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23/10/2015 10:07 EDT | Actualisé 23/10/2016 01:12 EDT

Prix Mackler: Zaina Erhaim veut montrer "le côté humain" du conflit en Syrie

La journaliste syrienne Zaina Erhaim, qui a reçu jeudi soir le prix Peter Mackler 2015 récompensant le courage et l'éthique journalistique, a dit vouloir montrer "le côté humain" du conflit dans son pays.

"Je ne suis pas une reporter de guerre, je ne serais pas là-bas si ce n'était pas mon pays", a dit la jeune femme âgée de 30 ans avant de recevoir son prix à Washington.

"Je suis retournée en Syrie parce que je suis Syrienne. J'appartiens à ce pays", a-t-elle ajouté.

Depuis deux ans, Zaina Erhaim, qui vit et travaille à Alep, a formé une centaine de personnes, dont un tiers de femmes, au journalisme de télévision et de presse écrite, contribuant à l'émergence de nouveaux journaux et magazines en Syrie.

Dans son pays dévasté par une guerre complexe qui a fait 250.000 depuis mars 2011, la jeune femme est aussi devenue la coordinatrice de l'Institut d'informations sur la paix et la guerre (IWPR, organisation enregistrée au Royaume-Uni, regroupant experts et journalistes spécialisés).

Zaina Erhaim a étudié à Londres avant de retourner en Syrie couvrir le conflit.

Elle dit avoir commencé à former des confrères parce que "je voulais aider mes collègues journalistes citoyens. Je ressens comme une obligation de continuer ce pour quoi mes collègues et amis sont morts. Ils sont morts en essayant de montrer au monde ce qui se passe".

Plusieurs de ses étudiants ont vu leurs productions publiées dans de grands médias internationaux, mais Zaina Erhaim a insisté sur le fait qu'elle voulait avant tout montrer le côté humain du conflit syrien.

"Ce que j'ai essayé de faire ces trois ou quatre dernières années c'est de raconter nos vies, pas seulement la guerre ou les massacres", a-t-elle repris. "Les hommes politiques à travers le monde déshumanisent les Syriens. Ils ont des vies, ils aiment vivre, avoir des enfants..."

Travailler en Syrie n'a jamais été facile, le pays étant classé 177e sur 180 dans le classement mondial pour la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Zaina Erhaim et ses collègues sont des cibles privilégiées, tant pour le gouvernement que pour les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

"Je suis recherchée par trois branches différentes des services de sécurité parce que je suis journaliste", a-t-elle raconté. Et quand elle se déplace dans des zones contrôlées par l'EI, elle doit utiliser une fausse identité: "Eux aussi aimeraient bien m'avoir".

En Syrie des journalistes peuvent être arrêtés, ou même pire, uniquement parce qu'ils tiennent un appareil photo. "Beaucoup de ceux que j'ai formés ont été arrêtés par le régime, d'autres ont été tués par l'EI", regrette encore la jeune femme.

Elle est la septième lauréate du prix Peter Mackler, attribué conjointement depuis 2009 par l'Agence France-Presse, l'association Global Media Forum et l'antenne américaine de Reporters sans frontières.

Le prix Peter Mackler a été créé à la mémoire de l'ancien rédacteur en chef de l'AFP pour l'Amérique du Nord, brusquement décédé en 2008. En plus de son infatigable passion pour l'information, Peter Mackler avait fondé le Global Media Forum, une organisation à but non lucratif pour enseigner le journalisme à travers le monde et initier les enfants aux grands principes de la profession.

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