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24/10/2015 08:45 EDT | Actualisé 24/10/2016 01:12 EDT

Climat: pour décrocher un accord à Paris, la balle est dans le camp des politiques

Malgré quatre rounds de pourparlers, les diplomates chargés d'élaborer un texte de négociation pour la conférence climat de Paris ont accouché d'un document peu clair et les politiques vont devoir rapidement entrer en scène s'ils veulent parvenir à un accord en décembre.

Catalogue d'options parfois contradictoires, le projet d'accord approuvé vendredi soir, à l'issue d'une ultime semaine de tractations à Bonn, a immédiatement été critiqué pour sa longueur (55 pages) et son manque de lisibilité.

"Maintenant la balle est dans le camp des politiques qui doivent consolider les progrès enregistrés, faire les arbitrages lorsque les options sont claires et clarifier les options là où les négociateurs n'ont pas réussi à le faire", résume à l'AFP Pascal Canfin, expert auprès du World ressources institute de Washington.

A l'initiative de la France, qui présidera à la fin de l'année la 21e conférence sur le climat de l'Onu (COP21), une réunion au niveau ministériel, baptisée "pré-COP21", est d'ores et déjà prévue du 8 au 10 novembre à Paris.

"C'est une pré-COP exceptionnelle de par sa taille, avec 75 ministres invités, ce sera un moment important", a souligné à Bonn la chef de la délégation française Laurence Tubiana.

Les ministres ne vont pas réécrire le projet d'accord, a-t-elle précisé. "L'objectif est qu'ils prennent en main suffisamment tôt l'ensemble des sujets qui sont sur la table" pour "chercher des convergences politiques".

Cela ira de la forme juridique du futur accord au partage des efforts entre pays riches et émergents pour faire face au réchauffement, notamment l'épineuse question des financements pour s'adapter au changement climatique (sécheresses, inondations, hausse du niveau des mers, etc.).

D'autres rendez-vous politiques sont à l'agenda.

"La discussion politique et les négociations continueront à la pré-COP, au G20 (en Turquie en novembre) et dans des rencontres bilatérales", remarque Martin Kaiser de Greenpeace international.

Dans les pré-négociations, les diplomates "gardent leurs cartes en mains", note le responsable de l'ONG, pour expliquer les difficultés pour élaborer un projet d'accord, malgré quatre rounds de pourparlers cette année à Bonn et à Genève.

Sur les points difficiles, "trouver des compromis va exiger que les ministres et les leaders nationaux s'engagent totalement dans le processus", estime Alden Meyer du think tank Union of concerned scientists. "Heureusement, ils auront plusieurs occasions de le faire dans le mois qui vient".

- Coup de pouce inédit -

La COP21 (30 novembre- 11 décembre) doit donner naissance au premier accord engageant l95 pays dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, pour parvenir à contenir le réchauffement sous la barre des +2°. Sinon, les experts prédisent une multiplication des événements météorologiques extrêmes, une accélération dramatique de la fonte des glaciers ou de la montée du niveau des océans.

Point positif: l'implication de la Chine au plus haut niveau - contrairement à la conférence de Copenhague en 2009 - qui est considérée comme un facteur de réussite par tous les observateurs pour celle de Paris.

Le président français François Hollande doit se rendre en Chine du 1er au 3 novembre et lancer avec son homologue chinois Xi Jinping un appel pour le succès de la COP21.

La Conférence de Paris bénéficiera aussi d'un coup de pouce inédit: pour la première fois dans l'histoire de ces grands-messes sur le climat, les chefs d'Etat et de gouvernement ont été invités à la première journée.

Sans dévoiler qui répondra présent, Laurence Tubiana a affirmé qu'ils seraient "nombreux" et que leurs discours, limités à quelques minutes pour chacun, devraient "donner une impulsion politique" aux travaux des délégations.

Selon Alix Mazounie du Réseau action climat, "Paris sera pour les chefs d'Etat la dernière chance pour être du bon côté de l'Histoire et délivrer un message en faveur d'une sortie des énergies fossiles" (charbon, pétrole, gaz), responsables de la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre.

Après le coup d'envoi par les chefs d'Etat à Paris, les travaux techniques reprendront pour cinq jours.

Puis les ministres prendront le relais pour trancher les questions en suspens, toujours selon le mode du consensus. Notamment la question des financements "qui ne sera probablement pas réglée jusqu'aux derniers moments à Paris", prévient Elina Bardram, la négociatrice pour l'Union européenne, résumant un sentiment largement partagé.

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