DIVERTISSEMENT
23/10/2015 01:10 EDT | Actualisé 24/10/2015 08:39 EDT

Radio-Classique: Gregory Charles recrute Bernard Derome

Courtoisie

Un an après avoir annoncé qu’il se portait acquéreur des stations Radio-Classique de Montréal et Québec, fondées par Jean-Pierre Coallier, Gregory Charles dévoile aujourd’hui les couleurs qui teinteront désormais la chaîne, qui devient La radio des classiques.

D’abord, le mélomane qu’il est élargit l’offre musicale de l’antenne, en y ajoutant des morceaux de tous les genres qui ont traversé le temps et méritent l’étiquette de «classiques», d’Édith Piaf, de Félix Leclerc, de John Lennon, de Miles Davis et de Gilbert Bécaud, par exemple, sans pour autant renier la vocation première de Radio-Classique.

Puis, il invite fièrement les Québécois à écouter, dès lundi, 26 octobre, la nouvelle émission du matin, Les classiques de Bernard, et son animateur, Bernard Derome.

«Quand tu te mets à réfléchir à ce qui est un classique… Ça ne prend pas de temps que le nom de Bernard Derome s’impose! Il est un classique» s’amuse Gregory Charles, en jetant un regard respectueux à son nouveau collègue.

Un mariage naturel, Bernard Derome et la musique? L’association ne se fait peut-être pas spontanément dans la tête du public. Et pourtant.

«C’est là que vous vous trompez, rectifie Bernard Derome. Les gens ne le savent pas, j’ai toujours été discret, mais je suis un amoureux de la musique. J’écoute plus de radio que je ne regarde la télévision, et ce, de tout temps.»

«J’ai beaucoup écouté les entrevues que Bernard a données quand il est parti de la télévision, signale Gregory Charles. On a aussi des amis communs. La toute première fois que je me suis demandé qui pouvait porter cette antenne, bien la représenter, c’était clair que c’était Bernard Derome, et je suis ravi qu’il ait accepté, en tant que propriétaire de la radio, mais surtout comme auditeur.»

Un ton positif

L’idée de renouer avec le micro trottait dans la tête de Bernard Derome depuis son départ de Radio-Canada, en 2009. L’homme de 71 ans avait déjà tâté le métier au tout début de sa carrière, en 1962, à Rimouski, dans une station-école de la chaîne publique.

Puis, il est devenu l’un des piliers des bulletins d’informations télévisés, mais il n’avait jamais été sérieusement question qu’il soit morning man à la radio de Radio-Canada.

Aujourd’hui, il replonge dans l’arène médiatique, non pas parce qu’il s’ennuie ou par soif de cotes d’écoute, mais bien par passion.

«Pour moi, cette proximité, ce plaisir, cette chaleur, cet environnement de la radio est merveilleux. De me retrouver là-dedans revêt quelque chose de fascinant. Quand on m’en a parlé, j’ai réfléchi très sérieusement, j’ai consulté pour voir quelle orientation ça prendrait, et je tiens à dire que, pour moi, c’est une aventure musicale. On n’est pas en concurrence avec qui que ce soit, ni avec mon ami (Alain) Gravel, ni avec Paul (Arcand), ni avec les autres. Je respecte tout le monde parce que, le matin, chacun se lève comme il en a envie, chacun veut entendre ce qui lui plait.»

Bernard Derome promet que son rendez-vous matinal respirera l’optimisme. On y détaillera certes la météo et quelques manchettes, avec ici et là des pointes d’humeur, mais on accordera toujours la priorité à la musique. L’animateur accueillera aussi sporadiquement des «classiques» comme lui, qui commenteront l’actualité, selon leur expertise : Jean-Louis Roy, Pierre Fortin, Daniel Lessard, Jocelyn Coulon et John Parisella sont du nombre. Des invités, comme Gregory Charles lui-même ou encore Lucien Bouchard, président du conseil d’administration de l’Orchestre symphonique de Montréal, et Claude Gingras, chroniqueur musique classique à La Presse, pourront aussi s’arrêter de temps à autre piquer une jasette à Bernard Derome.

«On propose quelque chose d’un peu différent, sans aucune prétention, note le communicateur, qui présentera également sous peu sa nouvelle série documentaire à Télé-Québec, laquelle portera sur l’identité québécoise. On veut apporter un ton positif, sans que ça soit jovialiste. Ça ne sera pas un endroit à controverses, à débats.»

«Il y a, j’en suis convaincu, dans les marchés de Québec et Montréal, des gens qui ont envie de savoir ce qui se passe dans le monde, mais qui n’ont pas le goût du combat, renchérit Gregory Charles. Des gens qui ont envie d’écouter de la musique, mais pas nécessairement la même musique que celle qui jouait la veille, quand ils sont allés chercher leurs adolescents dans une boîte de nuit.»

Définir les classiques

Ailleurs dans la grille-horaire de Radio-Classique, on trouve Marc Hervieux qui, à la barre d’En première classe, le samedi et dimanche, de 10h à 14h, laisse toute la place à la musique symphonique d’ailleurs, tandis que Gregory Charles, aux commandes de Sans escale, aussi le week-end, de 14h à 18h, expose ses coups de cœur. L’entière programmation se déploie sur tout le réseau, à Montréal (à la fréquence 99,5) et Québec (fréquence 92,7), et la plupart des émissions de jour proviennent de la Vieille-Capitale.

Certains tiqueront peut-être en constatant que Gregory Charles a choisi d’insuffler une touche populaire au contenu des ondes de Radio-Classique, avec des slogans qui en disent long, tels De Chopin à Félix ou De Bach à Bécaud. Mais l’artiste se fait rassurant : les purs et durs s’y reconnaîtront tout de même.

«Je n’ai pas tant l’impression de changer la vocation de la station, indique Gregory Charles. C’est une radio dont la programmation musicale est alternative. Ce n’est pas une radio parlée, de sport ou de musique pop. Ça continue d’être une radio, essentiellement, de musique classique.»

«Seulement, moi, ma perception de ce qui est classique est peut-être un peu plus large que celle de mon prédécesseur, Monsieur (Jean-Pierre) Coallier. Lui avait même sa vision personnelle de ce qui est classique. Ce qu’on entendait à Radio Classique, c’était du 16e, du 17e, du 18e siècle, un peu du 19e, mais jamais du 20e. Ce qui est parfaitement correct, parce que c’est subjectif. Moi, depuis 15 ans, je fais du spectacle interactif, je demande aux gens ce qu’ils veulent entendre, et je commence à avoir une bonne idée de ce qu’ils ont en tête.»

«Personne ne peut s’obstiner sur le fait que Nessun Dorma, de la période Turandot, c’est un classique. La 5e de Beethoven, c’est un classique aussi. Là où ça devient plus complexe, c’est lorsqu’on se demande : La mélodie du bonheur, est-ce un classique? Ça date de 1955, c’est une comédie musicale, c’est de l’opéra. Pour moi, L’essentiel, de Charles Aznavour, popularisée par Ginette Reno, c’est un classique. Le tour de l’île et Le petit bonheur de Félix Leclerc, en sont aussi. Mais peut-être que je suis juste un peu en avance. Dans 10 ans, 15 ans, 25 ans, on ne se demandera pas si Yesterday, des Beatles, est un classique. Ça ne veut pas dire qu’on envoie Mozart et Vivaldi au garage et qu’on les remplace par les Beatles, mais on veut élargir notre vision», illustre encore Gregory, qui dit être entiché du médium qu’est la radio, et qui été morning man à Rythme FM pendant une saison, de l’automne 2013 au printemps 2014.

Risque calculé

L’officialisation de l’achat de la bannière Radio-Classique par Gregory Charles, au montant de 10,5 millions de dollars, a été estampée à la fin de l’été. Conscient qu’il bataille contre des groupes d’envergure comme Bell et Cogeco, Gregory admet que sa nouvelle entreprise est un brin casse-gueule, surtout considérant l’état actuel du milieu,. Or, toutes proportions gardées, il estime qu’il n’est pas en pire posture que ses concurrents. Et, dans chacun de ses projets, il voit très grand.

«Tout ce qu’on fait en affaires est toujours un risque, plaide-t-il. Bell, qui est un énorme empire, en a acheté des radios, et on a compris que ce n’est pas simple à gérer. Est-ce plus facile d’envisager avoir 180 stations et faire un format pour toutes? J’imagine que oui. En même temps, ça vient avec beaucoup de responsabilités. Nous, c’est un tout petit réseau, qui est seul dans sa déclinaison. Oui, il y a un risque ; je suis «un petit», qui met beaucoup de ressources dans les radios, la production télé, les théâtres. Mais «les gros» ont tous commencé petits, à un quelconque moment.»

«Il y a un besoin pour ça, et bien plus qu’on le pense, croit Bernard Derome. C’est risqué, d’une certaine manière, mais c’est fait intelligemment, sans prétention, avec beaucoup d’authenticité. C’est l’important.»

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