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24/10/2015 12:03 EDT | Actualisé 24/10/2016 01:12 EDT

Haïti: ambiance de carnaval pour la fin de la campagne électorale

Après un mois d'ambiance atone, où seule l'invasion d'affiches sur les murs des villes témoignait de l'approche de l'élection présidentielle de dimanche, Haïti a connu une dernière journée de campagne d'une intensité digne d'un carnaval.

La place du Champ de mars, le lieu traditionnel à Port-au-Prince des défilés carnavalesques, a vu circuler vendredi un char du carnaval, redécoré aux couleurs de Jude Célestin, un des candidats.

Accompagné d'un défilé de motos recouvertes de ses affiches, le char a drainé une foule dansante pendant quelques heures dans l'après-midi.

"Je voulais être là pour la clôture de campagne de Jude Célestin. Cette fois, ils ne pourront pas lui voler l'élection", hurle Lucksenson Morel pour couvrir le son craché à un volume assourdissant par la dizaine de hauts-parleurs installés sur le char.

Ce sympathisan n'a pas oublié comment, lors de la précédente élection en 2010, le candidat du parti Lapeh avait été écarté du second tour, suite à un recompte de l'organisation des Etats américains, sous pression de la communauté internationale. Mais aussi en raison des manifestations de rue de citoyens haïtiens qui refusaient de voir le poulain du président de l'époque, René Préval, dépasser leur favori Michel Martelly.

Si cette fois il n'a pas été directement choisi par l'ancien chef d'Etat, Jude Célestin attire la sympathie par son expérience à la tête du Centre national de l'équipement (CNE, en charge de la construction et l'entretien des routes).

"J'aime Jude parce qu'il travaille, qu'il a montré à des filles comment conduire les gros engins, il a créé des emplois. Président, il fera beaucoup plus", assure Luckenson Morel.

Quant à l'ambiance de fête pour clore une campagne politique de la plus haute importance, l'homme de 32 ans reconnaît à mi-mot que cela n'est pas forcément approprié, mais il apprécie: "C'est vrai que c'est comme un carnaval en octobre, alors que c'est de la politique. Mais vous savez les Haïtiens on aime l'ambiance, on est là pour se relaxer".

- Marquer les esprits -

Après avoir élu à la présidence Michel Martelly, une star du carnaval, Haïti a vu à nouveau cette année une participation des artistes dans la sphère politique.

Wyclef Jean, ancien chanteur des Fugees, avait tenté sa chance en 2010 mais avait dû renoncer faute d'avoir résidé cinq ans dans le pays. Et en cette fin de campagne, l'artiste, qui lors de ses prestations internationales arbore souvent le drapeau haïtien, a sorti une chanson de soutien à Jude Célestin.

A l'instar de M. Célestin, nombre de candidats en lice pour succéder à Michel Martelly ont concentré leurs efforts et leurs moyens pour marquer les esprits le dernier jour de campagne. Une concentration de défilés et de rassemblements qui aura totalement paralysée la circulation sur les principales artères de Port-au-Prince mais aussi de la deuxième ville du pays, Cap-Haïtien.

Le cortège qui a drainé le plus de monde est sans conteste celui de la candidate Maryse Narcisse (Fanmi Lavalas), car elle était accompagnée de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide, adulé dans les quartiers les plus pauvres de la capitale.

La nouvelle que "Jean-Bertrand Aristide a pris la rue" s'est répandue comme une trainée de poudre dans les bidonvilles: jamais depuis son retour d'exil en mars 2011, l'ancien prêtre devenu président n'avait défilé dans ses bastions.

Et Titid, comme le surnomment ses sympathisants, s'est présenté à la foule dès la sortie de sa résidence, par le toit ouvrant du véhicule qu'il partageait avec Maryse Narcisse.

Flanqué du drapeau national sur le capot, le véhicule a circulé pendant des heures dans les quartiers populaires.

"Le président Aristide est un stratège: il sait quand il doit sortir. Nous sommes vraiment contents. Certains parmi les plus jeunes ne l'avaient jamais vu ailleurs qu'à la télévision", explique dans un large sourire Frantz Bico Legros.

A pied, en moto, ou entassés sur des voitures, les partisans de Fanmi Lavalas ont suivi le cortège à travers les rues de Cité Soleil en hurlant leur amour pour leur leader historique: "Artistide notre roi, Maryse présidente".

Le parti Lavalas avait été exclu de toutes les élections qui se sont tenues après le départ d'Aristide en exil en 2004, sous la pression de la communauté internationale.

S'ils chantent, dansent et rient dans le cortège, les partisans de Lavalas reprennent leur sérieux concernant la présidentielle.

"Depuis le coup d'Etat de 2004 contre Aristide, il n'y a rien eu de sérieux de fait dans le pays. Aujourd'hui c'est la première fois qu'on aura une femme pour diriger le pays. Vous n'avez pas besoin de sondages: regardez le sondage est là, avec la foule", conclut Emmanuel Pierre-Armand, portant des affiches de Maryse Narcisse.

amb/sha