un ballon se présente devant vous, suivi d’un enfant qui jouait dans l’entrée d’une maison. Vous avez moins d’une seconde pour réagir.

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La distance n’est pas assez grande entre vous et l’enfant pour freiner. Vous connaissez votre voiture et votre expérience de conduite vous dit que même si vous appuyez à fond sur les freins, vous ne pourrez éviter la catastrophe. Il faut donc effectuer une manœuvre d’évitement — soit à droite, soit à gauche. À votre droite, il y a d’autres enfants accompagnés des parents qui prennent l’air. À gauche, il y a la nouvelle Mercedes-Benz de votre voisin que vous aimez bien. Que faire?

La réponse est simple. Aussi belle la Mercedes-Benz soit-elle, et bien que vous ne vouliez pas endommager votre véhicule, la seule solution plausible est de bifurquer à gauche et frapper la voiture garée dans la rue. Elle est moins importante, et de loin, que la vie d’un humain. En tant qu’humains, nous sommes justement en mesure de faire cette distinction.

Imaginez maintenant que nous sommes en 2025 et que vous venez de quitter votre domicile sur cette même rue de quartier. Votre vitesse ne dépasse toujours pas 30 km/h, mais cette fois-ci ce n’est pas vous qui êtes aux commandes. En réalité, vous sirotez votre café tout en lisant le journal, confortablement assis sur la banquette arrière. Par commande vocale, ou peut-être en utilisant une application spéciale, vous venez de demander à votre véhicule de vous mener au bureau.

Au moyen d’innombrables caméras, lasers et algorithmes, votre voiture autonome est soudainement confrontée à la même situation décrite plus haut. Elle réussit à concevoir et reconnaitre les dangers beaucoup plus rapidement que vous, et contrairement à vous elle ne prendra pas le temps d’évaluer les différentes solutions. Elle choisira celle qui a été programmée dans son logiciel d’opération sophistiqué.

Mais quelle sera cette solution?

Ce que je viens de décrire n’est pas une situation que nous affrontons tous les jours, mais il s’agit d’un problème que la voiture autonome se doit de pouvoir solutionner, tout comme les millions d’autres événements inattendus que nous devrons peut-être affronter sur la route.

Lors d’une récente visite au Centre de recherche et de développement de Mercedes-Benz situé en plein cœur de Silicon Valley, j’ai pu constater l’ampleur des considérations entourant la voiture autonome. Le constructeur allemand est un joueur important dans le domaine de la voiture qui se conduit seule. Après avoir développé et dévoilé sa propre VA, la F015, Mercedes-Benz se concentre aujourd’hui sur les considérations éthiques, sociales et philosophiques qui viennent avec l’idée que la place de l’humain derrière le volant sera un jour remplacée par un ordinateur.

Ces questionnements ne sont pas nouveaux. Qui sera responsable lors d’un accident? Comment fera la voiture autonome pour éviter un obstacle soudain et inattendu comme un animal ou un arbre qui tombe? Comment assurer une voiture autonome? Voilà seulement quelques exemples des milliers de questions entourant l’arrivée des VA.

Mais du côté de Mercedes-Benz, on pousse un peu plus loin. Un scénario comme celui décrit précédemment n’est qu’un exemple des discussions abordées tous les jours par l’équipe du département consacré aux voitures autonomies mis en place au début de 2014 par le constructeur.

Les ingénieurs sont remplacés par des philosophes et les chargés de projet sont remplacés par des professeurs de la prestigieuse université Stanford. Le but ici n’est pas d’améliorer le confort ou l’économie de carburant d’un modèle, mais bien de déterminer comment, par exemple, permettre à ce modèle d’enfreindre certaines lois du code de la sécurité routière si la santé des occupants est en jeu.

Si un animal se présente soudainement devant vous sur la route, vous n’hésiterez pas à le contourner en franchissant une ligne double n’est-ce pas? La voiture autonome, programmée pour respecter le code de la sécurité routière à la lettre, sera-t-elle en mesure de prendre la même décision?

Poussons un peu plus loin. Est-ce que nous devons donner à la voiture autonome le droit de décider quelle vie est plus importante? Une étude récente menée par Jean-François Bonnefon de l’école d’économie de Toulouse (École-TSE) et publiée par l’université Cornell aborde notamment cette question avec une mise en situation similaire à celle décrite il y a quelques lignes. Cette fois-ci la voiture a le choix entre heurter un groupe de 10 personnes ou un muret. L’impact avec le muret pourrait blesser sérieusement l’occupant du véhicule.

L’étude demande alors aux répondants d’indiquer quelle serait la meilleure solution, changeant les variables en cours de route en ajoutant des enfants dans la voiture, ou en modifiant l’âge du conducteur. Selon l’étude, 75 % des répondants ont indiqué qu’il serait préférable de sacrifier le conducteur. Cela dit, le pourcentage diminuait lorsque le répondant était le conducteur. On s’en doutait bien…

Une fois que nous avons développé un système d’intelligence artificielle en mesure de s’adapter aux millions de situations différentes que nous pouvons rencontrer sur la route, comment faire pour s’assurer que le tout fonctionne dans n’importe quelles conditions météorologiques?

Chez Mercedes-Benz, on nous dit qu’il faut d’abord trouver comment répondre aux questions éthiques avant de s’attaquer au défi de faire fonctionner tout cela pendant une tempête de neige. Ils ont raison.

La voiture autonome est un sujet omniprésent depuis quelques années. Plusieurs constructeurs promettent l’arrivée de la VA sous peu, certains allant même jusqu’à affirmer que nous aurons des véhicules qui se conduisent seuls sur les routes d’ici 2020.

Mercedes-Benz a dévoilé la sienne tout comme Google tandis que Volvo, Nissan, Toyota et Audi, pour nommer que ceux-là, effectuent déjà des essais. La prochaine Mercedes-Benz Classe E, tout comme la nouvelle Série 7 et la Tesla Model S, sera en mesure d’effectuer certaines tâches, comme rouler sur l’autoroute ou se garer, sans l’intervention du conducteur.

Mais ces situations sont beaucoup plus faciles à gérer et les imprévus sont moins nombreux, sans oublier que le conducteur ne peut aller s’asseoir sur la banquette pour rédiger des courriels. La majorité des systèmes autonomes modernes exigent que l’on garde ses mains sur le volant. À voir tout ce qu’un véhicule doit être en mesure d’affronter au quotidien, je crois qu’il s’agit pour le moment d’une obligation sage et nécessaire.

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