Reconstruction du sein après le cancer: un geste «boudé» par 90% des Canadiennes (VIDÉO)

Moins de 10% des femmes qui subissent une ablation des seins optent pour la reconstruction mammaire... Au Canada. Chez nos voisins américains, la reconstruction post-mastectomie frôle plutôt les 50%. Ce faible taux au pays est surprenant, d'autant plus que, chaque année, près de 25 000 Canadiennes reçoivent un diagnostic de cancer du sein. Petit à petit, les chirurgiens plasticiens s'organisent pour faire connaître cette alternative aux cicatrices sur le thorax, qui est entièrement gratuite au Québec.

«On n'a pas d'explication claire sur ce faible taux, mais on estime que neuf patientes sur dix ignorent simplement l'existence de cette option», déclare Dr Joseph Bou-Mehri, directeur de l'unité de reconstruction du sein au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM). Non seulement les femmes ignorent que la reconstruction mammaire est couverte par le régime public, mais aussi qu'il est possible de se faire reconstruire la poitrine durant la même chirurgie que la mastectomie. Plusieurs hôpitaux n'offrent pas cette chirurgie, puisqu'elle exige d'avoir à la fois un oncologue et un chirurgien-plasticien disponibles le jour de l'opération. De fait, plusieurs femmes se résignent à vivre avec un sein en moins, ou sans seins du tout.

Le BRA Day: montrer à quoi ressemble la vie (et la poitrine) après le cancer

«Montrez vos seins, parlez-en à votre entourage!», lance Guylaine Drapeau, une patiente au CHUM qui a subi une ablation complète du sein droit suivie immédiatement d'une reconstruction, faite avec le gras de son abdomen. «J'ai eu des enfants, j'avais un surplus de gras idéal pour l'opération», dit-elle en souriant. Comme 300 autres femmes, Mme Drapeau a décidé de participer au deuxième BRA Day (de l'anglais «Breast Reconstruction Awareness»: Jour de sensibilisation à la reconstruction mammaire) organisé par le CHUM, mercredi dernier. Elle s'est alors «pliée au jeu» de dévoiler sa poitrine reconstruite aux curieuses, pour «montrer à quoi ressemble la vie après le cancer».

Majoly Dion, qui a subi une ablation complète des seins, a aussi décidé de participer au BRA Day. Elle prépare pour sa part un documentaire qui relate son histoire. «J'ai été horrifié de voir le peu d'information disponible sur Internet. J'ai décidé de me mettre à nue: je montre comment se passe mon combat du début à la fin, avec les larmes et les rires qui l'accompagnent», explique celle qui dirige la production de ce long métrage indépendant intitulé Quand sert la vie.

Les chirurgies de reconstruction sont multiples, ajoute le Dr Joseph Bou-Mehri: reconstruction à l'aide d'une prothèse, de lambeaux de peaux abdominales ou encore prises du grand dorsal. Pour ce qui est du mamelon, les techniques ont évolué, dit-il, et la majorité des opérations se font avec la peau greffée sur le sein, puis la couleur est changée grâce à un tatouage reproduisant l'aréole.

Dans cette image, on voit un sein «reconstruit» par l'équipe du CHUM. Le mamelon a été recréé avec la peau du sein directement, et un micro tatouage a été effectué pour ajouter la pigmentation.

Pour en savoir plus sur la reconstruction mammaire,visitez le site web du CHUM sur le sujet.