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31/10/2015 02:14 EDT | Actualisé 31/10/2016 01:12 EDT

Six etarras jugés lundi à Paris pour le meurtre d'un policier français

C'est le procès de la dernière victime d'ETA: six etarras dont l'ex-chef de l'appareil militaire de l'organisation séparatiste basque, Mikel Carrera Sarobe, comparaissent à partir de lundi pour le meurtre d'un policier français en 2010.

Placée sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne, l'ETA est tenue pour responsable de la mort d'au moins 829 personnes, notamment dans des attentats, au nom de sa lutte pour l'indépendance du Pays basque et de la Navarre. Elle a renoncé à la violence en octobre 2011.

Sa dernière victime authentifiée est un policier français tué lors d'une fusillade à la suite d'un banal contrôle d'identité en mars 2010 en région parisienne.

Parmi les accusés, cinq hommes et une femme renvoyés pour ce meurtre devant la cour d'assises spéciale de Paris (composée de magistrats professionnels), figure Mikel Carrera Sarobe, 42 ans, alias "ata", ex-numéro 1 de l'appareil militaire de l'ETA.

Considéré comme un dur et déjà condamné en 2013 à la perpétuité à Paris pour l'assassinat de deux jeunes gardes civils en 2007 à Capbreton (sud-ouest)), il est soupçonné d'être l'auteur du coup de feu mortel.

A ses côtés comparaîtra Xabier Goyenechea Iragorri, 35 ans, lui aussi suspecté d'avoir tiré lors de la fusillade qui a coûté la vie au policier.

L'homme était selon Madrid chargé du "département technico-logistique" de l'organisation basque. Il avait été arrêté avec un autre etarra en juillet dans une maison du sud-ouest de la France.

Une autre figure d'ETA, l'ex-lieutenant de Sarobe, Arkaitz Aguirregabiria del Barrio, alias Kemen, 32 ans, sera sur le banc des accusés. Selon des sources judiciaires, l'homme jouait un rôle crucial dans le recrutement et la formation de jeunes activistes.

Les trois autres accusés sont Joseba Fernandez Aspurz, Izaskun Lesaca Arguelles, alias "Ane", 39 ans, et Iosu Urbieta Alcorta.

- 'Fiasco opérationnel' -

Ces six personnes sont soupçonnées d'avoir appartenu à un groupe qui, le 16 mars 2010 en début de soirée, s'affairait autour de voitures sur un chemin vicinal de Villiers-en-Bière, en région parisienne.

Leur manège intrigue alors des policiers en patrouille qui entreprennent de les contrôler. Il s'agit en fait de clandestins de l'ETA qui viennent de voler plusieurs voitures dans un garage voisin.

Une fusillade se déclenche. Père de quatre enfants, le brigadier-chef Jean-Serge Nérin, 52 ans, est tué. Il est le seul policier français à être tombé sous les balles de l'organisation basque.

Un des etarras, Joseba Fernandez Aspurz alias "Pequeno", alors âgé de 30 ans, est arrêté sur place mais le reste du commando prend la fuite. Sarobe sera interpellé en mai 2010 en compagnie d'Aguirregabiria dans un appartement de Bayonne.

L'ETA a admis être l'auteur de la fusillade en affirmant qu'elle avait eu lieu "contre sa volonté" et en tentant de rejeter la responsabilité sur la police française accusée d'avoir ouvert le feu la première.

Selon un spécialiste du dossier, cette affaire, qui suscita une profonde émotion dans la classe politique française et le ras-le-bol des policiers, fut considérée comme "un véritable fiasco opérationnel" pour l'ETA, affaiblie ensuite par l'arrestation d'activistes et la découverte de nombreuses caches d'armes en France, son ancienne base arrière.

Selon cette source, l'émoi et la riposte du gouvernement français ont "indéniablement participé au renoncement à l'action violente, que l'organisation basque ne pouvait plus assumer ni matériellement, ni politiquement".

Depuis le meurtre de Villiers-en-Brière plus d'une trentaine d'activistes ont encore été arrêtés en France.

Fondée en 1959, l'organisation a évolué d'un groupe résistant à la dictature franquiste vers un groupe paramilitaire indépendantiste basque. Son premier attentat commis en 1968 visait déjà un policier. Selon une étude universitaire de 2014, parmi ses victimes figurent 206 gardes civils, 149 membres de la police, 87 officiers ou sous-officiers et 30 personnalités politiques.

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