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23/10/2015 03:42 EDT | Actualisé 23/10/2016 01:12 EDT

Stable mais désenchanté, le sultanat d'Oman élit son assemblée

Le sultanat d'Oman, discret et tranquille Etat de la péninsule arabique vote dimanche pour renouveler son Majlis al-Choura, une assemblée consultative dont les pouvoirs restent limités malgré leur élargissement en 2011 dans la foulée du Printemps arabe.

Aucune excitation électorale n'est palpable à Mascate, où la campagne, plutôt terne, ne mobilise pas les foules.

Les candidats, dont les portraits sont placardés dans les rues de la capitale et des grandes villes, débattent de sujets de société et économiques, loin des crises qui occupent les pays voisins comme le Yémen ou l'Arabie saoudite.

Dirigé depuis 45 ans par le sultan Qabous, Oman occupe en effet une position particulière dans la mesure où il entretient de bonnes relations à la fois avec les monarchies pétrolières sunnites et avec l'Iran, leur rival chiite.

Le sultanat, un des six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), a ainsi joué ces dernières années un rôle de médiateur pour la libération d'otages occidentaux détenus au Yémen. Il a aussi accueilli des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis sur le dossier nucléaire.

Sur les quelque 4,1 millions d'habitants du sultanat, dont 44% d'étrangers, 611.906 électeurs sont appelés à se rendre dimanche dans 107 bureaux de vote. Ils choisiront les 85 membres du Majlis al-Choura parmi les 596 candidats en lice, dont 20 femmes, selon la commission électorale.

Le Majlis, élu pour un mandat de quatre ans, conseille le gouvernement sur les affaires économiques et sociales, mais n'intervient pas dans les questions relevant de la défense, de la sécurité intérieure et de la politique étrangère.

En 2011, le sultan Qabous avait ordonné d'amender la loi fondamentale pour donner au Conseil d'Oman "un pouvoir législatif et de contrôle" sur l'action du gouvernement. Ce Conseil est formé du Majlis al-Choura et du Conseil d'Etat, une sorte de Sénat composé de 83 membres désignés.

Qabous avait pris cette initiative après des semaines de manifestations pour des réformes politiques sur fond de grogne sociale, un mouvement sans précédent à Oman, dans la foulée du Printemps arabe.

- Hégémonie de l'exécutif -

Mais ce mécontentement populaire ne concernait pas la personne du sultan qui concentre entre ses mains l'essentiel du pouvoir.

Agé de 74 ans, Qabous n'est plus apparu en public depuis son retour le 23 mars à Mascate après huit mois d'absence en Allemagne où il a suivi des soins "avec succès", selon les autorités, contre "une tumeur au colon" selon une source diplomatique. Depuis, il est retourné au moins à deux reprises en Allemagne, selon un diplomate.

Dans les milieux politiques à Mascate, on relève les limites de l'élargissement des prérogatives du Conseil consultatif.

"Le Majlis sortant n'a pu mettre à profit ses nouvelles prérogatives en raison de l'hégémonie du gouvernement sur la vie politique", indique à l'AFP l'analyste omanais Ahmed Ali al-Mukhaini. Il "n'a pas réussi à auditionner de ministre et encore moins à soumettre un membre du gouvernement à un vote de défiance, tout comme il n'a pas adopté des lois proposées à son initiative".

Cette situation a "déçu les espoirs de la population qui, désenchantée, montre un désintérêt pour ce scrutin", souligne un diplomate en poste à Mascate.

Pour preuve, le nombre de candidats a baissé cette année de près de moitié par rapport au scrutin de 2011 et celui des femmes candidates de près des trois quarts.

En 1994, Oman avait été la première monarchie du Golfe à accorder le droit de vote et d'éligibilité aux femmes.

Parmi les pays du Golfe, le Koweït et Bahreïn disposent comme Oman de parlements élus au suffrage universel direct. Cependant, les partis politiques sont interdits dans ces trois pays, ainsi qu'en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis et au Qatar où seules des élections partielles ont jusqu'ici été organisées.

Non-membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), Oman produit quelque 978.000 barils de brut par jour et cherche à diversifier son économie pour réduire sa dépendance vis-à-vis des revenus pétroliers, qui ont chuté de moitié depuis 2014 en raison de la chute des cours.

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