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30/10/2015 21:45 EDT | Actualisé 30/10/2016 01:12 EDT

Florent Groberg, le héros de l'armée américaine fan de Jean-Pierre Papin

Enfant de Poissy devenu héros de l'armée américaine en Afghanistan, Florent Groberg, 32 ans, est un Américain qui a gardé une "grande part de son coeur en France".

"Mes souvenirs de France, ce sont Jean-Pierre Papin, Basile Boli contre le Milan AC, et les crêpes, la nourriture qui est la meilleure du monde et qui me manque", sourit cet homme avenant, aux cheveux de jais et à l'oeil vif.

"Quand j'ai vu la France jouer contre l'Allemagne" et perdre en quart de finale de la coupe du monde de foot de 1994, "ça m'a déchiré le coeur!", dit-il dans un français fluide, à peine teinté d'une légère hésitation.

Le 12 novembre, Florent Groberg recevra des mains du président Barack Obama la plus prestigieuse médaille militaire américaine, la "Medal of Honor".

Un honneur rarissime, accordé chaque année à une poignée de militaires ayant accompli un acte d'héroïsme hors du commun.

Né à Poissy le 8 mai 1983, Florent Groberg a quitté la France il y a plus de 20 ans.

Le collégien du 14e arrondissement de Paris est venu s'installer aux Etats-Unis avec sa mère franco-algérienne et son père adoptif, Larry, un Américain de l'Indiana venu en France travailler pour Motorola.

L'adolescent s'intègre à toute allure dans la société américaine, quittant très vite le lycée français de Washington pour un lycée 100% américain.

"Je n'avais aucune idée que je n'étais pas Américain", raconte-t-il. Mais "un jour ma mère m'a donné des papiers, m'a dit signe ici, et boum je suis devenu Américain".

- Août 2012 -

Florent Groberg a toujours voulu être militaire, et le 11-Septembre l'ancre dans cette vocation.

"J'avais le choix (...): tu vas travailler comme tout le monde, ou tu vas te battre", explique-t-il.

Florent rentre dans l'armée de terre américaine, connaît un premier déploiement en Afghanistan en 2009/2010. Il participe aux combats, mais rentre indemne avec son unité.

Pour son deuxième déploiement en Afghanistan, il commande la petite équipe de six personnes chargée d'assurer la sécurité d'un colonel lorsqu'il quitte sa base de Jalalabad, dans l'est de l'Afghanistan.

Ses hommes se déploient en formation de "diamant" autour du colonel, prêts à le coucher au sol et à le protéger s'il est attaqué.

Le 8 août 2012, Florent Groberg qui mène cette mission depuis six mois a un sentiment de malaise, lors d'une sortie sur le terrain.

Il change la disposition du diamant, se met à l'avant pour avoir une bonne vue de ce qui l'entoure.

Une moto montée par deux hommes surgit à peu de distance; l'un des soldats de Florent Groberg crie, agite son arme, faisant fuir les deux hommes.

Mais un autre homme s'approche, marchant à reculons. "Il avait quoi, 17, 20 ans... Quand je l'ai vu, je suis allé l'attaquer, le repousser".

En saisissant le jeune homme, Florent Groberg comprend qu'il porte une veste explosive. Il le pousse pour l'éloigner le plus possible du groupe.

L'un de ses hommes vient à la rescousse, pousse à son tour l'individu qui explose à ce moment-là. "J'ai été propulsé à au moins 10 mètres", raconte Florent Groberg.

- 'Le pire jour de ma vie' -

Lorsqu'il reprend conscience, il a une jambe grande ouverte, le fémur saillant. Il comprend que, même s'il a réussi à éloigner l'agresseur, quatre hommes sont morts dans le groupe qu'il protégeait. Pourquoi eux, et pas lui?

"Seul Dieu peut répondre. J'ai eu de la chance. Ca ne s'explique pas", dit-il.

Florent Groberg porte à son bras droit un bracelet noir, où sont écrits les noms de ceux qui sont morts ce jour-là.

Le 12 novembre, ce sera "écrasant" de recevoir la médaille des mains de Barack Obama, explique-t-il.

Il s'agit de reconnaître que "mon action le pire jour de ma vie, ne m'appartient pas, mais appartient aux vrais héros qui sont les quatre hommes que j'ai perdus, et leurs familles".

"Ils sont ceux qui ont tout donné, qui ont tout sacrifié", souligne-t-il.

Désormais incapable de courir normalement, Florent Groberg est en train de quitter l'armée. Il souhaite désormais rentrer au Pentagone, dans le personnel civil.

Et garder des liens avec la France, où il n'est pas revenu depuis 2010.

"Maintenant, même si tu vis à 10.000 milles (de la France), tu peux toujours avoir ce que tu veux. Si je veux regarder la télé française, je peux l'avoir. Si je veux manger un dîner français, je vais chez ma mère!", sourit-il.

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