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24/10/2015 06:27 EDT | Actualisé 24/10/2016 01:12 EDT

France: une pénible enquête s'engage après la pire catastrophe routière du pays en plus de 30 ans

Au lendemain de la pire tragédie routière en France depuis plus de 30 ans, un pénible travail d'enquête s'est engagé samedi pour identifier les victimes et les causes de la catastrophe de Puisseguin (sud-ouest), qui a fait au moins 43 morts et endeuillé toute une région.

Plus de 24 heures après l'accident, le bilan reste incertain: Un doute subsiste sur le nombre (41 ou 42) de tués dans l'autocar entré en collision avec un camion de transport de bois dont le chauffeur et son fils de 3 ans, assis à ses côtés, sont aussi décédés.

Si la seconde hypothèse se vérifiait, le bilan s'alourdirait à 44 morts. Quatre des huit rescapés étaient encore hospitalisés mais leurs jours ne sont plus en danger, selon les autorités locales.

Dès l'aube, des spécialistes de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie (IRCGN), dépêchés de région parisienne, se sont attelés, avec des médecins légistes, à la délicate identification des dépouilles calcinées des victimes, brûlées vives dans le drame.

"Ils vont travailler corps par corps, de manière très méthodique", a expliqué à l'AFP le colonel Ghislain Réty, commandant de la gendarmerie de Gironde. L'identification formelle des victimes pourrait prendre jusqu'à "trois semaines", selon un responsable de l'IRCGN.

Les enquêteurs sont rompus à ce pénible exercice: certains ont déjà oeuvré sur la catastrophe aérienne de la compagnie allemande Germanwings, qui avait fait 150 morts en mars dans les Alpes françaises, ou celle d'un avion d'Air Algérie en 2014 au Mali.

Des "experts automobiles" et des spécialistes en pyrotechnie sont également mobilisés pour déterminer les causes de l'accident, qui a aussi surpris par la rapidité de l'embrasement des deux véhicules impliqués.

"Le feu a démarré tout de suite. C'était comme un éclair", a raconté samedi Jean-Claude Leonardet, un charpentier retraité de 73 ans qui compte parmi les rares rescapés à avoir pu s'extirper de l'autocar, dans le quotidien Le Parisien.

- 'Ca pétait de partout' -

"On est retourné pour tirer deux personnes qui étaient coincées dans les marches et n'arrivaient pas à sortir". Ensuite, a-t-il ajouté, "on n'a pas pu y retourner car le feu et la fumée envahissaient tout. Ça pétait de partout: les pneus, les vitres...".

Les enquêteurs disposent du "chrono-tachygraphe" du camion, mais cette sorte de "boîte noire", qui enregistre des paramètres tels que la vitesse du véhicule et le temps de parcours, est dans un "état très dégradé" et "il est trop tôt pour dire s'il sera exploitable", selon les gendarmes.

A Puisseguin et dans les villages alentours du vignoble de Saint-Emilion, dont étaient originaires les victimes de l'autocar, l'heure était samedi au recueillement et à la solidarité avec les familles endeuillées.

Le contraste avec le tourbillon d'ambulances et de voitures de gendarmes de la veille était impressionnant à Puisseguin, où une douzaine de fourgons funéraires sont arrivés dans la matinée.

Dans la chapelle ardente, symbolique faute de corps, installée dans le foyer municipal, une élue locale a déposé des roses blanches, une par une, sur 43 tonneaux recouverts d'un linceul blanc, une bougie allumée sur chacun d'eux.

Une première famille est venue se recueillir en début de journée, une jeune femme effondrée soutenue par deux proches. La presse était tenue à l'écart à mesure que des familles arrivaient.

A Petit-Palais-et-Cornemps, à 7 km de là, une des communes qui a perdu le plus d'habitants, une cellule médico-psychologique était en place pour "recevoir les familles qui le souhaitent".

"C'est souvent important de réunir les gens en groupe, car ils partagent un récit commun de ce qui s'est passé et cela peut les aider à faire face au deuil", a expliqué à l'AFP François Castandet, médecin-psychiatre à l'hôpital voisin de Libourne.

La collision s'est produite tôt vendredi matin sur une route secondaire aux abords de Puisseguin. Selon les premiers éléments de l'enquête, le camion était en portefeuille en travers de la route quand le bus l'a percuté au niveau d'un virage.

Cet accident est le plus meurtrier en France depuis celui qui, en 1982, avait coûté la vie à 53 personnes, dont 44 enfants, près de Beaune (est).

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