NOUVELLES
25/10/2015 14:01 EDT | Actualisé 25/10/2016 01:12 EDT

Argentine : Daniel Scioli, homme de consensus pour succéder à Kirchner

Si Cristina Kirchner divisait les Argentins, le favori pour lui succéder à la présidence, Daniel Scioli, s'affirme comme plus modéré, après s'être patiemment imposé dans l'ombre des Kirchner.

Champion du monde de course de bateaux offshore dans les années 1980, poussé en politique dans les années 1990 par le président ultralibéral Carlos Menem, Daniel Scioli, 58 ans, appartient à la mouvance péroniste fondée par Juan Peron (1946-1955, 1973-1974). Il se définit comme centriste alors que la coalition au pouvoir dont il fait partie a mené une politique de gauche.

Être président de l'Argentine, l'ancien champion y pense depuis longtemps. "Cela fait 57 ans que je travaille pour atteindre cet objectif", déclarait-il l'an dernier en annonçant sa candidature.

La présidente Cristina Kirchner (2007-2015), qui ne pouvait pas postuler pour un troisième mandat consécutif, ne voulait pas de lui pour défendre les couleurs du Front pour la victoire (FPV, gauche) à la présidentielle, mais Scioli a su imposer son sens du compromis, du dialogue, en rupture avec le style de confrontation de la première femme élue à la tête du pays.

Quand ses adversaires l'attaquent, il esquive. Quand il ne peut pas éviter les coups, il encaisse sans broncher. Il riposte rarement.

Peu avant les primaires du Front pour la victoire (FPV) en août, son rival et postulant soutenu par Mme Kirchner - le ministre des Transports Florencio Randazzo - a jeté l'éponge avant d'être écrasé par le rouleau compresseur Scioli.

Député sous Carlos Menem (1989-1999), vice-président de Nestor Kirchner de 2003 à 2007, cet homme peu charismatique, au sourire carnassier, a ensuite été élu gouverneur de la province de Buenos Aires, aussi grande que l'Italie, aussi peuplée que le Chili (16 millions d'habitants) et un important gisement de voix (près de 40% de l'électorat).

Comme ancien sportif de haut niveau, il cultive le dépassement de soi. Son abnégation lui permettra peut-être de devenir président.

Scioli, catholique opposé à l'avortement, cite souvent le pape et sa devise du droit de tous à "un toit, au travail et à la terre".

Ancien compagnon de parti passé chez son adversaire Mauricio Macri, Carlos Reutemann, "redoute que Scioli soit contrôlé par le kirchnerisme", argument récurrent de l'opposition estimant que Cristina Kirchner voudra conserver une influence sur la politique argentine après son départ.

Mais s'il a soutenu l'action des gouvernements Kirchner, Scioli a démontré ces dernières semaines, en dévoilant les noms de ses futurs ministres et ambassadeurs - des proches - en cas de victoire, qu'il ne comptait pas se laisser influencer.

"Je gouvernerai à ma manière", a-t-il averti.

- A fond -

Dans les années 1980, il sillonnait le monde pour disputer des courses aux commandes de son bateau offshore baptisé "La grande Argentine". En 1989, lors d'une course sur le fleuve Parana, en Argentine, son bateau s'est renversé, il est tombé à l'eau et une hélice a déchiqueté son bras droit.

Amputé, il a dû apprendre à devenir gaucher. Il érige en exemple et comme atout de campagne la manière dont il a surmonté le handicap quand il s'agit de convaincre qu'il saura résoudre les situations les plus compliquées.

Lors d'une émission de télévision, il a montré comment il sait faire le noeud de sa cravate avec une seule main.

Cet accident ne lui a pas enlevé le goût de la vitesse, l'ancien champion naviguant toujours sur le Rio de la Plata qui sépare l'Argentine de l'Uruguay. Pour se détendre, pour le plaisir, mais pas toujours celui de ses passagers qui se cramponnent comme ils peuvent à l'embarcation lors des pointes de vitesse qu'il affectionne.

Petit-fils d'un immigré italien, fils d'un entrepreneur spécialisé dans l'électroménager, Daniel Osvaldo Scioli est né le 13 janvier 1957 à Buenos Aires, où il grandit et fait des études à l'Université argentine de l'entreprise (UADE) à Buenos Aires.

Prédestiné à reprendre le négoce familial, Casa Scioli (le Darty argentin), il a opté pour le sport et la politique.

Malgré son âge et son handicap, il joue encore dans une équipe de première division de futsal (football en salle) dans la banlieue cossue de Buenos Aires où il réside.

Sa compagne depuis 14 ans, Karina Rabolini, est aussi son ex-femme. Ils se sont mariés en 1985 et ont divorcé en 1998. Ils n'ont pas eu d'enfant mais il a une fille, Lorena, née d'une romance de jeunesse, qu'il a reconnue sur le tard.

Les pro-Kirchner ne l'aiment guère mais ils voteront pour lui, par discipline et car Mme Kirchner lui a imposé son bras droit, Carlos Zannini, candidat à la vice-présidence, garant pour eux de la "continuité du projet".

ap/ka/amd

Biden ou Trump?
Suivez les dernières nouvelles, les analyses et les sondages dans cette course qui ne cesse de surprendre!