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24/10/2015 06:54 EDT | Actualisé 24/10/2016 01:12 EDT

Dans la "zone grise" de l'est de l'Ukraine: pas d'autorités, pas de possibilité de voter

A Mykytivka, sur la ligne de front dans l'est séparatiste prorusse de l'Ukraine, il n'y a plus aucune autorité. La seule représentante des services publics pour trois villages, l'infirmière Nelia, le regrette: personne ne pourra voter ici dimanche aux élections locales.

Les soldats ukrainiens sont stationnés dans le village, mais à 10 km de là commence Gorlivka, une ville de 250.000 habitants qui est l'un des bastions des séparatistes prorusses.

Mykytivka est l'une des 122 localités située dans l'est de l'Ukraine qui figurent dans la "zone grise" où Kiev a décidé de ne pas organiser d'élections pour des raisons de sécurité. Dans les territoires contrôlés par les séparatistes, le scrutin n'aura pas lieu non plus.

Lorsque Nelia Khriachtcheniouk, 52 ans, se déplace en scooter entre Mykytivka, Kodema et Odradivka, où elle sert à la fois d'infirmière et d'assistante sociale pour les quelque 120 habitants restés dans cette zone dangereuse, elle s'habille des couleurs les plus vives. Avec un certain humour, elle affirme que c'est sa manière de protester contre le fait qu'elle travaille en "zone grise", l'expression consacrée pour désigner ce genre de localité abandonnée des pouvoirs publics.

Le faible espoir des habitants de voir leur situation s'améliorer a volé en éclats lorsqu'ils ont appris que les élections n'auraient pas lieu chez eux.

"Nous sommes sur la ligne du front, on n'a pas vu la chef du conseil du village depuis plus d'un an, elle dit qu'elle n'a pas d'essence pour retourner travailler. Il n'y a que des militaires ukrainiens ici", raconte Nelia qui tient à la main un kit médical.

- 'Les autorités de Kiev s'en fichent' -

La nouvelle trêve décrétée depuis le 1er septembre tient globalement dans la zone du conflit où plus de 8.000 personnes ont péri depuis avril 2014. Mais à Mykytivka, on entend toujours des tirs de mortiers.

"Nous n'aurons pas d'élections, les autorités de Kiev s'en fichent", déplore Nelia. "Ici dans la +zone grise+ tous tentent de gagner de l'argent en extorquant des pots-de-vin aux gens qui traversent les postes de contrôles".

Une fois par semaine, les habitants de Mykytivka et Kodema ont la possibilité d'acheter du pain qu'on leur apporte en voiture. En l'attendant, les retraitées se souviennent qu'avant la guerre, on leur apportait de la même manière des urnes pour voter aux élections locales.

"Ce serait bien qu'un homme à poigne prenne la tête du village pour résoudre nos problèmes", dit en soupirant Sofia Nikitenko, une retraitée de 62 ans, en s'appuyant sur un sac à roulettes pour les produits alimentaires. "Mais chez nous ça tire toujours, il n'y aura pas d'élections et nos autorités, ce sont des militaires".

- Ni médecins, ni pompiers -

Dans le village de Maïorsk, dans la zone tampon entre Gorlivka, la rebelle, et Artemivsk contrôlée par l'armée ukrainienne, les fenêtres de plusieurs maisons sont colmatées avec du contreplaqué et les habitants se chauffent au poêle, faute d'avoir le gaz.

La guerre a appris aux habitants qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

"Quand nous sommes malades, il n'y a jamais d'ambulance, ni du côté de la DNR (république autoproclamée de Donetsk), ni de l'Ukraine. Quand il y a un incendie, personne ne l'éteint parce que ce n'est pas +leur+ territoire", raconte Vladimir Viktorovitch, 74 ans, en mettant du bois dans son poêle.

Le retraité se considère comme "ukrainien", mais pour acheter du pain, il doit aller en territoire séparatiste où se trouve le magasin le plus proche.

Lui et sa femme n'attendent rien des autorités et pour survivre et réparer leur maison endommagée par des bombardements, ils vendent du thé et du café au bord de la route à ceux qui font la queue aux barrages permettant de passer d'une zone à l'autre.

Svetlana, une femme enceinte de 28 ans, dit qu'elle se sent comme "un citoyen de seconde zone" du fait de ne pas pouvoir voter.

"Il n'y a pas d'autorités, personne à qui s'adresser. Je voudrais voter pour élire des gens capables de résoudre les problèmes qui se sont accumulés. Mais il semble que les autorités de Kiev ne veulent rien changer et en tirent profit", accuse-t-elle.

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