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24/10/2015 00:45 EDT | Actualisé 23/10/2016 01:12 EDT

Au Népal, la pénurie d'essence bloque l'approvisionnement des victimes du séisme

Installé depuis le séisme d'avril dans un abri de fortune au Népal, Bhim Bahadur Gurung s'inquiète de ne pouvoir reconstruire sa maison avant l'hiver, la pénurie de carburant l'empêchant de se procurer les matériaux indispensables.

Près de six mois après le tremblement de terre du 25 avril de magnitude 7,8 qui a tué près de 8.900 personnes et détruit un demi-million de logements, des milliers de rescapés vivent encore sous une tente ou un abri temporaire, dépendant de l'aide pour survivre.

Mais le blocus imposé depuis plus de trois semaines à un point de passage clé entre le Népal et l'Inde par des opposants à la nouvelle Constitution népalaise provoque une pénurie de carburants, ce qui bloque l'acheminement des biens de première nécessité.

"Pas de ciment, pas de tiges, pas de toit. Comment puis-je construire ma maison ?" s'inquiète Gurung, agriculteur de 43 ans, depuis son village du district de Sindhupalchowk, l'un des plus touchés par le séisme.

"Les habitants du village vivent encore dans des abris temporaires qui ne suffiront pas quand il commencera à neiger", ajoute-t-il.

Selon les ONG, le blocus freine considérablement les opérations d'aide et les communautés très touchées des zones les plus reculées pourraient se retrouver sans le nécessaire.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a indiqué avoir dû arrêter la distribution d'aide et d'abris d'urgence à 224.000 victimes du séisme en raison de la pénurie.

"En raison de la crise des carburants, nous n'avons pu livrer que 40% de l'aide nécessaire", a dit Seetashma Thapa, responsable de la communication du PAM, qui coordonne la logistique de 130 organisations humanitaires.

"La situation est particulièrement critique car nous sommes engagés dans une course contre la montre pour approvisionner 84.000 personnes en nourriture et biens de première nécessité avant les premières neiges", ajoute-t-elle en référence aux habitants des zones lointaines.

Les hélicoptères du PAM n'ont plus qu'une semaine de carburant en réserve, selon elle.

- 'Haute saison pour la reconstruction' -

Depuis trois semaines, des centaines de manifestants bloquent un pont traversant la ville de Birgunj, à 90 kilomètres au sud de Katmandou, par où transite 60% de l'approvisionnement du pays en carburants.

Les manifestants de la minorité ethnique des Madhesis, originaire des plaines du sud, sont remontés contre la division du pays en provinces fédérales qui va, selon eux, les marginaliser.

Aux autres passages frontaliers, le trafic est ralenti, une situation que le Népal impute à l'Inde, préoccupée par la nouvelle Constitution. Le Népal dépend complètement de l'Inde pour l'acheminement du carburant.

"Nous ne cessons de demander à la Indian Oil Corporation (compagnie pétrolière nationale indienne, ndlr) de reprendre son approvisionnement mais nous ne sommes pas satisfaits de la réponse", dit Sushil Bhattarai, directeur général adjoint de la Nepal Oil Corporation.

"Pour l'instant, nous n'obtenons que 10% à 15% des importations habituelles", ajoute-t-il, précisant avoir lancé un appel d'offres auprès de compagnies pétrolières internationales.

Le nouveau Premier ministre népalais KP Sharma Oli a exhorté les partis représentant la communauté madhesie à cesser leur blocus et à entamer des négociations. Mais ces derniers refusent tant que le gouvernement ne leur présentera pas un plan concret répondant à leurs demandes.

Le vice-Premier ministre népalais Kamal Thapa a rencontré lundi le Premier ministre indien Narendra Modi qui a, selon lui, promis de faciliter le transit des camions aux passages frontaliers non bloqués. L'Inde dément vouloir asphyxier l'approvisionnement.

Govind Raj Pokharel, chef de l'Autorité nationale de reconstruction en cours de création au Népal, a indiqué que les matériaux pour la reconstruction étaient également bloqués.

"Les biens sont bloqués à la frontière et contraignent les usines à fermer. Même si elles voulaient fonctionner, elles ne reçoivent pas de matière première", a dit Pokharel.

"C'est la haute saison pour la reconstruction. Cette crise va avoir un impact prolongé sur le redémarrage" du Népal.

Pour les victimes comme Gurung, l'inquiétude croît.

"Le séisme nous a assez perturbés comme ça, la crise du carburant ne fait que renforcer nos préoccupations. J'espère que le gouvernement va vite résoudre cela et s'occuper de nous avant l'hiver."

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