NOUVELLES
24/10/2015 00:50 EDT | Actualisé 23/10/2016 01:12 EDT

Pologne/législatives: la gauche à la croisée des chemins

La gauche polonaise, dispersée et en état de crise profonde depuis dix ans, joue sa survie au parlement lors des législatives de dimanche, avec un changement de génération et des promesses de revenir à ses valeurs traditionnelles.

"Ces élections sont une chance pour la gauche de jouer à nouveau un rôle important sur la scène politique polonaise", déclare à l'AFP Maciej Gdula, sociologue de l'Université de Varsovie.

"Dans le meilleur des cas, on aura deux formations de gauche au prochain parlement, et dans le pire, aucune", estime-t-il.

Dans ce dernier cas, "ce serait le premier parlement depuis la chute de communisme en 1989 sans la gauche", confirme Eryk Mistewicz, spécialiste en marketing politique.

Revenue au pouvoir au début des années 2000, la gauche post-communiste polonaise s'est compromise dans une série de scandales de corruption et fut réduite à l'opposition par la droite conservatrice, victorieuse des législatives en 2005, grâce notamment à son programme populiste.

Les plus grandes chances de siéger dans le nouveau parlement sont celles de la Gauche unifiée (ZL), une alliance électorale créée il y a à peine quelques mois entre le parti post-communiste SLD reconverti en social-démocrate, le mouvement anticlérical Twoj Ruch, les Verts et quelques autres petites formations de gauche.

A sa tête, une nouvelle venue, Barbara Nowacka, 40 ans, militante socialiste modérée, prônant les valeurs traditionnelles de gauche, tant sur le plan social et économique que politique.

"Sa désignation à la tête de la ZL était un excellent choix", estime Agata Szczesniak, sociologue et commentatrice politique.

"Elle est concrète, travailleuse, simple et modérée, ce que les Polonais aiment", ajoute-t-elle.

"C'est une bête médiatique. Les médias l'adorent", ajoute M. Mistewicz. Sa beauté, son style direct et modeste y sont sûrement pour quelque chose.

La tâche reste néanmoins difficile pour la Gauche unifiée qui, en tant qu'alliance électorale, doit franchir le seuil d'éligibilité de 8% des voix. Les partis ne doivent convaincre, quand à eux, que 5% des électeurs pour siéger dans l'hémicycle. Or les derniers sondages donnent la ZL entre 7 et 12%.

En revanche, à moins d'une grande surprise, les chances d'entrer au parlement sont minimes pour une nouvelle formation de gauche créée cette année, Ensemble (Razem): les sondages la créditent de 1% à 3,5% des voix.

- Surprise -

Fondée par de jeunes militants de plusieurs mouvements sociaux, se voulant anti-système et prônant une direction collective, elle refusait longtemps de mettre en avant un leader. Ce n'est qu'à quatre jours du scrutin que les Polonais ont pu mettre un visage sur leur programme, celui d'Adrian Zandberg, un militant charismatique de 36 ans. Barbe blonde fournie bien taillée, sourire large et style décontracté, il a créé la surprise lors du dernier débat télévisé mardi, en séduisant aussi bien les téléspectateurs que les experts avec ses réponses pertinentes, bien ciblées.

Refusant d'entrer en coalition avec un des partis établis qu'il juge tous moralement corrompus, le mouvement Razem pourrait affaiblir la Gauche unifié en lui ravissant quelques points de pourcentage et compromettre ainsi son entrée au Parlement, estiment les experts.

La campagne pour ces législatives a apporté un véritable changement de génération au sein de la gauche polonaise, même si quelques dinosaures ex-communistes figurent toujours sur les listes électorales de ZL.

"C'est une véritable chance de voir naître une gauche moderne", estime Agata Szczesniak. "Depuis la chute du communisme, le SLD bloquait la possibilité de créer une formation de gauche libérée du poids du passé".

"Cette campagne est la dernière pour la génération des apparatchiks communistes d'avant 1989", reconvertis en sociaux-démocrates comme le chef du SLD Leszek Miller, souligne M. Mistewicz, qui qualifie ce parti de "structure gériatrique de gens qui vivent encore dans les années 1970".

"Pour la première fois, tant sur les listes de la ZL que sur celles de Razem il y a d'authentiques militants de gauche, jeunes, travaillant à la base, et qui jusqu'à présent étaient absents de la grande scène politique", note Mme Szczesniak.

"Indépendamment du résultat final des élections, que la gauche entre au Parlement ou non, un nouveau parti moderne sera créé, à court ou à moyen terme", estime-t-elle.

bo/via/mrm/plh