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30/10/2015 21:45 EDT | Actualisé 30/10/2016 01:12 EDT

Un Brésil style "Far-West" en plein débat au Parlement

Du chauffeur de taxi au législateur, tous les Brésiliens avec un colt à la ceinture: cette fiction deviendra réalité si une proposition de loi sur le port d'armes passe au Parlement, dans l'un des pays les plus violents du monde.

Le texte polémique, dont la base a déjà été approuvée par une commission spéciale de députés, devra être soumis au vote en séance plénière en novembre.

Il permettrait à tout citoyen de plus de 21 ans (contre 25 auparavant) de pouvoir acheter jusqu'à neuf armes à feu et 600 munitions par an. Il ne sera plus nécessaire de justifier le besoin d'avoir une arme et il n'y aura plus de restrictions pour les personnes ayant un casier judiciaire mineur ou un procès.

"Notre proposition est d'assurer le droit à la défense du citoyen honnête", a justifié le rapporteur du projet, Laudivio Carvalho, du parti centriste PMDB, le plus puissant au Congrès.

Le gouvernement de gauche de Dilma Rousseff se prépare à contrecarrer cette initiative en simplifiant la loi sur le désarmement que veulent changer ces députés, en vigueur depuis 2003, sans la défigurer.

Avec plus de 40.000 morts par an par armes à feu et des affrontements constants entre trafiquants de drogue et policiers dans les grandes villes comme Sao Paulo et Rio, les détracteurs du projet redoutent que les rues du Brésil se transforment en champs de bataille.

"C'est le retour du +Far-West+", a déploré le député d'extrême gauche Ivan Valente.

- Boeuf, balle, Bible -

Ce texte, qui remplacerait la loi de 2003, a été élaboré par une coalition de parlementaires qui sont de grands propriétaires terriens, d'anciens agents de sécurité et des évangéliques conservateurs.

Baptisé "BBB" - "boeuf, balle et Bible" - ce groupe a proposé d'autres projets polémiques comme celui qui définit la famille comme l'union exclusive entre un homme et une femme, excluant les homosexuels, qui pénalise l'avortement même pour les femmes victimes de violences sexuelles et restreint la délimitation des terres indigènes.

Ces députés soutiennent le président de la Chambre basse, l'évangélique Eduardo Cunha, personnage clé pour ouvrir ou non une procédure de destitution à l'encontre de la présidente Rousseff, son ennemie jurée.

Députés et sénateurs pourraient être armés - on ignore si même pendant les séances -, ainsi que d'autres fonctionnaires comme les avocats de l'Etat, les agents qui protègent l'environnement ou la circulation automobile ou encore les chauffeurs de taxi et les routiers.

- 'Ménage' dans le crime -

Le député de droite Joao Rodrigues affirme que cette loi arrive à un moment où l'Etat "ne respecte pas son obligation" de protéger les citoyens.

"Il faut faire le ménage, ces criminels tuent gratuitement et ils doivent sortir de la circulation", a-t-il dit au quotidien O Globo.

Au Brésil, qui a rejeté l'interdiction de la vente des armes lors d'un référendum en 2005, la population fait souvent la justice de ses propres mains.

L'ONG 'Sou da Paz' (Je suis pour la paix) redoute une augmentation des homicides.

"Une arme est un grand allié pour celui qui attaque mais le pire ennemi pour celui qui se défend", a déclaré à l'AFP son directeur, Ivan Marques.

"Il faut désarmer la population et non pas l'armer", affirme quant à lui le secrétaire à la sécurité de Rio, José Mariano Beltrame, pour qui la loi est un "retour en arrière".

Ivan Marques dénonce que derrière le projet se cache "le lobby de l'industrie des armes" et souligne que la plupart des armes utilisées dans les homicides sont de fabrication brésilienne.

"L'arme qui tue au Brésil est nationale et de calibre autorisé mais dans la plupart des cas elle est sortie des mains de celui qui l'avait achetée pour se défendre", affirme l'expert qui a analysé 14.000 armes saisies de 2013 à 2014 dont 86% étaient brésiliennes.

Malgré les restrictions de la loi de 2003, un demi-million d'armes ont été vendues jusqu'en 2013 et 170.000 nouveaux ports d'armes délivrés, selon Marques.

Le nombre de morts par armes à feu a chuté de 5,6% en 2004 et de 2% en 2005 mais a stagné ensuite car la loi est mal appliquée, selon lui.

"Il suffirait d'un meilleur contrôle", affirme-t-il.

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