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31/10/2015 07:32 EDT | Actualisé 31/10/2016 01:12 EDT

Hébron enterre ses morts, Israël commémore l'assassinat de Rabin

De nouvelles violences ont éclaté samedi à Hébron à l'issue des funérailles de cinq Palestiniens dont les corps avaient été jusqu'ici confisqués par Israël qui s'apprêtait à marquer le 20e anniversaire de l'assassinat d'Yitzhak Rabin en présence de l'ancien président américain Bill Clinton.

Cet anniversaire intervient au moment où Palestiniens et Israéliens sont impliqués dans une nouvelle spirale de violences qui a fait un mort samedi. Un Palestinien de 17 ans a été abattu par les forces israéliennes à un check-point du nord de la Cisjordanie occupée. Selon la police israélienne, il avait tenté d'attaquer au couteau un des gardes, sans réussir à le blesser.

Depuis le début du mois, les violences --des attaques menées par des Palestiniens isolés à l'arme blanche majoritairement ou des heurts entre lanceurs de pierres et soldats-- ont fait 67 morts parmi les Palestiniens, dont un Arabe Israélien, et neuf parmi les Israéliens. Les violences ont débuté dans la Vieille ville de Jérusalem, où se trouve la très sensible esplanade des Mosquées mais elles se concentrent désormais autour d'une autre poudrière, Hébron, dans le sud de la Cisjordanie.

Cette ville est de longue date le théâtre d'un conflit avec d'un côté, 500 colons israéliens vivant retranchés sous la haute protection de l'armée israélienne, de l'autre 200.000 Palestiniens qui butent sur la centaine de check-points installés par les soldats dans le coeur historique de la ville. Au milieu de la ville coupée en deux, un lieu sacré pour juifs et musulmans concentre toute les tensions: le Tombeau des patriarches, la mosquée d'Ibrahim pour les musulmans, physiquement divisé lui aussi.

A ses abords, plusieurs Palestiniens ont été tués, présentés comme des assaillants par la police et l'armée israéliennes, et pour certains comme des victimes de soldats et de colons à la gâchette trop facile par les Palestiniens.

- 'Punition collective' -

Des milliers de Palestiniens sous une nuée de drapeaux scandant "Nous mourrons, mais la Palestine vivra" ont enterré cinq adolescents, dont deux filles, à la mi-journée à Hébron: Bachar et Hossam al-Jaabari, 15 et 18 ans, Tareq Natcheh, 17 ans, ainsi que Bayane al-Assileh et Dania Irshaid, deux Palestiniennes de 16 et 17 ans. Ils ont été abattus par les forces israéliennes qui les accusaient d'avoir poignardé ou tenté de poignarder des soldats.

Un autre Palestinien a été inhumé dans un quartier de Jérusalem-Est occupée et un septième à Jénine.

Zyad Natcheh père de Tareq Natcheh a fait part à l'AFP depuis sa maison où il recevait des condoléances de son soulagement de "pouvoir enterrer dignement" son fils, mais a affirmé qu'en "vivant dans un pays où il n'y a que la guerre, tout le monde s'attend à connaître la mort, une blessure ou à perdre un enfant".

La vingtaine d'autres parents de Palestiniens dont les corps n'ont pas été restitués dénoncent une "punition collective" qui vient s'ajouter à l'arsenal des mesures de rétorsion des autorités israéliennes à l'encontre des familles d'assaillants présumés, qui comprend la destruction de leurs maisons.

La tension, déjà vive à Hébron, a de nouveau grimpé à l'issue du cortège funéraire, des heurts ont opposé une nouvelle fois jeunes lanceurs de pierres et soldats. Douze personnes ont été blessées par des tirs israéliens, selon des sources médicales palestiniennes.

Autre cause d'inquiétude, le bouclage du quartier de Tel Roumeida, frontalier des maisons des colons au coeur de Hébron, où désormais seuls les Palestiniens résidant dans la zone ont le droit de pénétrer.

C'est en se référant à ce quartier et aux autres où les colons israéliens s'installent depuis plusieurs décennies qu'Amnesty International a tiré la sonnette d'alarme.

"L'armée israélienne doit prendre immédiatement des mesures pour protéger les civils palestiniens des attaques de colons israéliens", exhorte l'ONG des droits de l'Homme.

- Hommage à Rabin -

A Bethléem, des centaines de Palestiniens ont enterré Ramadan Thawabteh, un bébé de huit mois, mort asphyxié par des grenades lacrymogènes tirées par des soldats israéliens près de sa maison.

Dans la soirée, à Tel-Aviv, doit se tenir un grand rassemblement à l'occasion du 20e anniversaire de l'assassinat d'Yitzhak Rabin, le Premier ministre tué de trois balles dans le dos tirées par Yigal Amir, un extrémiste juif.

Cette année, l'événement prend un relief particulier avec la présence de Bill Clinton. L'ancien président américain avait personnellement parrainé à la Maison Blanche la cérémonie de signature des Accords d'Oslo, entre Israël représenté par Yitzhak Rabin et son ministre des Affaires étrangères Shimon Peres et l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) dirigée à l'époque par Yasser Arafat secondé par Mahmoud Abbas, l'actuel président palestinien.

L'assassin d'Yitzhak Rabin avait clairement expliqué qu'il voulait, en l'éliminant, saboter tout accord avec les Palestiniens.

Depuis 20 ans, les négociations n'ont pratiquement pas donné de résultat et sont actuellement totalement gelées.

sbh-jlr/mer