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31/10/2015 16:23 EDT | Actualisé 31/10/2016 01:12 EDT

Alpha Condé, l'ancien proscrit devenu chef de l'Etat en Guinée

De longues années d'opposition en exil, la prison, puis une accession quasi miraculeuse au pouvoir ont marqué la trajectoire politique du président guinéen Alpha Condé, dont la Cour constitutionnelle a validé samedi soir la réélection au premier tour le 11 octobre.

Svelte, boitant légèrement, souvent vêtu d'une chemise saharienne, Alpha Condé, 77 ans, qui se réclame de la gauche, est un orateur de talent sachant enthousiasmer son auditoire.

Mais s'ils reconnaissent son charisme et son intelligence, ses adversaires et certains de ses proches le décrivent comme un homme autoritaire et impulsif, qui écoute peu, agit le plus souvent seul, et se présente volontiers comme un professionnel de la politique face à des amateurs.

Né le 4 mars 1938 à Boké, en Basse-Guinée (ouest), Alpha Condé est issu de l'ethnie malinké, la deuxième du pays, majoritaire en Haute-Guinée (est).

Il part en France dès l'âge de 15 ans pour y poursuivre ses études et y obtient des diplômes en économie, droit et sociologie. Il enseigne ensuite à l'université parisienne de la Sorbonne.

Parallèlement, il dirige dans les années 1960 la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (FEANF) et anime des mouvements d'opposition au régime dictatorial d'Ahmed Sékou Touré, "père de l'indépendance" de la Guinée, ex-colonie française indépendante depuis 1958.

Sékou Touré le fait condamner à mort par contumace en 1970.

Il rentre au pays en 1991, sept ans après la mort de Sékou Touré, et une trentaine d'années d'exil au cours desquelles il se lie d'amitié avec de nombreuses personnalités et apprend les rouages de l'activisme politique.

Au dictateur a succédé un caporal autoritaire, Lansana Conté, qui a dû instaurer une timide démocratisation, lui permettant de se présenter à la présidentielle en 1993, puis en 1998.

Bien que ces scrutins ne soient ni libres ni transparents, Alpha Condé est officiellement crédité de 27% et de 18% des voix.

Le fondateur du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) inquiète Lansana Conté, qui le fait arrêter juste après la présidentielle de 1998, avant même la proclamation des résultats.

Il est condamné en 2000 à cinq ans de prison pour "atteintes à l'autorité de l'Etat et à l'intégrité du territoire national". Une peine qu'il ne purgera que partiellement: sous la pression internationale, il est gracié en 2001.

- 'Professeur Alpha Condé' -

En 2003, Alpha Condé boycotte la présidentielle, comme les autres candidats des grands partis d'opposition.

Après la mort de Conté et la prise du pouvoir par une junte dirigée par le capitaine Moussa Dadis Camara, en décembre 2008, il réclame des élections et reste dans l'opposition.

En visite à New York quand l'armée réprime dans le sang un rassemblement de l'opposition à Conakry, le 28 septembre 2009, massacrant 157 civils, il est l'un des premiers opposants à fustiger le "pouvoir criminel" et pointer la responsabilité du chef de la junte.

En 2010, le "Professeur Alpha Condé" est enfin élu, au second tour, après avoir été pourtant très nettement distancé au premier, quatre mois auparavant, par l'ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, avec 18,25% des voix contre 43,69%.

Un duel qu'il fera tout pour éviter en 2015, visant une réélection au premier tour le 11 octobre.

En habile manoeuvrier, il annule son dernier meeting de campagne à Conakry, le 9 octobre, pour éviter des troubles qui auraient conforté la demande par l'opposition d'un report de l'élection, comme il le confiera le 24 octobre à ses militants.

"Je fais la politique avec la tête, pas avec le coeur!", leur assène-t-il.

Assurant avoir "hérité d'un pays, pas d'un Etat", il se targue de son bilan: réalisation du barrage hydro-électrique de Kaléta, révision des contrats miniers, et surtout mise au pas de l'armée, "la réforme la plus importante" de son mandat, selon lui.

"Malgré Ebola (l'épidémie qui s'est déclarée dans le pays en décembre 2013, NDLR) il n'y a qu'à voir ce que nous avons fait en cinq ans. Demandez au peuple de Guinée, ce que nous avons fait en cinq ans, si les autres l'ont fait en cinquante ans", a-t-il déclaré quelques jours avant le scrutin dans une interview à plusieurs médias, dont l'AFP.

Marié trois fois, il est père d'un garçon.

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