DIVERTISSEMENT
31/10/2015 06:01 EDT | Actualisé 01/11/2015 10:49 EST

«L'architecte, autrement» au Centre canadien d'architecture (PHOTOS/VIDÉO)

La nouvelle exposition du Centre canadien d’architecture (CCA) lancée le 28 octobre dernier est bien plus qu’une simple incursion sur les possibilités qu’ont les architectes de penser le monde, c’est surtout un cri du cœur sur un métier qui peut, s’il s’en donne les moyens, participer à la naissance d’une véritable civilisation humaine.

Autant vous prévenir, l’expo L'architecte, autrement est complexe par la nature foisonnante des sujets abordés et par le nombre de documents – plus de 700 – mis à la disposition des visiteurs. Photographies, vidéos, correspondances, cartes et plus encore témoignent de la volonté des architectes (au tournant des années 1960 jusqu’à nos jours) d’élargir profondément leur fonction, quitte à la remettre en cause. Ainsi, les vingt-trois cas exposés illustrent, chacun à leur manière, les méthodes de travail originales de la pratique architecturale, souvent entreprise hors des sentiers battus.

«Au CCA, on réfléchit beaucoup sur le rôle de l’architecte et on pense toujours que son rôle n’est pas seulement de construire des murs, mais de soulever une réflexion sur la société, a expliqué en entrevue Giovanna Borasi, commissaire de l’exposition. L’architecte possède une responsabilité civile qui va bien au-delà de son rôle de bâtisseur. Il contribue aux idées, anticipe des problèmes, donne des réponses et se poser d’autres questions.»

Sans sourciller, on peut alors parler d’architectes engagés. L’exposition se suit à travers quatre salles thématiques mettant en relief les différents projets de ces collectifs d’architectes, dont certains ont survécu au temps ou évolué en d’autres entités. «Une grande partie du métier de l’architecte est souvent ennuyante avec beaucoup de paperasse à gérer, ajoute la commissaire. Mais ici, on rentre dans un univers stimulant puisqu’il est question de recherche et de démarche intellectuelle.»

Expérimental

Résultat d’un travail de recherche colossal, en particulier dans les sources archivistiques puisées aussi bien au CCA que dans d’autres institutions au Japon, aux États-Unis ou en Grèce, l’exposition élargit notre vision sur l’architecte qui propose ici des modèles uniques tout en s’effaçant derrière des réflexions collectives.

«On a décidé de choisir des groupes et non des personnalités, précise Mme Borasi. Je crois que la crise économique a fini par tuer la mode du vedettariat chez les architectes. En tout cas, la "starification" est une donnée étrangère à la conception même de cette exposition qui s’attarde davantage à mettre en relief l’effort progressiste de toute une profession.»

Bien qu’il serait inutile et fastueux d’en décrire l’inventaire complet, citons néanmoins quelques réflexions comme celles du groupe contemporain Multiplicity, fondé à Milan par Stefano Boeri et qui s’est attardé dès 2001 aux problématiques conflictuelles de l’immigration par la mer méditerranée, ou des projets de design et politique, presque utopiques, entrepris par AMO-OMA.

«Plus que d’utopie, je parlerais de générosité, ajoute la commissaire. L’architecture est une discipline qui permet d’autres façons de penser. Elle est capable de dépenser beaucoup d’énergie, de temps et de créativité pour arriver à un résultat qui frôle parfois l’expérimentation. Avec cette exposition, on démontre les responsabilités et les engagements que les architectes ont pu peu avoir.»

L’architecte, autrement – Exposition au Centre canadien d’architecture – www.cca.qc.ca – Du 28 octobre 2015 au 10 avril 2016.

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