POLITIQUE
23/10/2015 10:20 EDT | Actualisé 28/10/2015 11:11 EDT

Référendum de 1995 : Quelques semaines de plus auraient pu faire la différence, croit Bernard Landry

QUÉBEC – Si le référendum de 1995 avait eu lieu en décembre ou au printemps suivant, le Québec serait peut-être indépendant aujourd’hui. Du moins, c’est ce que croit Bernard Landry.

Celui qui était alors vice-premier ministre de Jacques Parizeau lui recommandait d’attendre avant de déclencher la campagne référendaire. «J’avais pris le parti de retarder un peu, à cause de ce que me disait mon sondeur. On montait, montait, montait», se rappelle Bernard Landry.

À l'époque, il disait craindre de foncer à l'abattoir. «Je ne veux pas être le commandant en second de la Brigade légère, qui fut exterminée en Crimée, en 20 minutes, à cause de l’irresponsabilité de ses commandants», avait-il dit.

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«Parizeau a entendu le message parce qu’il a retardé déjà un peu, mais il aurait pu retarder plus, estime celui qui est devenu par la suite chef du PQ et premier ministre du Québec. J’aurais souhaité qu’on attende encore plusieurs semaines, sinon mois, puisque ça montait et que ça allait bien.»

Malgré tout, l’ambiance était positive dans les derniers jours de la campagne. Partie à 39%, l’option du Oui atteignait les 50% à la veille du scrutin. «Pierre Drouilly, décédé aujourd’hui mais un grand sondeur de l’époque, me téléphonait à tous les jours pour me dire que ça allait bien et qu’on s’en tirait. Ce n’était pas gagné, mais on allait vers la victoire», assure Bernard Landry.

D’ailleurs, le chef de cabinet de Jean Chrétien à l’époque, Jean Pelletier, a déjà affirmé que le camp du Non tirait de l’arrière par sept points dix jours avant le vote. L’option souverainiste avait été galvanisée par l’arrivée de Lucien Bouchard dans la campagne.

Pour cette raison, Bernard Landry croyait la victoire à portée de main le matin du 30 octobre 1995. «Ça a été une grande déception pour moi, le soir du référendum», dit-il.

Comme bien des souverainistes, Bernard Landry estime que le gouvernement fédéral n’a pas joué franc jeu dans ces semaines déterminantes. «Ce référendum, et je le dis ouvertement, a été volé par les comportements illégitimes et non-éthique du gouvernement du Canada», lance-t-il au sujet du dépassement du plafond de dépenses par le camp du Non et du «love-in» tenu à Montréal.

«Ils ont pris mes impôts et mes taxes et les vôtres pour faire ça», lance-t-il, dépité.

Bernard Landry estime que l’Angleterre a été beaucoup plus équitable envers l’Écosse lors du référendum l’automne dernier. «Ils s’étaient entendus avant, par ailleurs. Il y a une nuance à faire», précise-t-il.

Le vote ethnique

En blâmant «l’argent et le vote ethnique» dans son discours de défaite, Jacques Parizeau n’a pas seulement commis un suicide politique, il a mis en péril les relations entre le mouvement souverainiste et les communautés culturelles. «J’avais travaillé pendant trente ans pour convertir des frères et sœurs issus de l’immigration, avec certains succès spectaculaires, comme Maka Kotto et Maria Mourani, dans le temps, dit Bernard Landry. Alors, c’est sûr que j’ai eu peur un peu que ça nuise à l’action menée par Gérald Godin, Louise Harel et moi auprès des frères et sœurs issus de l’immigration. C’était leur faire porter sur les épaules un poids qui n’aurait même pas été en cause si [la ville de] Québec avait voté comme Verchères.»

D’ailleurs, la formule a été durement reçue dans la salle par des souverainistes issus de l’immigration. «Plusieurs membres des communautés culturelles, nos frères et sœurs issus de l’immigration, ont été atterrés. Il y en avait autour de moi ce soir-là qui avaient les larmes aux yeux», se souvient Bernard Landry, qui souligne que Jacques Parizeau a exprimé des regrets le lendemain pour ses propos.

Celui qui a pris les rênes du PQ en 2001 admet du bout des lèvres que la déclaration a nui aux relations de sa formation politique avec les communautés culturelles. «Ça n’a pas aidé, disons, dit Bernard Landry. Mais on a essayé de remonter la côte et on s’est tirés d’affaire pas si mal.»

Malgré les mauvais scores du PQ et du Bloc québécois dans leurs dernières élections respectives, Bernard Landry continue de croire à la tenue d’un troisième référendum gagnant. «Je crois que c’est possible et je vais tout faire pour que ça arrive le plus rapidement possible, dit-il. L’Écosse n’abandonne pas, la Catalogne n’abandonne pas, l’Irlande n’a pas abandonné [...]. C’est une cause noble, et on continue à la défendre.»

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