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24/10/2015 09:18 EDT | Actualisé 24/10/2016 01:12 EDT

A l'issue d'âpres débats, le synode sur la famille remet sa copie au pape

Le synode sur la famille doit voter samedi après-midi et remettre au pape François son rapport final après trois semaines de débats aux résultats jugés déjà décevants, faute de percées sur les sujets les plus sensibles.

Les 270 pères synodaux ont écouté samedi matin une lecture du texte définitif, une fois incorporés d'ultimes amendements. Ils doivent se retrouver à partir de 16h30 (14h30 GMT) pour voter sur chacun des 94 articles du rapport.

S'il est possible que quelques passages n'obtiennent pas la majorité requise des deux-tiers, l'adoption du texte ne fait pas de doute: des conservateurs le trouvent "confus" et des progressistes "timoré", mais la grande majorité jouent la carte du consensus.

Même si la plupart des participants se sont félicités de l'ouverture des débats, il y aura "des déçus", en particulier sur les deux sujets les plus médiatiques, les divorcés remariés et les homosexuels, a prévenu le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, lors d'un point de presse samedi en début d'après-midi.

Sur le premier, un désaccord frontal entre une petite aile ultra-conservatrice et une autre progressiste souhaitant permettre à certains divorcés remariés, considérés par l'Eglise comme infidèles à leur premier -- et unique -- conjoint, d'avoir accès à la communion.

"Le document présenté ce matin n'aborde pas la question de manière directe mais oblique, en donnant les critères fondamentaux pour discerner les situations. Il ne peut pas y avoir un simple oui ou non, les situations sont si différentes", a expliqué Mgr Schönborn.

En revanche, "vous ne trouverez pas grand-chose sur l'homosexualité", a-t-il prévenu, expliquant que le thème était "trop délicat" pour être évoqué au niveau synodal, avec des prélats venant de pays où le sujet reste tabou.

Une fois voté, le texte de 50 pages doit "être remis au Saint-Père pour qu'il tranche sur les différents points", a précisé Romilda Ferrauto, l'une des porte-parole chargés de rapporter la teneur des débats à huis clos, insistant sur le fait qu'il s'agirait donc surtout d'un message au pape et pas forcément au monde.

Le pape n'est pas tenu de rendre ce texte public, mais tout indiquait que cela serait fait samedi dans la soirée.

Il devrait ensuite l'étudier pour en tirer l'an prochain ses propres conclusions, qui feront autorité. Il devrait éviter toute décision qui pourrait diviser davantage l'Eglise, même s'il a appelé vendredi les chrétiens à se tenir prêts à "changer sans cesse", à l'écoute "des signes des temps".

- 'La fin d'une Eglise qui juge' -

En convoquant deux synodes successifs sur la famille --en octobre 2014 et octobre 2015-- Jorge Bergoglio avait en effet souhaité que l'Eglise fasse son "aggiornamento" en remettant le mariage traditionnel à l'honneur mais aussi en se montrant plus bienveillante à l'égard tous ceux qui ne sont pas "en règle": unions libres, divorcés remariés, homosexuels, familles recomposées, polygames...

Dans un discours remarqué au milieu du synode, le pontife argentin a aussi demandé plus de collégialité dans l'Eglise. Selon certains participants, cette décentralisation pourrait permettre aux évêques et aux prêtres de juger au cas par cas l'accès à la communion.

Mais beaucoup de prélats redoutant, en raison de la diversité des problématiques, que cela conduise à une dispersion et à la division.

"L'écoute" et "l'accompagnement", avant le mariage comme dans les crises, ont été les mots clés de ce synode, la grande majorité des participants s'accordant sur la nécessité de changer gestes, paroles et attitudes.

La place des femmes a fait l'objet de divergences, certains prélats se montrant très déçus du manque d'ouverture de l'Eglise sur le sujet ou relevant l'incongruité de ces débats sur la famille menés quasi exclusivement par des hommes ayant fait voeu de célibat.

Cette assemblée pourrait marquer "le début d'une Eglise nouvelle", a estimé vendredi Mgr Luc Van Looy, évêque de Gand (Belgique), estimant que les débats marquent "la fin d'une Eglise qui juge toutes les situations" et la mise en route "vers une Eglise qui accueille, qui accompagne, qui écoute et qui parle aussi avec clarté".

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