POLITIQUE
24/10/2015 12:42 EDT | Actualisé 24/10/2015 12:46 EDT

Comment les libéraux ont remporté une surprenante majorité (ANALYSE)

L’élection de lundi dernier a débouché sur une étonnante majorité libérale surpassant même les attentes et prédictions les plus optimistes.

Bien que les sondages aient vu assez juste à l’échelle nationale (sauf dans la mesure où ils ont légèrement sous-estimé les conservateurs, ce qui nous avions anticipé), les projections de sièges ont été particulièrement mauvaises, ce qui signifie que nous avons plusieurs facteurs à analyser.

Il faut toutefois éviter un piège bien particulier : ce n’est pas parce qu’une chose s’est produite qu’elle était nécessairement le scénario le plus probable.

Un fait demeure : une majorité libérale était peu probable. Nous avions prédit que ce scénario serait le troisième en ce qui a trait aux probabilités, derrière un gouvernement libéral minoritaire et même derrière un gouvernement conservateur minoritaire. Et nous n’étions pas les seuls.

Paul Fairie, du Globe and Mail, avait prédit les mêmes trois scénarios, mais avec différents niveaux de probabilité. Pierre Martin y est également allé de prédictions similaires dans le Journal de Montréal. En fait, un gouvernement libéral minoritaire semblait faire consensus.

Mais alors, comment les libéraux ont-ils gagné cette majorité? Une majorité confortable, faut-il le rappeler. La réponse comporte deux volets : une vague de dernière minute que les sondages n’ont pu détecter, et une bonne concordance du vote, particulièrement en Ontario.

Voici les résultats des sondages au Québec durant la dernière semaine de la campagne, incluant deux sondages de dernière minute par Nanos et Forum. Les tendances sont représentées à la date moyenne de collecte des données.

Gardez en tête que les libéraux ont remporté le Québec avec 35,7 pour cent des suffrages, devant les 25,4 % du NPD, 19,3 % du Bloc et 16,7 % des conservateurs. Seul le sondage de dernière minute de Forum était sensiblement près du résultat final des libéraux, mais il était lin du compte pour ce qui est du résultat du NPD. N’oublions pas non plus que ce sondage-minute était basé sur un échantillon de 278 répondants, ce qui signifie que nous n’aurions pas pu voir les résultats de ce sondage et ne baser nos prédictions que sur sa seule foi.

En moyenne, les libéraux étaient en avance de quelques points, mais pas des 10 points qu’ils ont reçus en fin de compte. Même Nanos, qui était si près du résultat national, n’avait prévu qu’une avance de deux points pour les libéraux dans son dernier sondage paru la veille des élections. Bien entendu, les marges d’erreur étaient importantes, mais la moyenne était encore loin du compte, même si l’on pouvait tout de même faire valoir que les tendances étaient claires.

Quoi qu’il en soit, cette vague de dernière minute a permis aux libéraux de rafler beaucoup plus de sièges que prévu au Québec. Ils ont remporté cette province avec 40 sièges, une première depuis que le Bloc a été fondé au début des années 90. Ils y ont fait un gain de 15 sièges, ce qui les a poussés encore plus près de la majorité.

Le reste devait donc venir d’une bonne concordance du vote, puisque les sondages ne s’étaient pas beaucoup trompés dans les autres provinces. Il y a aussi eu quelques victoires inattendues ici et là, comme la circonscription de St. John’s East, à Terre-Neuve, attribuables sans aucun doute à une machine libérale bien huilée et de toute évidence inspirée par la campagne de Barack Obama en 2012. Puis, bien entendu, il y a l’Ontario.

Dans cette province, les sondages étaient assez près du compte et ils avaient correctement prédit l’avance des libéraux par environ 10 points (45 contre 35). Le décompte de sièges y était largement en faveur des libéraux, également.

Alors que les libéraux y ont obtenu 80 des 121 sièges, les conservateurs ont dû se contenter de 33 tandis que le NPD a été balayé de la carte dans la région de Toronto et n’ont pu obtenir que 8 sièges dans toute la province.

C’est là que les modèles de projection de sièges ont le plus échoué. Et c’est là que nous devons nous pencher sur ce que nous aurions pu mieux faire. L’effondrement du vote néo-démocrate a bien sûr beaucoup aidé, permettant ainsi aux libéraux de remporter des circonscriptions auxquelles ils ne s’attendaient pas. Il est toutefois encore trop tôt pour pouvoir affirmer que ces 80 sièges en Ontario sont un scénario que nous aurions dû prédire.

À notre décharge, cependant, aucun candidat dont nous avions prévu qu’il n’avait aucune chance d’être élu n’a été élu. Les simulations et probabilités étaient parfaites, comme le démontre le tableau suivant.

Ce que ce tableau nous dit, c’est que les libéraux ont obtenu une majorité simplement en remportant des sièges inattendus, principalement des sièges qui paraissaient assurés aux néo-démocrates. Il démontre également que l’incertitude associée aux projections pour chacune des 338 circonscriptions sur la foi de quelques sondages provinciaux est très élevée.

Nous avons fait de notre mieux pour représenter cette incertitude, mais nous aurions sans doute pu faire mieux. Nous constatons à tout le moins que le fait de se tromper pour une province peut faire une énorme différence. Notons également qu’en utilisant les résultats réels de cette élection, nous aurions prédit 170 sièges pour les libéraux, 115 pour les conservateurs et 50 pour le NPD. Ce résultat est plus près de la réalité, mais il démontre néanmoins que les libéraux ont remporté des sièges que nous n’aurions pas pu prédire.

Il ne fait aucun doute que cette victoire libérale sera étudiée de très près, particulièrement par les autres partis qui tenteront de comprendre ce que leurs adversaires ont si bien fait pour remporter autant de sièges.

Bryan Breguet est bachelier en économie politique et détient une maîtrise en économie de l’Université de Montréal. En 2010, il a fondé TooCloseToCall.ca, un site où il propose des analyses et projections électorales. Il a notamment collaboré avec le National Post, le Journal de Montréal et L’Actualité.

Tout au long de cette campagne électorale fédérale, il a été l’analyste principal du Huffington Post Canada. Pour ses projections par circonscription, visitez son simulateur interactif.

Cet article initialement publié sur le Huffington Post Canada a été traduit de l’anglais par Sébastien Chicoine.

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